En attendant les réfugiés

Des réfugiés marchent par centaines sur le pont... (Photo AFP, FERENC ISZA)

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Des réfugiés marchent par centaines sur le pont Elisabeth, en Hongrie, tentant de se rendre à pied à la frontière autrichienne.

Photo AFP, FERENC ISZA

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(Québec) On se trouve souvent impuissants devant les grands drames humanitaires.

La distance, les complexités politiques locales, les retenues qu'impose la diplomatie ou nos hésitations à entrer en guerre. 

Ou alors, ce sera la crainte que notre aide soit détournée, se perde dans les méandres de la corruption ou arme les ennemis de demain.

Rien de cela dans la crise des migrants de la Méditerranée venus de l'Irak et de la Syrie, qui vient de rattraper le Canada en cette fin d'été.

On sent cette fois qu'il nous serait possible de faire quelque chose. Un large consensus social à l'idée d'accueillir un plus grand nombre de réfugiés qui cognent à nos portes. 

Personne ne nous demande de les accueillir tous, mais de faire plus et en meilleure proportion de notre richesse collective. 

Cela implique des efforts administratifs, des budgets et sans doute des précautions de sécurité, mais rien qui puisse justifier de rester les bras croisés.

Au moment où les appels se multiplient pour que le Canada ouvre davantage son coeur et ses portes, le gouvernement Harper a répondu vendredi par des mesures pour mousser le tourisme de plein air. 

Je vous lis un extrait du communiqué de presse : 

«Accorder un financement additionnel à Destination Canada afin de promouvoir le tourisme axé sur la pêche, la chasse et la motoneige.»

Je n'ai rien contre la nature et les parcs nationaux, mais il est des circonstances où on préférerait que le Canada s'affiche comme terre d'accueil plutôt qu'en terrain de camping sauvage.

Le hasard a voulu que la photo d'un corps d'enfant rejeté par la mer sur une plage de Turquie soit publiée pendant une campagne électorale serrée. 

Les adversaires des conservateurs ont vite vu l'ouverture. 

Je n'aime pas beaucoup les récupérations politiques construites sur l'émotion ou la photo du moment. Mais si c'est ce qu'il faut pour infléchir le manque de coeur du pays, alors soit.

L'histoire suggère cependant qu'il ne faut pas trop se faire d'illusions sur la portée des élans de sympathie populaire.

De grandes photos qui ont choqué l'opinion publique et qu'on avait cru assez fortes pour changer le cours des choses n'ont souvent eu qu'un effet marginal ou dérisoire. 

L'étudiant de la place Tian'anmen seul devant les chars d'assaut (1989); la jeune afghane de 12 ans aux yeux verts dans un camp au Pakistan pendant l'occupation soviétique en Afghanistan (1984); le corps décharné d'une enfant affamée du Soudan, guettée par un vautour (1993).

Même l'impact de la photo de la petite fille du Viêtnam, qui court nue, brûlée par le napalm (1972), est aujourd'hui remis en question. 

Il est probable que l'opinion publique américaine sur la guerre au Viêtnam avait déjà commencé à changer avant cette photo. Pour les autres, les faits parlent d'eux-mêmes. Rien n'a vraiment changé. 

Le décor est sobre, les couleurs neutres et la propreté impeccable. Le long du mur, deux grands lits dont les draps n'ont pas été défaits. Ils ne le seront pas ce soir non plus. 

Seize des dix-neuf chambres d'urgence du Centre multiethnique de Québec sont ainsi inoccupées, prêtes à accueillir des réfugiés qui n'arrivent pas. 

Depuis l'ouverture de la Canopée, en novembre dernier, le centre n'a pas encore roulé à pleine capacité.

C'est un peu le monde à l'envers. On a l'habitude des oeuvres communautaires qui croulent sous les demandes et manquent de ressources pour y répondre.

Ici, rue Dorchester, au centre-ville, l'espace est là, le personnel, les ressources matérielles, l'expertise et le goût de servir. Ce sont les clients qui tardent.

Québec avait été ciblée il y a trois ans pour accueillir davantage de réfugiés. Les promesses n'ont pas été tenues, un constat particulièrement frustrant en cette période de crise en Méditerranée.

La directrice Dominique Lachance s'impatiente. «C'est effrayant le recul du Canada sur l'aspect humanitaire pendant qu'on fait une chasse aux sorcières aux terroristes.»

«On ne peut pas faire fi de l'Europe et du Moyen-Orient», plaide-t-elle.

Le maire Régis Labeaume a emboîté le pas hier aux maires de Montréal et d'Ottawa. Il souhaite que Québec puisse faire sa part et accueillir davantage de réfugiés de la Syrie ou de l'Irak. 

C'est le message qu'on a le goût d'entendre. Le reste est incertain. Une ville peut avoir de bonnes intentions, mais ne décide rien en matière d'immigration.

La réalité est aussi qu'il n'y a à Québec qu'une toute petite communauté syrienne. À peine plus de 200 personnes au recensement de 2011. 

Pas étonnant que plus de 90 % des nouveaux arrivants en provenance de Syrie choisissent de s'établir à Montréal. 

Québec retient mieux qu'avant ses réfugiés et immigrants, mais reste pour ceux-ci un «projet à long terme», constate Mme Lachance.

La langue, la barrière sociale d'une ville un peu fermée, la difficulté d'un emploi pour ceux dont le diplôme n'est pas reconnu. 

Ceux qui y mettent le temps peuvent espérer une belle qualité de vie, croit-elle. Encore faut-il les laisser arriver.

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