Le départ inévitable

Retarder la vente des Nordiques n'aurait que prolongé... (Archives Le Soleil)

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Retarder la vente des Nordiques n'aurait que prolongé le supplice. Pour garder la tête hors de l'eau, l'équipe aurait dû se départir peu à peu de ses vedettes. Ici, le capitaine Joe Sakic en 1993.

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(Québec) Vingt ans n'ont pas suffi à éteindre toutes les rancoeurs. Plusieurs en veulent toujours aux propriétaires qui ont vendu «leurs» Nordiques.

Le maire Labeaume est de ceux-là. Il semble croire que le départ de l'équipe n'était pas inévitable; s'étonne que personne à l'époque n'ait pu convaincre les pouvoirs publics de la sauver.

Facile à dire aujourd'hui, surtout si ça permet d'en remettre sur l'adversaire du moment, Marcel Aubut. Mais ce n'est pas si simple.

Il est vrai que les propriétaires des Nordiques ont choisi de passer à la caisse. Non seulement n'ont-ils pas su convaincre les pouvoirs publics mais quelques-uns ne le souhaitaient même pas.

Clément Godbout (FTQ) et Marcel Dutil (Canam) avaient publiquement manifesté leur réticence à ce que les gouvernements investissent.

André Sarazin (Daishowa) endossait les démarches de Me Aubut pour essayer de sauver l'équipe, mais on sentait ses hésitations. «Peut-on encore se payer les Nordiques?» se demandait-il.

Je vois mal cependant comment une meilleure volonté des propriétaires aurait pu éviter la vente. Ce serait faire abstraction de plusieurs autres réalités incontournables : Colisée vieillissant; masse salariale hors de contrôle; faiblesse du dollar canadien; absence de partage des revenus dans la LNH; économie locale mal en point; tiédeur des volontés politiques; morosité ambiante; faible appui de la communauté d'affaires locale; indifférence de citoyens lassés peut-être de voir perdre leur équipe.

Si les Nordiques n'étaient pas dans le rouge au moment de la vente, ça n'allait plus tarder. 

La masse salariale dans la LNH avait bondi de 30 % en trois ans. Les 4 millions $ par année que le Canadien a consenti ce printemps-là à Patrick Roy ne furent rien pour calmer les craintes.

Retarder la vente n'aurait que prolongé le supplice. Pour garder la tête hors de l'eau, l'équipe aurait dû se départir à mesure de ses vedettes, reconstruire, risquer chaque fois de rater les séries.  

Comme les Expos de cette même époque avec leurs ventes de feu répétitives qui ont précipité le désintérêt et la chute de l'équipe.

Penser dans ce contexte convaincre les pouvoirs publics d'investir 100 millions $ pour un nouvel amphithéâtre défiait toute probabilité.

S'il y avait un reproche aux propriétaires de l'époque, ce n'est pas leur tiédeur. Ce serait d'avoir choisi le plus mauvais argument pour tenter de sauver les Nordiques : l'argument économique.

Le même mauvais argument qui a convaincu le gouvernement Charest et la Ville de Québec d'investir aujourd'hui dans un nouvel amphithéâtre.

Chaque fois, on s'est appuyé sur des études faisant miroiter de mirobolantes retombées économiques et fiscales. Sauf que ça ne tient pas la route.

On peut vouloir un nouvel aréna et une équipe de la LNH pour de bonnes raisons : le plaisir, la fierté, le sentiment d'appartenance, l'amour du hockey, l'image et la visibilité de la ville, des spectacles de plus ou mieux haïr Montréal, que sais-je. Mais pas pour l'impact économique. 

Cet impact ne sera jamais que modeste, si ce n'est négatif. Les études sérieuses le démontrent : un stade ou une équipe n'impriment pas d'argent. Ils font avec l'argent qui est là. 

Cela dit, je crois qu'aucun argument n'aurait pu sauver l'équipe.

Le maire L'Allier avait bien résumé les choses le jour du départ des Nordiques. «L'orgueil est blessé, les sportifs sont en deuil, mais la ville va survivre.» Ça ne sera «pas le drame économique» parfois annoncé, assurait-il. Il a eu raison.

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