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Régis Labeaume : «Il faut que je m'organise pour être majoritaire»

(Québec) Pas de fausses promesses, le maire Régis Labeaume ne revient pas de vacances avec la résolution de calmer son tempérament bouillant. Bien au contraire, il se sent plutôt d'attaque pour affronter cette «année préélectorale», selon sa propre expression. Gonflé à bloc à la veille de sa rentrée à l'hôtel de ville aujourd'hui, Régis Labeaume s'est ouvert au Soleil pendant une entrevue-fleuve. Et fidèle à lui-même, il n'a pas mâché ses mots. Envers les syndicats. Envers les conservateurs. Envers les «exagérations» de la Ville dans le dossier sur l'affichage. Envers le «bordel» de l'îlot des Palais, véritable «éléphant blanc». Emballé par le succès du 400e, il espère voir sa ville «arrêter de penser que le Château Frontenac va nous faire vivre pendant un autre demi-siècle». La tête remplie de projets, il admet du même souffle ne pas avoir fait du legs à Québec une priorité.

Q Vous avez été fort présent sur toutes les tribunes pendant vos premiers mois à la tête de Québec. Allez-vous maintenir le rythme cet automne ou vous faire plus discret?

R C'est pas une question de discrétion, c'est une question de charge de travail. Quand il y a un colloque de 1500 personnes en ville, il faut que tu ailles les voir. Je suis arrivé dans une drôle de période. C'est le 400e et il y a beaucoup de monde qui veut me voir. Il reste un gros bout à faire jusqu'en octobre, avec le Sommet de la Francophonie. Je n'ai pas tant de plaisir à faire tout ça. Je ne suis pas un gars de cocktail. Mais j'ai un plan pour rentabiliser tout ça, profiter de tous ces gens qui sont venus.

Q Nouveau plan de transport, plan d'action sur l'immigration, consultations sur le schéma de couverture de risque, sur les règles sur l'affichage et sur la refonte de la carte électorale de Québec... Votre automne s'annonce chargé. Mais ce sont surtout les négos qui risquent de vous tenir occupé...

R Les négos, c'est beaucoup de placotage. Je suis convaincu qu'on peut régler avec les cols bleus et les cols blancs. Mais le problème, c'est que les policiers et les pompiers peuvent s'asseoir sur l'arbitrage. Je comprends les syndicats, ils pensent avoir des droits acquis. Pendant qu'on parle, les conventions continuent à être appliquées et la Ville met de côté 2 % d'augmentation chaque année. Pourquoi ils changeraient quand ils savent que c'est dans la banque? Ils ne perdent rien! Il va falloir que ça change.

Q Si vous pouviez recommencer à zéro dans le dossier des négociations, changeriez-vous quoi que ce soit?

R Rien!

Q Regrettez-vous certains gestes, comme d'avoir employé l'expression «fourreur de système»?

R Non. Cette affaire-là, on en a beaucoup parlé parce que je suis le maire, mais les syndiqués m'ont traité de pas mal d'affaires et utilisé des mots que vous ne pouvez pas écrire...

Q On vous a comparé à Napoléon, à M. Miroc (patron de Fred Caillou dans Les Pierrafeu). Est-ce que des attaques vous ont blessé?

R Disons qu'il y en a eu des plus mean, des plus mesquines.

Q Le Réseau de transport de la Capitale a connu un achalandage record cet été. Le message semble maintenant compris que festivités rime avec RTC. Maintenant, comment allez-vous convaincre les travailleurs d'utiliser l'autobus tous les jours?

R C'est mon grand défi. Il faut aller voir ailleurs comment ils ont fait. C'est d'ailleurs pour ça que je vais à Nantes (en novembre). Ils ont construit de grands stationnements et ont parti le projet BusWay (qui utilise des autobus articulés comme des tramways). Trente pour cent des gens se sont mis à prendre l'autobus pour se rendre au centre-ville. J'en ai assez des théoriciens, je veux rencontrer des gens qui l'ont fait et qui ont eu du succès. Il y a beaucoup de psychologie là-dedans, pour qu'une personne laisse sa voiture et saute dans un autobus. Mais ce qui s'est passé pendant le 400e me donne espoir. C'est une réussite totale. Il y a du monde qui n'avait jamais pris l'autobus là-dedans. Je veux tabler là-dessus.

