L'accès à l'Eldorado bloqué

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La police hongroise bloque le chemin à des migrants qui tentent de traverser la frontière avec la Serbie, après que Budapest a décidé de fermer son principal point d'entrée au pays.

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Agence France-Presse
Röszke

RÖSZKE - La Hongrie a fermé hier le principal point d'entrée de sa frontière avec la Serbie, au désespoir de migrants en pleurs, tandis que les États de l'UE, divisés, échouaient à dégager un consensus sur la répartition des réfugiés.

À Röszke, devenu le point de transit de la quasi-totalité des migrants pénétrant en Hongrie, une quinzaine de policiers hongrois en uniforme bleu ont empêché hier leur passage, pendant que d'autres agents tendaient des barbelés en travers de la voie, selon des journalistes de l'AFP.

Foulard noir noué sous le menton, son bébé dans les bras, une femme fond en larmes. Ébahi, son mari tente de la consoler. D'autres femmes et enfants se mettent à pleurer.

Rejointe par des dizaines d'autres migrants fuyant des zones de conflit comme la Syrie, l'Irak et l'Afghanistan, cette famille a été parmi les premières à se heurter à la fermeture de ce principal point de passage, à Röszke, vers l'Eldorado de l'Union européenne.

«On avait entendu que les Hongrois voulaient fermer leur frontière, mais on nous disait que ça allait se passer mardi [aujourd'hui]», s'étonnait Hassan, un Syrien d'une trentaine d'années.

Au même moment, les 28 États membres de l'UE, réunis en urgence à Bruxelles, ne sont pas parvenus à un accord unanime sur la répartition contraignante de 120 000 réfugiés, réclamée la semaine dernière par la Commission européenne pour faire face à la pire crise migratoire en Europe depuis 1945.

Certes, «une grande majorité d'États se sont engagés sur le principe d'une délocalisation [des 120 000 réfugiés], mais tout le monde n'est pas pour l'instant à bord», a reconnu le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, qui a présidé un conseil extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE.

«La discussion doit se poursuivre», a estimé le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, soulignant qu'«un certain nombre de pays ne veulent pas adhérer à ce processus de solidarité». Il a cité «notamment les pays du groupe de Visegrad» [Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie].

Les États membres ont en revanche confirmé, comme prévu, qu'ils allaient se répartir l'accueil de quelque 40 000 réfugiés conformément à ce qu'ils avaient convenu fin juillet après une première proposition de la Commission.

La France et l'Allemagne ont aussi souligné, au rang des «avancées» d'hier, le fait que l'Italie et la Grèce aient accepté la mise en oeuvre à leurs frontières extérieures de «hotspots», des centres d'accueil chargés d'enregistrer les migrants à leur arrivée en Europe et de distinguer en amont s'ils relèvent du droit d'asile ou de la migration illégale.

Cette réunion décevante à Bruxelles a eu comme toile de fond le rétablissement des contrôles à leurs frontières par l'Allemagne et l'Autriche, une suspension de facto du principe de libre circulation garanti par Schengen en Europe.

«L'Allemagne est légitime à rétablir des contrôles, j'ai déjà eu à procéder moi-même à une décision similaire», a souligné le Français Bernard Cazeneuve.

Devenue en quelques semaines une Terre promise pour des réfugiés de plus en plus nombreux, l'Allemagne a justifié sa décision par «l'inaction» de l'UE.

Berlin a toutefois assuré que le rétablissement des contrôles ne signifiait pas que l'Allemagne fermait ses frontières aux demandeurs d'asile et aux réfugiés.

Volte-face de Merkel

La volte-face de la chancelière Angela Merkel, confrontée à des problèmes logistiques et à la grogne de son camp politique, est survenue quelques jours seulement après qu'elle eut plaidé pour un accueil des réfugiés sans limite de nombre. À la frontière germano-autrichienne, le retour des contrôles a déclenché embouteillages et protestations.

Sur le pont reliant l'Autriche à l'Allemagne entre Salzbourg et Freilassing, les chauffeurs devaient redécouvrir la patience, comme avant l'entrée en vigueur progressive à partir de 1985 des accords de Schengen.

Dès l'aube à Freilassing, des bouchons monstres s'étaient formés pour le contrôle des passeports et véhicules, les réfugiés étant orientés vers des centres d'accueil.

Munich était proche de la saturation, avec 63 000 réfugiés arrivés en deux semaines. Environ un millier de réfugiés en provenance d'Autriche sont encore entrés en Allemagne hier, a indiqué la police de la ville bavaroise de Freilassing. La décision de Berlin a immédiatement fait des émules parmi les pays de l'Est - Slovaquie et République tchèque - qui rejettent depuis des semaines l'idée de quotas de répartition.

La Pologne s'est dite prête, en cas de menace pour sa sécurité, à rétablir des contrôles aux frontières.

Vienne a aussi décidé de déployer des militaires à sa frontière avec la Hongrie, où le flux de migrants a pris des proportions sans précédent à la veille de la mise en oeuvre de nouvelles dispositions antimigrants par Budapest.

Hier, le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés a mis en garde contre un «vide juridique» auquel seraient confrontés les réfugiés en Europe, et a souligné «l'urgence d'une réponse globale européenne».

La Grande-Bretagne, qui comme le Danemark et l'Irlande dispose d'une option de retrait de la politique d'asile de l'UE, a annoncé hier la nomination d'un sous-secrétaire d'État aux réfugiés, au moment où le premier ministre David Cameron visitait un camp de réfugiés au Liban. Londres a promis d'accueillir 20 000 Syriens en cinq ans.

Acheter des îles pour héberger les migrants

Le milliardaire égyptien Naguib Sawiris a annoncé hier qu'il était en négociation pour l'achat de deux îles en Grèce pour y installer des milliers de réfugiés fuyant la Syrie et d'autres zones de conflit.

Le richissime homme d'affaires avait proposé début septembre à la Grèce et à l'Italie de leur acheter une de leurs îles avec l'objectif d'y accueillir des migrants. «Je leur fournirai des emplois grâce à la construction de leur "nouveau pays"», avait-il indiqué sur son compte Twitter.

«J'ai identifié deux îles en Grèce [...] et je suis actuellement en contact avec leurs propriétaires. Nous sommes prêts à négocier avec ces derniers à condition que le gouvernement grec donne son accord pour accueillir le plus grand nombre de réfugiés possible», a déclaré M. Sawiris hier sur Twitter.

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