La bombe à retardement

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) L'éléphant était dans la pièce, mais personne n'avait encore osé le nommer. Quatre entrepreneurs du parc industriel de Saint-Augustin viennent de briser le tabou.

Ils proposent une refusion avec Québec pour freiner l'explosion des taxes et mettre fin au climat d'incertitude. Sont déçus qu'aucun des candidats n'ait eu le «courage» d'en parler.

Leur sortie arrive bien tard à dix jours du vote. Trop tard pour qu'entre en course un profusion, mais peut-être pas pour qu'un des candidats accepte de l'envisager une fois élu.

Louis Garneau, Denis Leclerc (Biscuits Leclerc), Jean-François Dufresne (Preverco) et Mario Guérin (ETC) sont de gros joueurs du Parc industriel. Leur avis ne peut être pris à la légère.

Avant de parler, ils ont pris la peine de rencontrer Sam Hamad, le ministre Moreau aux Affaires municipales et le maire Labeaume. Ils ont aussi discuté avec la direction de la Ville.

Leur position n'a rien d'une hérésie. Saint-Augustin a défusionné en pensant que Sainte-Foy et Sillery partiraient aussi, ce qui aurait fait contrepoids à Québec.

Elle s'est retrouvée seule ou presque.

Il n'est pas acquis qu'elle gagnerait à une refusion, car elle restera responsable de ses dettes et Québec ne lui fera pas de cadeau.

Le parc industriel peut cependant donner matière pour négocier. Les terrains sont rares à Québec et le parc de Saint-Augustin a un fort potentiel de croissance.

C'est un meilleur rapport de force que pour la facture d'agglomération, où les parties sont liées par une mécanique qui touche tout le Québec.

Le groupe de MM. Garneau et Leclerc voudrait un dénouement rapide pour que les citoyens sachent dès l'automne à quoi s'en tenir pour les taxes.

Cela semble irréaliste. Enclencher une fusion implique des volontés politiques, des négociations, une consultation et/ou un vote. La machine n'avance pas aussi vite, surtout s'il n'y a personne pour la pousser.

Louis Garneau a connu la Saint-Augustin agricole, gérée en bon père de famille. Convaincu que «small is beautiful», il était partisan de la défusion.

«Ça n'a pas marché», dit-il, en évoquant la «bombe à retardement» des dépenses. «L'important c'est de corriger; il n'y a rien de pire qu'un homme d'affaires qui s'entête dans un projet qui ne marche pas.»

Les élus de Saint-Augustin n'ont pas tardé à réagir. La mairesse suppléante France Hamel croit qu'une refusion serait «suicidaire» et la «pire des solutions» aux problèmes financiers.

***

J'ai toujours pensé que Saint-Augustin et L'Ancienne-Lorette reviendraient un jour quand leurs taxes dépasseraient celles de Québec et que les maires des défusions seraient partis.

C'est le cas de Saint-Augustin, ce qui mettait la table, il me semble, pour un bon débat, à défaut d'en faire tout de suite un enjeu électoral.

En début de campagne, je m'étais demandé dans cette chronique s'il se trouverait un candidat pour porter l'idée d'une refusion avec Québec. On a eu la réponse.

Une course à la mairie devrait pourtant être une occasion de réfléchir à l'avenir et de soupeser les avenues qui s'offrent.

Cela n'aura pas été possible dans la campagne qui s'achève. Le départ rapide du maire Corriveau après l'explosion des taxes a précipité les candidats dans l'urgence : celle de sauver les meubles et celle de limiter les dégâts pour le prochain budget.

Difficile de trouver alors le recul pour regarder plus loin.

Tous les candidats souhaitent rétablir des ponts avec Québec et mettre fin aux confrontations. C'est déjà ça de pris.

Personne ne semble cependant se faire d'illusion sur les chances d'infléchir rapidement la tendance à la hausse des factures d'agglomération.

Tous ont compris que c'est d'abord sur les dépenses de proximité qu'ils peuvent agir.

À moins d'un coup de barre, la prochaine hausse de taxes risque d'atteindre 10 %, ce qui s'ajoute aux 25 % de cette année.

C'est sans parler des impacts du nouveau rôle d'évaluation attendu à l'automne.

***

Qu'est-ce qu'un maire néophyte pense raisonnablement pouvoir faire dans les six mois entre l'élection et le prochain budget ?

J'ai posé la question aux quatre candidats au sortir du débat de cette semaine à la radio de Radio-Canada.

Les réponses n'ont pas toujours été aussi précises qu'on le voudrait, mais tous ont ciblé la culture et les loisirs.

À défaut de réduire les services, plusieurs pensent à hausser les tarifications, ce qui ne sera rien pour apaiser le fardeau des citoyens.

***

Sylvain Juneau

Sylvain Juneau est le seul à promettre un gel de taxes pour 2016. L'ingénieur propose de refiler au privé la gestion du nouveau centre sportif pour éviter le déficit prévisible. Comme si un privé allait vouloir absorber ce déficit. Des quatre, il est le plus tranchant et le plus vigoureux en débat. Le plus imagé aussi. Sauf que je me méfie de la pensée magique.

Bonne chance.

***

Jean-François Dufour

Jean-François Dufour a été l'agent officiel du parti de Marcel Corriveau en 2013. Cela en fait de facto un candidat de la continuité. Le spécialiste en planification stratégique propose de maintenir les services, quitte à hausser les tarifications. Il propose aussi de hausser les revenus du complexe sportif et du centre de loisirs. Comme si personne n'y avait pensé avant. Je me méfie un peu d'un candidat qui pense qu'il n'y a qu'une glace à l'aréna Activital et qui parle d'un plan trimestriel plutôt que triennal. On ne peut pas tout savoir, mais il y a quand même un minimum.

***

Éric Dussault

Premier à entrer dans la course, l'homme d'affaires Éric Dussaut aura été le plus discret des quatre. Un bon gars, réfléchi, prudent et respectueux. Plutôt ambivalent cependant sur ce qu'il faudra faire pour une ville dont il dit lui-même qu'elle aurait besoin de «plus de leadership». Une «main de fer dans un gant de velours», prévient-il. Peut-être, mais j'ai vu davantage de velours que de fer. Peut-être n'ai-je pas tout vu.

***

Sylvie Asselin

Citoyenne engagée, Sylvie Asselin suit depuis des années les débats du conseil et la vie de la ville. Gestionnaire de projets puis enseignante au collégial, elle fut candidate conseillère en 2013. Avenante, bonne communicatrice, c'est elle qui semble savoir le mieux ce qui est faisable ou pas à court terme. Elle prêche pour plus de transparence et n'essaie pas de dorer la pilule. Elle aimerait promettre des baisses de taxes, mais sait que c'est le contraire qui s'en vient. Combien? «Je n'ai pas de boule de cristal», dit-elle.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer