La fatalité du vendredi soir

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Un corps est transporté sur une civière dans une rue de Paris, près du Bataclan.

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(Québec) J'avais songé un moment à jeter mon texte de ce matin. Tout semble si dérisoire ces jours-là. 
Des morts et des blessés par dizaines et dizaines, victimes de la sinistre loterie de ce vendredi 13.

Mauvais endroit au mauvais moment. Des victimes du hasard, mais pas tout à fait du hasard, parce qu'une part de ce qui est arrivé ce vendredi était prévisible.

On ne pouvait dire où ni quand, mais on savait. Comme on sait que ça arrivera encore. Une longue fatalité dont on ne sait plus trop où et comment elle a commencé.

Je me souviens. J'étais à Paris cet automne de 1986 où une bombe a explosé dans une poubelle rue de Rennes, devant le magasin Tati. Sept morts, cinquante-cinq blessés.

C'était la suite d'une série d'attentats terroristes amorcés à la fin de l'année précédente et qui se précipitait cet automne-là. Quatre explosions en deux semaines pendant le seul mois de septembre.

Un premier à la gare de Lyon, un second au bureau de poste de l'hôtel de ville, puis à la cafétéria d'un centre commercial à la Défense. Celui devant chez Tati fut le plus meurtrier.

Le lien entre ces attentats n'était pas encore clair à l'époque. Ce n'est que plus tard que la police a fini par les lier. On trouve plus vite ces liens aujourd'hui, ce qui est une bien mince consolation et ne garantit rien pour la suite.

Je ne me souviens pas de l'odeur de la poudre. Je n'étais pas près de chez Tati quand la bombe a sauté. Mais je me souviens de l'odeur de la peur qui s'était répandue dans la ville.

Le doute, chaque fois, une arrière-pensée sur les grands boulevards, dans les marchés publics ou devant les commerces populaires. Et si ça arrivait encore?

J'ai vu Paris agitée et inquiète à d'autres moments. Je nous revois, courir affolés dans l'interminable corridor menant à la sortie du métro, les yeux brûlés par le gaz. Fausse alerte. Ce n'était que des gaz lacrymogènes. Pas de quoi s'inquiéter, mais comment savoir dans la panique du sauve-qui-peut. J'y repense chaque fois que je descends dans le métro.

J'avais déjà vu Paris agitée et inquiète, mais jamais un président aussi ébranlé que François Hollande ce vendredi soir, la voix tremblante devant les caméras du monde.

J'ai entendu, je ne sais plus qui, risquer un parallèle entre ce vendredi 13 et le 11 septembre. La même simultanéité de plusieurs attaques. Une origine et des motivations similaires. Les mêmes victimes innocentes.

L'attentat de Paris ne visait pas des symboles comme à New York et à Washington. Il visait la vie du quotidien. Ça ne le rend que plus sournois.

Paris va s'en remettre. Paris s'en remet toujours. Comme New York s'en est remise, comme Londres et toutes les autres.

La peur qui un moment a paralysé les trottoirs va se dissiper. On se dira, comme chaque fois, plus jamais. Même si on sait qu'il y aura une autre fois, à Paris ou ailleurs, et d'autres fois ensuite. C'est un des dommages collatéraux de ces attentats. Le fatalisme.

À la différence de New York, il ne restera pas à Paris de cicatrices physiques qui changent à jamais le paysage de la ville et forcent à ne jamais oublier.

Les cicatrices seront ailleurs, plus diffuses. Elles seront dans ce doute chaque fois que les Parisiens et les visiteurs iront s'asseoir au stade, dans la salle de spectacle, au resto ou à la terrasse d'un café. Chaque fois qu'ils se demanderont, peu importe le jour de la semaine : sommes-nous vendredi soir?

La France ferme ses frontières au moment où on se réjouit d'ouvrir toutes grandes les nôtres à ceux-là mêmes qu'ailleurs on se met à craindre. Cela peut faire réfléchir, mais ne doit pas faire paniquer.

Voilà. J'avais songé un moment à jeter mon texte de ce matin. C'est ce que j'ai fini par faire. Vous le lirez un autre jour, s'il a encore un sens. Tout devient si dérisoire le vendredi soir.

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