Pourquoi démolir un aréna qui fonctionne?

L'arena Jacques-Côté de Sillery pourrait fermer.... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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L'arena Jacques-Côté de Sillery pourrait fermer.

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(Québec) Pourquoi démolir un aréna apprécié et fonctionnel plutôt que le rénover comme on le fait dans d'autres quartiers?

C'est la question la plus émotive du débat sur le Programme particulier d'urbanisme (PPU) de Sillery.

S'il fallait choisir aujourd'hui le meilleur emplacement pour un aréna, ce ne serait pas dans le quartier exigu du faubourg Saint-Michel.

On trouverait un endroit plus central, plus ample et plus facile d'accès.

Mais on ne peut pas refaire l'histoire. L'aréna Jacques-Côté est là où il est, et contribue à la qualité de vie du voisinage.

Pour les citoyens, tous les arguments sont bons pour sauver «leur» aréna. La Ville a aussi les siens.

Que valent ces arguments? Sont-ils bien fondés ou s'agit-il de prétextes pour masquer le vrai motif d'opposition des citoyens : la densification de leur voisinage?

J'ai passé en revue les principaux arguments des uns et des autres. Ça ne donne pas une réponse définitive mais ça aide à départager les faits des émotions :

1. L'argument du patrimoine

- L'aréna Jacques-Côté a été construit en 1972 sur un terrain municipal adossé aux grands domaines religieux.

- Ses structures et parements de bois le rendent chaleureux, mais cela n'a rien de très exceptionnel. Une photo dans le corridor menant aux vestiaires rappelle que Jean Béliveau était là à l'inauguration. C'est sympathique, mais ça n'en fait pas un bâtiment patrimonial ou une architecture qui impose de le conserver.

- Ce qui a une valeur patrimoniale, ce sont les domaines religieux voisins et les 70 maisons du quartier ouvrier Saint-Michel dont l'origine remonte à 200 ans. Ces maisons ne sont pas visées par le PPU.

2. L'argument du service de proximité

- Aller à pied à l'aréna est un avantage et un incitatif à faire du sport. C'est un luxe que n'ont pas la grande majorité des citoyens, y compris la plupart des utilisateurs de l'aréna de Sillery, qui doivent prendre l'auto pour reconduire les enfants à l'aréna.

- 241 jeunes de Sillery étaient inscrits l'an dernier au hockey, patinage artistique ou de vitesse. Une minorité de ceux-ci habite le faubourg Saint-Michel. Vingt-huit pour cent de ces activités ont eu lieu à l'aréna Jacques-Côté, le reste dans d'autres arénas.

Même pour les résidents du faubourg, la plupart des activités ont lieu ailleurs qu'à l'aréna Jacques-Côté.

Une seule exception : le Club de patinage artistique de Sillery dont 100 % des activités ont lieu à l'aréna Jacques-Côté.

- Aller à pied à l'aréna n'est pas un service essentiel. Ce qui l'est, c'est l'accès à des glaces à «distance raisonnable». Combien de kilomètres? Il n'y a pas de normes.

Québec a identifié 25 «coeurs» de quartier et mesuré pour chacun la distance vers l'aréna le plus proche.

Cela varie de 0,5 km (Les Saules) à 9,6 km (Lac-Saint-Charles). La moyenne est de 3,4 km.

L'aréna Jacques-Côté est à0,6 km du coeur de son quartier (Maguire-chemin Saint-Louis). S'il devait disparaître, les glaces les plus proches seraient le PEPS (2 km) et l'aréna de Sainte-Foy (5,1 km).

3. L'argument de l'usage communautaire

- L'aréna Jacques Côté a été payé à l'époque par une collecte auprès d'entreprises, d'institutions et de citoyens.

Cela aide à comprendre l'attachement de la communauté et la réticence à voir le terrain passer au privé.

- Le stationnement et les pelouses qui l'entourent sont des espaces de jeu et de rassemblement; les enfants y apprennent à aller à vélo; il y a un tennis et un jardin communautaire.

- Les espaces publics facilitent le déneigement : on y gare des voitures et y repousse la neige des rues étroites du voisinage. Dans l'hypothèse d'un lotissement, il semble essentiel de préserver des espaces publics.

- Le PPU prévoit la disparition éventuelle du Montmartre, considéré comme un bâtiment «fini». Le Montmartre est actuellement le principal (le seul?) lieu de grands rassemblements à Sillery.

Je lance l'idée. L'aréna Jacques-Côté pourrait jouer le rôle communautaire du Montmartre si la Ville cesse un jour d'y entretenir une glace.

4. L'argumentde la fréquentation

- Des citoyens plaident que l'aréna Jacques-Côté est parmi les plus occupés de la ville.

La réalité est que tous les arénas sont occupés à plein rendement ou presque aux heures de pointe (16h à 22h en semaine; 7h à 20h30 les fins de semaine).

- Ce qui distingue l'aréna de Sillery, c'est qu'il sert l'été comme parc de planches à roulettes et de patins à roues alignées.

5. L'argument de la rareté des glaces

- Dans l'état actuel des choses, les heures de glace de l'aréna Jacques-Côté ne peuvent être compensées ailleurs.

