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Le Soleil - Point de vue

Peut-on tout enseigner en même temps?

Nestor Turcotte
Philosophe

Le mot enfant vient d'un petit mot latin «infans» qui signifie : celui qui ne sait pas parler, celui qui ne peut et ne sait pas nommer le monde. L'éducation est donc l'art de donner le monde à l'enfant. L'éducation est essentiellement transmission, conservation et forcément continuité. Mais, que doit-on transmettre? Comment doit-on le faire? Faut-il tout transmettre et enseigner en même temps? Y a-t-il un danger à vouloir enseigner en parallèle le tout du savoir?

Les parents, voyant leur poupon grandir, attendent et s'étonnent d'entendre le premier mot prononcé par leur rejeton. Progressivement, le vocabulaire augmente. La langue prend forme. À l'école primaire, on lui enseigne comment écrire ses lettres, écrire les premiers mots, composer les premières phrases. La maître corrige, reprend, fait faire des exercices propres à son évolution. En première année, il écrit l'alphabet, multiplie les mots, alignent ses phrases. Les lectures sont mesurées, à hauteur d'enfant. On ne fait pas lire Rousseau, Lamartine, Corneille, Musset, Marx ou Aristote à l'aurore de la vie. L'éducation primaire fournit les données de base qui conduiront l'enfant à une certaine compréhension de sa langue maternelle. Celle-ci acquise, il pourra, seul, continuer à nommer le monde, le maîtriser et le comprendre davantage. Dans sa langue maternelle. Cela n'exclut pas ensuite l'apprentissage de nouvelles langues.

Il en est de même en mathématiques. L'enfant apprend à compter, former ses chiffres; il se surprend à additionner, à soustraire, à multiplier et à diviser. Il serait absurde de placer un enfant de première année devant la complexité de l'algèbre, du calcul différentiel, de la trigonométrie, des formules chimiques et l'astrophysique moderne. La graduation est toujours précédée des données de base. La calculatrice ne remplacera jamais la mémoire de certaines fonctions fondamentales.

L'enfant découvre vite aussi qu'il est un animal religieux. Il pose la question du sens. Du sens des choses et des êtres. Du sens aussi de l'existence. Le nouveau programme d'Éthique et de culture religieuse, imposé par le ministère de l'Éducation à tous les enfants du Québec et sans l'accord des parents, va à l'encontre de tout ce que je viens de dire sur les enseignements de base. On ne peut pas enseigner toutes les données des grands courants religieux planétaires, surtout à un enfant du primaire, sans jeter une grande confusion dans la tête du jeune enfant. Dans le domaine religieux, les mêmes mots peuvent se retrouver dans plusieurs religions, sans avoir toujours le même sens. Ayant un vocabulaire encore trop réduit, le jeune sera incapable de faire les distinctions qui s'imposent, clarifier certains concepts, éviter la confusion des genres. Au lieu de lui apporter les éléments qui lui permettraient de mieux juger et comparer les différentes doctrines religieuses, on en arrivera à créer en lui un mélange de mots, une mauvaise appréciation du domaine religieux, voire à son rejet.

Respecter la capacité d'apprentissage

L'enfant ne peut pas tout apprendre en même temps. L'enfant ne peut pas tout apprendre sur tous les sujets en procédant par un apprentissage parallèle. Ce travail intellectuel est le lot des adultes, ayant acquis une certaine formation intellectuelle. L'histoire des religions comparées fait souvent l'objet de cours universitaires et collégiales. Ayant parcouru un certain chemin, le jeune adulte devient apte à comparer ce qui, de prime abord, semblait être semblable. À vouloir prendre tous les chemins en même temps, à vouloir enseigner tout en même temps aux classes du primaire et du secondaire, on risque de créer une telle confusion dans les esprits qui ne fera qu'accentuer l'abandon éventuel de toute dimension religieuse dans l'être. Là, comme ailleurs, la méthode s'impose. Tout être humain a une certaine capacité d'apprentissage. On dénonçait jadis le bourrage de crâne fait aux enfants. On ne doit pas craindre de dénoncer ce qui s'en vient. Jadis, on gavait les jeunes d'un seul aliment. Maintenant, on les gavera davantage avec de multiples produits servis par des personnes qui n'en possèderont pas souvent la posologie. Le ministère de l'Éducation est responsable de ce cafouillis. Une correction de tir s'impose : seule la ministre peut procéder.

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