Q Depuis la présentation des nouvelles règles d'affichage, vous avez refusé de vous en mêler publiquement. Mais en bout de ligne, c'est vous et votre comité exécutif qui serez appelés à trancher. Qu'avez-vous à dire aux commerçants?

R On va les écouter. Ce dossier, on me l'a mis sur mon bureau et c'était gros. Je ne l'ai même pas regardé. Je leur ai dit (aux commerçants) : «Regardez ça et dites-nous ce qui ne fait pas votre affaire.» Et ils l'ont fait, j'en suis content. Bon maintenant, je vais passer à travers leur analyse. Je veux que les commerçants sachent une affaire : je suis de leur côté. La Ville est capable d'exagérer. Il y a des exagérations que je constate et je veux leur dire que je ne suis pas un idéologique. L'harmonisation des règlements, il faut que ça se fasse. Mais il y a deux affaires (qui clochent) : le stationnement et l'affichage. On ne forcera pas le monde à se rendre dans Saint-Roch en autobus. On va s'arranger pour qu'il y ait du stationnement, est-ce que c'est clair? Pour l'affichage (il met le poing sur la table), je vais dire aux commerçants de s'asseoir avec le monde de la Ville et je vais mettre quelqu'un d'autorité de mon cabinet et il n'y aura pas de règlement tant qu'ils ne se seront pas entendus. Le règlement sur l'affichage, on n'a pas besoin de le faire cette année. On n'est pas obligé d'adopter cette partie tout de suite. Mais on ne retardera pas 10 ans.

Q Si on oublie la météo, Québec vient de connaître un été exceptionnel. Qu'en retenez-vous?

R Il y a une grande leçon à retenir. Il faut investir dans le produit. Daniel Gélinas et moi, on est arrivés en même temps au Festival d'été. Notre diagnostic était que le Festival allait descendre peu à peu. On s'est dit qu'il fallait prendre une chance et investir dans le produit. On l'a fait et on a réussi. Cet été, c'est pas à cause du marketing que le monde est venu à Québec. Si le monde est venu, c'est parce que le produit était bon. On a expliqué au monde qu'il y avait un nouveau produit physique, la promenade Samuel-De Champlain tout le long du fleuve, et parce qu'il y avait un produit culturel. Il va falloir investir dans la ville, arrêter de penser que le Château Frontenac va nous faire vivre pendant un autre demi-siècle. Notre approche du tourisme, on ne l'a plus. On pense «marketing, marketing, marketing». On veut amener le monde du Nevada, de Boston. C'est qui le monde qui est venu à Québec cet été? C'est le gars de Brossard. Il est venu. Il y a sept millions de Québécois, on va commencer par viser ceux-là.

L'autre chose, je veux féliciter les employés municipaux : la ville est propre! J'en ai reçu du monde. Au congrès de la Fédération canadienne des municipalités, tous les maires du Canada sont venus. J'ai reçu une douzaine de maires américains et d'autres d'Europe. Le monde n'en revient pas de la propreté de la ville. Ça veut dire qu'on a des valeurs qu'il faut garder. On est peut-être en négociations, mais je vais me permettre de le dire parce que je le pense : les employés ont été exemplaires. J'haïs comment les policiers sont habillés, mais c'est une autre histoire. Les bleus, entre autres, ont fait une maudite belle job.

Q Le dimanche 24 août, cela fera un an qu'Andrée Boucher est morte. Son mari a souvent été vu en votre présence depuis votre élection. Le décès de «madame la mairesse» — comme tout le monde l'appelait, même à la radio — sera-t-il souligné?

R En septembre, on va officialiser le changement de nom de l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy. Il fallait attendre un an. (La cérémonie a été repoussée à la demande de la famille.)

