La gestion secrète de la Baie de Beauport

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La Baie de Beauport

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(Québec) La Ville de Québec et le Port refusent de rendre des comptes sur l'achalandage et les résultats financiers des activités d'animation à la Baie de Beauport.

Dans un reportage publié lundi, ma collègue Annie Morin explique s'être butée à des refus lorsqu'elle a demandé ces informations.

Comme s'il s'agissait de secrets d'État dont la divulgation pouvait menacer la sécurité publique.

Dans une entente signée à l'été 2014, la Ville s'est engagée à verser au Port 4 millions $ sur cinq ans pour la Baie de Beauport.

Estimant ne pas avoir la compétence pour animer lui-même le site, le Port en a confié depuis 2008 la gestion à Gestev (Québecor). La récente entente autorise le gestionnaire à percevoir un tarif d'entrée de 2 $ par personne. 

Je n'ai rien contre l'idée de confier l'animation d'un lieu public à un privé et je ne mets surtout pas en doute l'expertise et la compétence de Gestev.

La gestion publique de la Baie de Beauport soulève cependant plusieurs questions préoccupantes. 

Les contrats à Gestev ont été donnés sans appel d'offres, contrairement aux pratiques habituelles du Port. 

Cela pouvait s'expliquer en 2008, lorsque Gestev a été appelée à la dernière minute. 

Mais lorsqu'il a été question d'un contrat à long terme, la logique aurait voulu qu'une entité publique s'assure d'obtenir le meilleur service au meilleur prix.

Le Port invoque deux motifs pour ne pas être allé en appel d'offres. 

a)  Il n'était pas tenu d'y aller même si le contrat dépassait 200000 $, car ce n'est pas son argent qui était en cause mais celui de la Ville.

b) Il était satisfait des services de Gestev. 

De son côté, la Ville n'a pas demandé d'appel d'offres car ce n'est pas elle qui donne les contrats, mais le Port. Résultat : depuis 2008, des contrats totalisant près de 8 millions $ d'argent public pour animer un lieu public échappent aux appels d'offres.

L'opposition avait dénoncé la pratique dès 2009. Cela avait alors incité l'administration Labeaume à resserrer ses suivis auprès du Port. 

Il n'est pas possible au public de faire le suivi des millions de subventions pour la Baie de Beauport. 

Le public en a-t-il pour son argent? On ne peut en juger.  

L'entente ville-port prévoit une reddition de comptes. C'est bien. Cela force le Port à transmettre à la Ville ses rapports d'activités, états financiers, résultats d'achalandage, etc.

Le problème est qu'on refuse de rendre publics les chiffres de fréquentation et les bilans.

La Ville a invoqué pas moins de 12 articles de loi pour refuser l'accès à l'information. On voit rarement un tel acharnement.

Les administrations Labeaume et Girard nous demandent de faire un acte de foi. Un acte de foi sur des contrats donnés sans appel d'offres. Ça commence à être beaucoup demandé.

Est-il acceptable d'imposer un tarif d'entrée, ne serait-ce qu'un modeste 2 $, pour accéder à la Baie de Beauport?

Beaucoup d'utilisateurs ont dénoncé cette tarification. La réponse n'est peut-être pas aussi simple qu'il y paraît.

On trouverait scandaleux d'imposer un tarif pour un parc de quartier, une piste cyclable, pour aller marcher sur les Plaines ou sur la promenade Samuel-De Champlain. On ne paie pas non plus pour entrer à la Base de plein air de Sainte-Foy.

Sauf que techniquement, la Baie de Beauport n'est pas un parc, bien qu'il s'agisse d'une propriété publique. Cela justifie-t-il d'imposer un droit d'entrée? Pas sûr.

Je trouve qu'on vient de créer un précédent dangereux.

Va-t-on exiger ensuite un tarif pour la plage Jacques-Cartier, le Domaine de Maizerets ou le parc des Moulins?

La stratégie sera-t-elle de confier la gestion à des privés pour que s'ensuivent des tarifications?

On accepte le principe de l'utilisateur-payeur pour du stationnement, pour louer un canot dans un parc public ou une heure de glace à l'aréna.

Peut-on étendre ce principe à la fréquentation des espaces publics locaux? Si oui, où va-t-on tirer la ligne?

Je trouve que la Ville se tire dans le pied avec ce tarif.

Dans son Programme particulier d'urbanisme (PPU) pour le secteur d'Estimauville, elle disait vouloir encourager l'accès aux berges du fleuve et à la baie de Beauport.

Le PPU jugeait cet accès «essentiel pour le développement du secteur, particulièrement pour l'écoquartier».

Je vois mal comment un tarif pour les piétons et les cyclistes peut servir cet objectif.

Je trouve qu'il y a derrière cette tarification l'idée insidieuse que les parcs et les grands équipements publics devraient faire leurs frais. 

C'est une erreur. Ces équipements n'ont pas à être rentables. Ce sont des services publics. On devrait en faciliter l'accès. Pas enquiquiner ceux qui les utilisent.

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