Le vote volage du pays de l'oie blanche

Les opinions sont partagées à La Pocatière concernant... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Les opinions sont partagées à La Pocatière concernant les élections. Alors que certains citoyens ont déjà une bonne idée de leur choix, d'autres affirment qu'ils se décideront une fois dans l'isoloir.

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(Québec) En moins de deux ans, Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup était passé du Bloc au Parti conservateur au Nouveau Parti démocratique (NPD), pas très longtemps après avoir voté libéral. Le vote est volatil au pays de l'oie blanche.

Une grande circonscription : 7500 kilomètres carrés, plus de 150 kilomètres de rives de fleuve et presque autant de frontières en montagnes le long des lignes américaines.

Le premier ministre Stephen Harper y a fait campagne en 2011 et y est revenu le printemps dernier, ce qui laisse croire à une autre bataille serrée.

Une circonscription en deux temps; le NPD à l'ouest, autour de Montmagny, et les conservateurs à l'est, autour de La Pocatière. Du moins, c'était le portrait la dernière fois, mais les libéraux sont cette fois plus présents.

À mi-parcours, Le Soleil est allé faire un saut dans cette circonscription qui change de couleur aussi souvent que les marées.

Pour dire vrai, on n'y sent pas encore beaucoup de passion. Mais attention. On ne l'avait pas sentie non plus pendant la campagne 2011.

QUAI DE MONTMAGNY

Le ciel menace, mais comme souvent, l'orage passera au large.

À la marée haute, le traversier de L'Isle-aux-Grues viendra chercher les voyageurs qui, déjà, font la file.

Appuyé au garde-fou, un habitué du quai. Retraité d'Hydro-Québec, il suit le vol des canards malards au-dessus des herbes salées. Sa prédiction : l'hiver arrivera tôt, car «les oies sont là de bonne heure; elles ont des radars», croit-il savoir.

L'homme touche sa rente tous les 15 jours, fait du temps partiel dans une maison funéraire, n'est pas trop inquiet de l'avenir.

«La vie est belle», se réjouit-il. «Il y a de l'emploi, les usines de Montmagny fonctionnent, les cultivateurs embauchent.» Il croit pourtant qu'après près de 10 ans, c'est «le temps de changer le gouvernement». Il votera NPD.

Dans une camionnette, deux techniciens venus de Montréal attendent le bateau. Ils doivent remplacer des lumières sur une tour de télécommunication. Ont prévu revenir par la prochaine marée pour être à Matane le lendemain.

Le premier en a «assez, dit-il, d'un gouvernement de crosseurs». Il votera Trudeau. Le second écoute, indifférent. Il ne votera pas.

Au bout du quai, le préposé à l'amarrage s'active entre les voitures. Il ne prend pas de détour. «Pas intéressé par la campagne.» Il ira voter, dit-il, mais ne décidera que le jour même pour qui voter. Inutile d'insister.

CAFÉ DU CULTE,

Centre d'études collégialesde Montmagny (Cégep de La Pocatière)

Je retrouve Félix Bhérer-Magnan, coprésident de l'association étudiante, derrière le comptoir du café.

Son regard s'allume lorsqu'il comprend que je veux parler des élections. Il votera pour la première cet automne. «J'avais hâte», lance-t-il.

Étudiant en sciences humaines, il se voit attaché de presse ou dans un cabinet politique. Je comprends qu'il a en fait déjà les deux mains dedans.

Il a milité pour le candidat libéral aux dernières élections provinciales et fait du pointage pour la libérale Marie-Josée Normand dans la présente course.

Lorsque les élections ont été déclenchées, il est allé trouver le directeur du collège, Steve Gignac, pour obtenir la permission d'organiser un débat. Le projet chemine depuis avec la Chambre de commerce.

Un professeur d'arts de la scène se joint à nous, une discipline tout indiquée pour parler politique.

Citoyen de Montréal, il vient deux jours par semaine enseigner à Montmagny.

Il a jadis fait des tournées avec le Cirque du Soleil et a vécu pendant 12 ans dans la «contre-culture» de San Francisco. Il se souvient avec dédain des États-Unis de George Bush fils, qu'il croit revoir dans les politiques de Stephen Harper.

Le prof votera «stratégique». Il optera pour qui pourra battre les conservateurs.

FORMACA

Parc industriel de Montmagny

L'entreprise fabrique des palettes de bois, des piquets et des produits d'emballage.

Plus d'une quarantaine d'employés, principalement des personnes avec des handicaps physiques ou mentaux. Ils viennent à tour de rôle griller une cigarette sur le coin de la rue.

La contrôleuse est du groupe. Elle raconte être allée à l'école avec le conservateur Bernard Généreux. Sa fille s'occupe même de l'agenda du candidat.

Elle votera pour l'homme. Et un peu aussi pour «les conservateurs, qui ont aidé les familles». C'est beau les promesses des autres, mais ça «dépend de nos finances», analyse-t-elle.