Q Andrée Boucher voulait faire de l'îlot des Palais le cadeau de Québec pour son 400e anniversaire. Québec se fera-t-elle un legs cette année?

R Je ne sais pas encore. Honnêtement, ça n'a pas été une priorité pour moi.

Q Le projet de l'îlot des Palais sera-t-il relancé?

R C'est un bordel cette affaire-là. Ça va nous coûter cher parce qu'il va falloir investir pour l'hiver. Il faut repartir à zéro. Pour moi, le concept n'est pas bon.

Q C'est le même concept que le musée Pointe-à-Callière (à Montréal)...

R Le monde parle tout le temps de l'édifice, mais qu'est-ce qu'il va y avoir d'intéressant là-dedans? Le problème, c'est qu'il faut que le monde vienne le voir. On aurait beau faire un édifice pour couvrir un trou, ça va donner quoi si c'est plate dedans? Quand je demande ce qu'il va y avoir dedans, on me répond qu'il va y avoir des bouts de pots. Ça marche pas.

Q Québec a déjà investi 2,5 millions $ dans ce projet...

R C'est le siège du premier gouvernement de la Nouvelle-France. Historiquement, c'est important. Il faut qu'il s'y passe quelque chose. Mais c'est pas une raison pour faire n'importe quoi. Je ne suis pas comme ça. Moi, avoir un éléphant blanc comme ça, payer alors que ça ne fonctionne pas, ça me rend malade. C'est pas parce qu'on a déjà investi qu'il faut investir un autre 30 millions $. C'est pas parce que ça va mal qu'il faut que ça aille encore plus mal. C'est un mauvais dossier.

Q Attendez-vous toujours l'annonce du Super PEPS?

R Qu'est-ce qui se passe avec le gouvernement fédéral? On ne sait plus ce qui se passe avec le Super PEPS, ni avec le Manège militaire. (Le ministre Jean-Pierre) Blackburn est en train de démolir ce qu'on construit depuis des années. Il va falloir que les conservateurs s'expliquent. C'est dommage parce que les élus sont du bon monde, mais tout est tellement concentré autour du premier ministre qu'on ne sait plus ce qui se passe.

Q Allez-vous tendre la main à l'opposition à l'hôtel de ville?

R Je n'ai aucune confiance en l'opposition. Mon problème, c'est que je suis minoritaire. Mes projets, on va les travailler les uns après les autres, mais on est dans un contexte préélectoral. J'ai déjà deux candidats d'identifiés (en plus des conseillers l'appuyant à l'hôtel de ville). J'ai déjà du financement de fait. Notre local s'ouvre bientôt, le bail est signé. On est partis.

Q Pour quelqu'un qui ne voulait pas de parti...

R Je n'ai pas le choix. Je n'ai pas le goût de partir en élection. Mais il faut que je m'organise pour être majoritaire.

Q Souhaitez-vous voir les élections de novembre 2009 repoussées?

R Non, je ne suis pas d'accord avec les autres maires. Le plus tôt sera le mieux. Début septembre (2009) si possible. Ça ne m'intéresse pas de prolonger ça. Moi, je veux une majorité. Les affaires de gouvernement minoritaire, c'est peut-être bon au fédéral et au provincial, mais au municipal, ça ne fonctionne pas. On gère des égouts, des tuyaux, des rues. On n'est pas au même niveau. Je sens que ça va être une année d'enfer et je ne veux pas revivre ça. Ces gens veulent prendre le pouvoir, ils ne feront rien cette année pour nous aider.

Q Bref, la campagne électorale est lancée?

R Non, mais on est prêts. Je pourrais recruter des vedettes : c'est fascinant le monde prêt à se recycler dans le municipal. Des offres, il n'en manque pas. Mais je gère une Ville, je ne cherche pas de vedette, je cherche des compétences. Malgré ce que les gens en pensent, je suis un gars qui délègue beaucoup. Je n'ai pas toutes les compétences et, ici, on est une équipe.

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