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La chute d'une mal-aimée

L'oeuvre d'art Dialogue avec l'Histoire, un cadeau du... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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L'oeuvre d'art Dialogue avec l'Histoire, un cadeau du gouvernement français, est tombée sous le pic des démolisseurs mercredi.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Pas eu de regret à voir disparaître le «cube» de marbre blanc qui encombrait la place de Paris.

La Ville aurait pu y mettre un peu plus d'élégance et de respect dans la manière. Démolir une oeuvre d'art à coups de pelle mécanique est un peu brutal. Mais pas de regret sur le résultat.

«Enfin ce coin du Vieux-Québec retrouve son authenticité...» a écrit un citoyen sur une page Internet.

Le jugement est dur, mais décrit le sentiment général pour cette oeuvre incomprise et mal aimée.

Depuis le premier jour, Dialogue avec l'Histoire est perçue comme une intruse. Le temps n'y aura rien changé.

La Ville n'aurait pas démoli pour le seul motif que l'oeuvre était peu appréciée. Elle envisageait même de mettre l'oeuvre en valeur par des jeux de lumière et en l'entourant de terrasses.

La dégradation des matériaux en aura décidé autrement.

L'oeuvre de Jean-Pierre Raynaud était dénigrée pour la même raison que d'autres pouvaient l'apprécier : le contraste du moderne et du vieux.

L'artiste Luc Archambault y avait vu une «intention géniale».

La juxtaposition de «contraires esthétiques». Le minimalisme d'une oeuvre «froide» et «banale» opposé aux maisons «chaleureuses et vivantes» de la place Royale.

Cette oeuvre ne lui ressemblait pas, mais il l'appréciait. «Un dialogue entre l'ancien et le moderne», analyse-t-il. Et probablement une critique du «monde moderne aseptisé», symbolisée par cette oeuvre «sèche, désincarnée et sans aspérité».

L'ennui, c'est qu'une majorité de citoyens n'ont rien entendu de ce Dialogue avec l'Histoire. L'oeuvre a peut-être été mal expliquée, suggère Luc Archambault.

Possible. Mais si une oeuvre a tant besoin d'explications pour exhaler un sens, c'est peut-être qu'elle a peu à dire ou parle un langage trop électif.

Il arrive souvent que le temps finisse par arrondir les coins; rendre intelligible ou plus acceptable ce qui ne l'était pas au début.

Les perceptions artistiques et les sensibilités évoluent; il y a des effets de mode; les goûts et les visions de chacun; etc.

J'aime ici l'image de M. Archambault. Le bungalow d'une banlieue des années 60 a peu d'intérêt artistique, parce que trop commun. Mais s'il devient un jour le dernier bungalow à témoigner de son époque, on lui trouvera une pertinence artistique.

Mais pour ce qui est de Dialogue avec l'Histoire, rien à faire. J'ai retourné le «cube» dans tous les sens depuis bientôt 30 ans. Toujours rien. Un silence dans une boîte.

***

Installé en 1987 lors du Sommet de la Francophonie, Dialogue avec l'Histoire était un cadeau du gouvernement français.

Un «hommage aux premiers Français qui débarquèrent en ce lieu autrefois bord de mer pour y bâtir un pays où leur culture n'a cessé de s'affirmer».

Un retour d'ascenseur pour la fontaine-sculpture L'embâcle, offerte à Paris par le gouvernement du Québec au début des années 80.

L'oeuvre de Charles Daudelin jaillit d'un trottoir du quartier Saint-Germain-des-Prés. Elle a été restaurée en 2011 et «ré-inaugurée» alors par Jean Charest et le maire Bertrand Delanoë.

Un sort plus glorieux que pour Dialogue.

Québec a évalué qu'il coûterait 200 000 $ pour reconstruire le «cube» selon les plans originaux de l'artiste.

La décision finale n'est pas prise, et il faudra en discuter avec Paris. Mais je vois mal la Ville mettre de l'argent pour reproduire à l'identique une oeuvre qu'elle sait déjà mal aimée.

***

Québec possède plus 140 oeuvres d'art public, sans compter celles de la Commission de la capitale nationale et les propriétés privées.

L'objectif est d'en ajouter une vingtaine d'ici quelques années, rapporte la conseillère Julie Lemieux, responsable des dossiers culturels.

La Ville varie les formes, les matériaux, les styles et les auteurs. On y trouve des bustes, des statues, des plaques commémoratives, des figures géométriques, des fontaines, des bestiaires, des murales, des parements, etc.

Ces oeuvres sont vite «adoptées» et soulèvent rarement une controverse, ou alors celle-ci est de courte durée. L'intention des artistes y est suffisamment explicite ou évocatrice pour créer un sens, une émotion, un plaisir.

C'est vrai de la vingtaine d'oeuvres-cadeaux reçues par la Ville. Dialogue avec l'Histoire est l'exception. À l'autre bout du spectre, je vois la fontaine de Tourny, le geste urbain le plus unanime et le plus émouvant de l'histoire récente de Québec.

Le récent débat sur l'horloge du Jura est d'une autre nature. Les critiques ne portaient pas sur la valeur ou l'intérêt de l'oeuvre, mais sur la fiabilité de la mécanique et le coût public de l'installation.

***

Ma préférée reste l'assemblage de 40 chaises métalliques, chacune marquée d'un extrait de poème, devant la gare du Palais. L'oeuvre de Michel Goulet a été offerte par la Ville de Montréal pour le 400e de Québec.

J'en aime le mouvement, la géométrie, le dialogue avec l'histoire et sans doute le titre : Rêver le nouveau monde.

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