Des fleurs dans les cheveux

Un groupe de 50 refugies Syriens ont été... (La Presse, André Pichette)

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Un groupe de 50 refugies Syriens ont été accueillis cette semaine par des amies à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau.

La Presse, André Pichette

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(Québec) CHRONIQUE / Passer du law and order des conservateurs au peace and love éthéré des libéraux n'est pas si simple qu'il pouvait sembler.

Un mois à peine après les élections, le gouvernement Trudeau se fait rattraper par l'économie et l'actualité.

Les intentions étaient nobles : mieux protéger la planète, cesser les gestes de guerre, ouvrir ses portes aux nécessiteux, collaborer dans la transparence et l'harmonie comme si le pays était une grande commune.

La réalité est moins rose bonbon.

Il a vite fallu tempérer les espoirs de réduction des gaz à effet de serre.

L'abandon des bombardements contre le groupe État islamique n'est plus vu comme un geste de sagesse, mais comme une abdication, au moment où les autres augmentent la cadence.

Le projet d'accueillir 25 000 réfugiés syriens est mis en doute par des partenaires publics locaux fâchés d'être tenus dans l'ignorance du plan.

Plus préoccupant peut-être, l'acceptabilité sociale du projet d'accueil a été (momentanément?) compromise par les attentats terroristes.

Ce fut le grand sujet de débat de la dernière semaine. Il vaut la peine de s'y attarder.

Un sondage CROP-La Presse publié vendredi suggère que 60 % des Québécois sont en désaccord avec l'afflux de 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année.

Dans des sondages précédents, la réticence à l'immigration tournait plutôt autour de 40 %, rappelle le sondeur Youri Rivest.

Cela signifie qu'une partie des citoyens généralement favorables à l'immigration ne le sont pas cette fois-ci.

Pourquoi? Bonne question. J'aurais aimé que le sondage la pose.

À défaut, on peut risquer quelques hypothèses.

Je n'inclurai pas ici la déclaration maladroite du maire de Québec, qui a dit préférer accueillir des familles et des orphelins plutôt que des «gars de 20 ans frustrés».

Jouer sur les préjugés et les stéréotypes n'a pas aidé à la sérénité du débat, mais l'incident reste anecdotique. M. Labeaume a d'ailleurs fait une mise au point le lendemain.

Les hypothèses les plus probables :

1. La peur que des terroristes se glissent parmi les réfugiés.

Cette crainte, légitime au départ, devrait s'atténuer, maintenant qu'on commence à mieux comprendre comment se fait le choix des réfugiés attendus au Canada. Personne ne va passer sans contrôle et vérifications d'une plage de Turquie à un aéroport canadien.

2. L'incompréhension devant l'empressement à faire si vite.

Les réfugiés destinés au Canada ne sont pas actuellement sous le feu des terroristes; ils attendent dans des camps en Jordanie, en Turquie ou au Liban.

La seule véritable urgence semble être celle de remplir une promesse électorale. Ce n'est pas en soi un défaut, mais ce n'est pas nécessaire d'en faire un dogme. Ce serait différent si la vie des réfugiés dépendait de notre rapidité à aller les chercher.

3. L'opposition aux coûts d'accueil.

Logement, nourriture, éducation, santé, aide à la subsistance, francisation, etc. L'accueil de 25 000 réfugiés sera à la charge des pouvoirs publics pour une période de quelques années sans doute.

Cela peut susciter de l'opposition, surtout en période d'austérité.

Pour ce qui est de l'incertitude sur le partage des factures, cela indispose les acteurs locaux (maires), mais pour les citoyens, je ne vois pas que ça change les choses.

Que la facture soit payée par des taxes municipales, des impôts à Québec ou à Ottawa, il faudra la payer.

4. La méfiance envers les musulmans.

On est ici dans l'amalgame trouble où la religion de l'arrivant est perçue par certains comme une menace à la sécurité et aux valeurs de la communauté locale. On pense à la liberté, à l'égalité des sexes, à ce que j'appellerais la légèreté de la vie, etc.

Plus les valeurs des arrivants sont différentes, plus la méfiance est élevée et l'intégration, difficile.

5. Le nombre élevé de réfugiés

Le silence d'Ottawa combiné aux frustrations publiques des élus locaux a nourri la perception qu'accueillir si vite 25 000 réfugiés est impossible. Cela peut expliquer des réticences. Un nombre moindre aurait peut-être appelé une réponse différente.

Le débat sur l'accueil des réfugiés sera suivi de celui sur le rôle du Canada dans la lutte contre le terrorisme dans les régions d'où viennent les réfugiés.

On connaît les conséquences de s'engager dans des opérations militaires incertaines. Surtout si on n'a pas identifié au préalable les objectifs à atteindre pour s'autoriser à en sortir.

On voit mal cependant comment le Canada, qui a annoncé avec entrain qu'il était «de retour» et veut restaurer son image internationale, pourra y échapper.

Un beau sujet de réflexion pour le premier ministre, entre deux selfies avec des fleurs dans les cheveux.

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