Ce «non merci»

La banderole au-dessus de l'autoroute «Réfugiés, non merci»... (PHOTO PASCAL RATTHÉ, LE SOLEIL)

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La banderole au-dessus de l'autoroute «Réfugiés, non merci» reflète-t-elle un mouvement plus grand qu'on ne le croit ?

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(Québec) CHRONIQUE / Je n'ai pas aimé la banderole au-dessus de l'autoroute «Réfugiés, non merci».

Je suis de ceux qui souhaitent la venue de réfugiés. Pour des raisons humanitaires évidentes, mais aussi pour ce qu'ils apportent de la diversité, de la vitalité et des leçons de résilience.

L'attentat de Paris ne me fait pas changer d'avis. Si cela impose de faire des vérifications supplémentaires avant d'ouvrir la porte, on comprendra.

Je n'ai jamais vu la date du 31 décembre pour l'entrée des 25 000 réfugiés syriens comme une fin en soi, mais comme une volonté de faire rapidement. Si tous n'étaient pas entrés avant la fin de l'année, je n'y verrais pas une promesse électorale ratée, mais une promesse tenue de façon responsable.

On ne sera pas angélique. L'accueil et l'intégration de réfugiés sont difficiles et davantage encore lorsque l'écart culturel est grand et que les réfugiés sont mal en point.

Ce sera sans doute le cas avec les Syriens, comme ce le fut pour d'autres cohortes de réfugiés.

Cela demande de la patience, des ressources, du coeur. La greffe ne prend pas toujours, mais on se dit que ça en valait la peine chaque fois qu'on découvre une belle histoire de vies transformées parce qu'on a ouvert nos portes.

J'en ai raconté quelques-unes le mois dernier, dans une série sur les Rohingyas, une minorité musulmane de Birmanie venue à Québec il y a quelques années. Si on se demande ce que ça donne d'accueillir des réfugiés, ça donne ça. Vous pouvez retrouver ces histoires sur le site Web du Soleil.

Je n'ai pas aimé la banderole «non merci», mais je n'ai pas aimé non plus le choix de mots de la ministre de l'Immigration pour dire son désaccord.

Kathleen Weil croit que cette banderole, «c'est inadmissible».

On peut être contre le propos et même en être gêné.

Mais est-ce «inadmissible» d'exprimer un point de vue sur une banderole?

Celle dont on parle n'était pas méprisante ou haineuse. Elle disait «non merci». Beaucoup de manifestants brandissent des slogans autrement plus violents et on ne s'en formalise pas.

Si on suit la logique de Mme Weil, il faudrait pourchasser ceux qui ont accroché cette banderole et bannir toute manifestation qui heurte les bons sentiments et l'image qu'on veut projeter. C'est une pente dangereuse.

La banderole du lendemain, «Réfugiés bienvenue à Québec», a été mieux reçue parce que socialement plus acceptable. Sans doute faisait-elle écho à un courant majoritaire favorable à l'accueil de réfugiés.

Souvent prompt à réagir, le maire Régis Labeaume a mis du temps à commenter. J'ai compris qu'il ne voulait pas envenimer le débat. Cela illustre à quel point le sujet est sensible, tant chez les citoyens que sur les ondes des radios.

***

Il serait tentant de voir dans la banderole «non merci» une anecdote sans importance. Surtout qu'il n'y en a eu qu'une seule à ma connaissance.

Une seule sur l'autoroute, mais combien de «non merci» dans les conversations en famille ou au travail? Et sur un ton autrement plus cru que sur la banderole.

J'ai entendu beaucoup de ces «non merci» pendant la dernière campagne. Ça ne venait pas des leaders politiques, aussi conservateurs fussent-ils, mais de citoyens qui habitent la porte voisine et n'ont rien d'extrémiste. D'honnêtes travailleurs, des retraités, des mères de famille. Cela fait réfléchir.

Ce «non merci» est peut-être un courant minoritaire, mais ce n'est pas seulement un geste isolé et insignifiant.

Un signe de racisme et d'intolérance? Possible.

Une manifestation d'inquiétude sur les coûts publics de la venue de réfugiés dans un contexte d'austérité où on coupe partout? Sans doute.

Un sentiment d'injustice par rapport aux pauvres, malades et désoeuvrés d'ici dont la société peine déjà à s'occuper? Les nouveaux venus vont-ils passer devant dans la file d'attente du HLM, du cabinet de médecin ou de la banque alimentaire?

La question peut se poser, mais cette empathie soudaine me semble cousue de fil blanc.

Une menace à la sécurité? C'est ce que craignait le précédent gouvernement et c'est ce qu'on craindra davantage depuis les attentats de Paris et chaque fois qu'il y en aura d'autres.

Il faut tenter de réduire le risque, mais on ne pourra jamais l'éliminer complètement. C'est vrai aussi des criminels et terroristes «pure laine», nés chez nous.

La crainte de perdre ses repères, d'être submergé et de se faire imposer des valeurs ou modes de vie différents? Cela ramène à un débat identitaire toujours pas résolu. Où mettre ses limites? Quels accommodements sont raisonnables et quels autres une abdication?

Ces questions sont pertinentes, mais je vois mal qu'on puisse les résoudre simplement en disant non merci à ceux qui cognent à la porte.

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