Le rêve d'une «vraie» capitale

Tous les «beaux jeudis», Lisette Lapointe et Jacques... (Archives Le Soleil)

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Tous les «beaux jeudis», Lisette Lapointe et Jacques Parizeau recevaient au 1080, avenue des Braves. Entre 100 et 150 personnes à la fois, dont des ministres, des députés et des fonctionnaires, y étaient invitées.

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(Québec) Aucun premier ministre, pas même Jean Lesage qui a bâti l'État moderne, n'aura eu pour Québec autant d'ambition que Jacques Parizeau.

La capitale était pour lui le prolongement du projet d'indépendance. Il voulait pour son pays une «capitale digne de ce titre», se souvient Jacques Jolicoeur, qui fut son chef de protocole pendant ses 16 mois.

M. Parizeau a ainsi créé la Commission de la capitale nationale (CCN) avec mandat d'embellir la ville et y consolider la fonction administrative.

Boulevard René-Lévesque, colline parlementaire, places publiques, promenade Samuel-De Champlain, etc. Le paysage de Québec ne serait pas ce qu'il est sans la CCN et l'impulsion de Parizeau.

Il contribuera à la relance de Saint-Roch en y déménageant l'ÉNAP et le siège de l'Université du Québec.

Longtemps avant de devenir premier ministre, il avait soutenu des équipements culturels de la capitale.

Déçu du piètre piano entendu lors d'un concert au Grand Théâtre, le ministre des Finances fait commander le lendemain un Steinway.

Il donne le feu vert au Musée de la civilisation malgré l'avis de fonctionnaires et est le «père» des Violons du Roy, rapporte M. Jolicoeur. Il soutiendra plus tard la Caserne de Robert Lepage.

Le premier ministre Parizeau a choisi d'habiter la capitale. Une dizaine de maisons sont alors envisagées. Celle du 1080, avenue des Braves devient résidence officielle en novembre 1994.

M. Parizeau en fera un rendez-vous incontournable pour les ministres et les hauts fonctionnaires. Plusieurs prendront alors un pied à terre à Québec.

Sous l'impulsion de Lisette Lapointe, son épouse, la résidence devient un lieu effervescent qui annonce la vie mondaine d'une capitale.

Tous les «beaux jeudis», le couple reçoit à «L'Élysette» pour le 5 à 7. Entre 100 et 150 invités à la fois, dont des ministres, députés et fonctionnaires que M. Parizeau s'assure ainsi de retenir à Québec un ou deux jours de plus par semaine.

Madame dressait la liste des invités, où se trouvent tour à tour des citoyens «ordinaires», chauffeurs de taxi, bénéficiaires de l'aide sociale, etc.

Pas de discours politique. Les hôtes se mêlent sans cérémonie aux invités dans une atmosphère de piano-bar. 

Plus de 6000 Québécois y auront défilé lors d'une quarantaine de réceptions. Sans compter les deux où trois soirs par semaine où les Parizeau reçoivent à souper. Le maire L'Allier est un fidèle et on le verra même défoncer l'année à l'avenue des Braves.

On ne trouve pas d'équivalent dans l'histoire parlementaire de Québec, croit M. Jolicoeur.

Jusque-là, les événements protocolaires étaient orchestrés par le lieutenant-gouverneur et n'avaient pas de dimension publique.

Les réceptions à l'Élysette ont fait les gorges chaudes pour les dépenses qu'elles engendraient et parce que la résidence appartenait à la Chambre de commerce.

Mais Québec y trouvait son compte et l'axe Parizeau-L'Allier a beaucoup profité à la ville, comme plus tard pour l'axe Labeaume-Charest. 

L'expérience a brutalement pris fin avec l'arrivée de Lucien Bouchard, qui a préféré garder sa famille à Montréal et coucher sur un lit de camp au bunker. Une image d'austérité monacale a chassé celle du plaisir et de l'ambition de l'ère Parizeau.

Au dernier jour de fonction, en janvier 1996, le couple Parizeau délaisse le 1080, des Braves pour le Château Frontenac. Un symbole. Monsieur y avait ses habitudes à l'époque où il était ministre.

Le lendemain matin, il invite au petit déjeuner cinq ou six députés de son équipe. Le plus âgé, Camille Laurin, et le plus jeune, André Boisclair, en sont.

À son départ, les employés du Château forment une haie d'honneur. La dernière de sa vie de premier ministre.

Quel lieu retenir pour honorer la mémoire de Jacques Parizeau à Québec? 

Jacques Jolicoeur, qui s'y connaît en toponymie, propose de renommer la rue Saint-Amable sur la colline parlementaire. 

Celle-ci part du Grand Théâtre, longe le parc de l'Amérique-Française, celui de la Francophonie et s'arrête au parlement, à quelques pas de l'édifice Honoré-Mercier où M. Parizeau a officié comme ministre des Finances et plus tard comme premier ministre.

Ça semble plein de bon sens.

En plus, personne n'y perdrait. Le marchand Michel-Amable Berthelot d'Artigny a déjà tout près une autre rue à son nom.

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