Les autres arénas fonctionnent déjà à pleine capacité et la Ville veut maintenir un ratio de3,75 heures/inscription/année.

- Il reste 300 heures/an non utilisées dans l'entente Ville-PEPS, mais ces heures ne sont pas en prime time, l'université ayant priorité pour les horaires.

- La meilleure solution de rechange reste l'anneau de glace couvert, mais le projet stagne, personne ne voulant en assumer les coûts d'exploitation.

- Autres hypothèses :

• Louer des heures dans de nouveaux arénas privés pour compenser celles perdues à Jacques-Côté.

• Réorganiser des activités ou fusionner des clubs de patinage pour envoyer plus de jeunes à la fois sur les patinoires; cela dégagerait des heures de disponibilité. Pas sûr cependant que les citoyens auront envie d'entendre que pour compenser la perte de leur aréna, on leur «enlèvera» leurs clubs de patinage.

- La Ville estime avoir encore du temps pour trouver une solution et promet de ne pas démolir l'aréna Jacques-Côté tant qu'elle ne l'aura pas trouvée.

6. L'argument des coûts d'entretien

Des opposants à la démolition plaident que les coûts d'entretien de l'aréna Jacques-Côté sont parmi les moins élevés de la ville. Ils ont raison.

En 2013-2014, l'entretiende l'aréna de Sillery a coûté272 000 $. La moyenne pour les 17 glaces municipales est de plus de 400 000 $ par an.

7. L'argument des coûts de rénovation

- La Ville soutient que la remise aux normes de l'aréna coûterait 11,5 millions $. Une première évaluation en 2007 parlait déjà de 8 millions $. Ça semble beaucoup.

On vient de rénover les arénas Patrick-Poulin et Réjean-Lemelin pour 4,4 millions $ chacun (dalle de béton et réfrigération).

Pourquoi le triple à Jacques-Côté? Parce qu'il faudrait ajouter une annexe de béton pour loger le nouveau système de réfrigération. Huit millions de dollars pour une annexe de béton, rafraîchir un chalet et des chambres de joueurs, ça paraît démesuré.

- Démocratie Québec croit possible de s'en tirer au total pour 2,5 millions $. Ça semble insuffisant. À lui seul, un système de réfrigération à l'ammoniac ou au CO2 exigé par le gouvernement coûte 3 à 4 millions $.

- Boischatel vient de construire un aréna neuf pour 5,5 millions $. Les normes au privé ne sont cependant pas les mêmes que pour un bâtiment public.

- Le gouvernement vient de lancer un nouveau programme de subventions pour les arénas.

8. L'argument de l'asservissement aux promoteurs

- Le premier rapport de la Ville suggérant la démolition de l'aréna Jacques-Côté remonte à l'été 2007, soit avant l'élection du maire Labeaume.

- Le maire a depuis soufflé le chaud et le froid sur l'aréna, promettant d'abord de le conserver pour annoncer ensuite qu'il ne voulait plus investir dans un aréna «qui n'est plus dans nos standards».

- «L'arrêt de mort» de l'aréna, décrété en juin 2013, a coïncidé avec l'annonce d'un projet de 123 unités de logement en lieu et place.

Malgré l'apparence, on ne peut en conclure que la Ville veut uniquement plaire à des promoteurs. La réflexion sur l'aréna était antérieure au projet immobilier et à l'élection du maire.

9. L'argument des taxes

- La Ville espère obtenir 3 à4 millions $ de la vente des terrains de l'aréna. Elle pourrait ensuite retirer 300 000 $ à 400 000 $ par année en taxes, peut-être plus.

Au total, les 800 logements évoqués dans le PPU pourraient rapporter à la Ville plus de 4 millions $ par an.

- Le groupe Héritage Québec propose une solution de rechange au PPU : la promenade touristique Cap en cap, qui relierait le quartier Champlain à Cap-Rouge.

On fait miroiter 2000 emplois et des revenus de 2 milliards $ en 10 ans.

Un beau projet pour rêver mais une évaluation complètement farfelue. Imaginez juste le coût public pour l'achat de terrains, l'aménagement, les constructions, l'entretien, etc.

10. L'argument de la densification et de la circulation

- Des citoyens craignent un développement trop massif, en rupture avec le patrimoine bâti du faubourg. Y voient une menace à la qualité de vie causée en outre par la hausse de la circulation.

Ce sont les arguments classiques des voisins qui s'opposent à la densification. L'aréna sert ici de point d'ancrage à l'opposition. Dans d'autres quartiers, c'est un boisé, un milieu humide, une église, une vue sur les montagnes, etc.

- Sillery est le quartier du promontoire de Québec où la densité est la plus faible (18 logements à l'hectare). Pris isolément, le faubourg Saint-Michel est beaucoup plus dense.

- L'objectif du PPU est que les développements contigus au faubourg en respectent les caractéristiques urbaines : trames de rues, gabarits, hauteurs, parcellaire, typologie des bâtiments, formes des toits, dégagements au sol, etc.

C'est difficile de juger si ce sera respecté tant que nous n'avons pas vu de projets concrets.

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