Elle n'aura pas convaincu sa voisine qui «veut changer le gouvernement» et croit qu'il faut «aller chercher plus d'argent dans les grosses poches».

CHEMIN DES PIONNIERS

L'Islet-sur-Mer

Je m'arrête à l'étal d'un producteur. L'homme repousse sèchement mes questions politiques et me prévient qu'il est sur le point de fermer. Mais visiblement, il n'est pas si pressé. Il me tend deux fruits verts qu'il croit être des pommes, mais semble avoir un doute. Il me demande ce que j'en pense.

Ça n'avait ni l'apparence ni l'odeur des pommes. Il me montre l'arbre d'où sont tombés ses fruits. Je retrouve sur mon cell des images de l'arbre et de ses feuilles.

- Voyez, c'est un noyer et les fruits, des noix.

Il a souri, content de l'apprendre. L'arbre était là, devant sa maison depuis des lustres, sans qu'il n'y ait jamais porté attention. Comme s'il s'agissait de politique.

BUREAU DE SERVICE CANADA

La Pocatière

C'est la fin de l'après-midi. Les derniers chercheurs d'emploi viennent de repartir, laissant les ordinateurs inoccupés.

Au poste d'accueil, une dame me reçoit, sympathique. J'allais lui poser mes deux ou trois questions : comment va l'emploi, qui sont ceux qui cherchent et que trouvent-ils?

La patronne ne l'entendait pas ainsi. Pas le droit, dit-elle. Je me résigne, consterné. Que craint ce pays pour avoir si peu de parler?

STATIONNEMENT DU CENTRE-VILLE

La Pocatière

Retraité de Bombardier, Laurent Ouellet est depuis bénévole à temps plein. À peine s'il trouve le temps de passer «à la maison se laver et se coucher».

Il a jadis voté Parti québécois et Bloc. Cette fois, il votera l'homme : Bernard Généreux, avec qui il a été «élevé» et qui habite son quartier.

«Ce n'est pas comme nos pères qui votaient toujours bleu ou rouge», s'amuse-t-il. Il votera pour l'homme, mais aussi pour le parti, «le seul qui tient ses promesses et met ses culottes».

CLSC

La Pocatière

L'homme est inquiet. Pas tant pour lui, car il touchera dans un an sa retraite de Bombardier. Mais pour les autres, les commerçants de sa ville et les gouvernements. «Ça prend des gens qui travaillent pour payer les impôts et les services publics.»

Bombardier, qui a déjà eu1200 employés à La Pocatière, n'en aura plus que 80 à 100 d'ici Noël, rapporte-t-il.

Il a commencé à voir partir d'ex-collègues pour Sept-Îles ou ailleurs pour des contrats de courte durée. Parfois pour le chômage.

Il ira voter le 19 octobre. «Il faut que ça change», dit-il. Pour lui, ça veut dire «garder les emplois». Il votera Bloc.

ARÉNA CENTRE BOMBARDIER

La Pocatière

En m'approchant de l'aréna, j'aperçois une première pancarte conservatrice. J'en étais venu à me demander si le parti comptait s'afficher.

La jeune femme qui m'accueille au bureau des loisirs exhibe avec fierté le guide de la municipalité : «28 pages d'activités pour les 0-99 ans».

La Pocatière vieillit, mais de jeunes familles s'installent. Ça commence à paraître.

Au camp de jour cet été, trois groupes d'enfants plutôt que deux l'été précédent et à l'école cet automne, quatre maternelles au lieu de trois l'an dernier.

Venue de la ville il y a 12 ans, elle apprécie le rythme de La Pocatière, l'absence de trafic et de pression et le «côté social relax». «Tout le monde se connaît, et les voisins vont t'aider.»

«Le Parti conservateur ne m'intéresse pas du tout», dit-elle, bien qu'elle aime l'idée de payer moins d'impôt et d'offrir moins de subventions. Elle sait aussi que l'homme (M. Généreux) est «dédié à la région». Pas facile de trancher. Elle décidera dans l'urne.

HALTE ROUTIÈRE

La Pocatière

La halte routière s'avance sur la batture à travers les herbes hautes. On a l'impression de pouvoir saisir tout le paysage du comté d'un seul regard.

C'est ici dans la Grande Anse de La Pocatière que fut construit le premier aboiteau en 1860. D'autres ont suivi jusqu'à Kamouraska et au-delà, sur 27 kilomètres de berges.

Ces digues permettaient l'écoulement des eaux douces par des portillons. À la marée montante, ceux-ci se refermaient pour empêcher l'inondation des terres par l'eau salée.

Le calcul avait été fait. C'était moins cher de «voler» à la mer des terres agricoles que d'en défricher de nouvelles.

Vivre avec une nature «imparfaite» ou intervenir pour la réguler. Moins d'État, ou plus d'État. Un des grands dilemmes de la politique était là, raconté dans la lumière déclinante et le vent chaud de la fin du jour.Avec neuf voix d'écart, ce fut le résultat le plus serré au Canada aux élections de 2011.

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