Quartier Notre-Dame : une banlieue-jardin unique

La rue du Foyer, en 1951.... (Livre Au Temps des Rêves et des Défis, Armand Demers, 1985.)

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La rue du Foyer, en 1951.

Livre Au Temps des Rêves et des Défis, Armand Demers, 1985.

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Mélissa Bradette
Le Quotidien

Les rues larges et verdoyantes du quartier Notre-Dame de Chicoutimi et la richesse architecturale des bâtiments qu'on y retrouve font le charme de ce secteur de la ville. Cette banlieue-jardin constitue également un modèle de développement urbain, puisqu'il s'agit de l'une des rares coopératives d'habitation à avoir vue le jour au Québec.

Plan des premières rues du Foyer Coopératif de... (Livre Au Temps des Rêves et des Défis, Armand Demers, 1985.) - image 1.0

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Plan des premières rues du Foyer Coopératif de la Cité de Chicoutimi.

Livre Au Temps des Rêves et des Défis, Armand Demers, 1985.

Les rues larges et verdoyantes du quartier Notre-Dame... (Livre Au Temps des Rêves et des Défis, Armand Demers, 1985.) - image 1.1

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Livre Au Temps des Rêves et des Défis, Armand Demers, 1985.

Pour connaître l'histoire de ce quartier, le Toit & Moi s'est entretenu avec M. Eugène Tremblay, qui a résidé dans le quartier Notre-Dame pendant plus de 60 ans et a tiré des informations du livre Au temps des Rêves et des défis de l'auteur M. Armand Demers.

Loger décemment les familles

L'histoire du Foyer Coopératif, qui a donné naissance au secteur que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de quartier Notre-Dame, a débuté dans les années 40. Alors que la Seconde Guerre mondiale battait son plein et qu'au Québec régnaient les quotas, les restrictions et le rationnement, le Saguenay connaissait une période faste sur le plan de l'emploi, en raison du support qu'il fallait fournir aux combattants. Ces besoins en main-d'oeuvre ont suscité une arrivée massive de travailleurs, engendrant du même coup une rareté des logements. Or, à cette époque, il était somme toute difficile de se lancer dans de grands projets d'habitation, puisque les matériaux de construction étaient régis par des lois en fonction de la guerre, ce qui limitait leur utilisation. Ce qui n'empêcha pas pour autant M. Armand Demers de se lancer dans un projet avant-gardiste pour permettre aux familles de se loger décemment, dans des bâtiments répondant à leurs besoins, soit la création d'une coopérative d'habitation.

Un témoin du mouvement cité jardin

Inspiré par le projet de Cité-jardin du Tricentenaire de Rosement - La Petite-Patrie (Montréal), M. Demers souhaitait construire une cité-banlieue qui procurerait aux sociétaires, avec le maximum de sécurité et d'économie, la propriété d'une habitation familiale offrant toutes les possibilités d'hygiène et de confort afin de favoriser l'épanouissement de leurs familles.

C'est en 1942 qu'Armand Demers s'est lancé dans de nombreuses rencontres et discussions pour donner forme à son projet audacieux de coopérative d'habitation. Projet, qui fut bien accueillit, puisque le 23 mai 1944, Le Foyer Coopératif voyait le jour. Les membres fondateurs de cette coopérative d'habitation de la Cité de Chicoutimi sont : Armand Demers, Augustin Tremblay, Vincent Brassard, J. Herménégilde Fortin, Jean-Marc Duchesne, Marc Caron, Jos Henri Grimard, Gérard Roy, Laurent Grimard, G. Mandoza Ladouceur, Antoni Joly, Gérard Gagnon, Yvan Boulianne et Gérard Maltais. Un monument a été érigé, en 2010, en l'honneur des fondateurs dans le parc Armand Demers, sur la rue Beauregard.

Fidèle au modèle des cités jardins (mouvement City Beautiful), les membres décidèrent d'organiser un quartier dans lequel ne seraient construites que des maisons à logement unique. Le quartier se distinguerait aussi par ses rues larges, comprenant de nombreux cul-de-sac, ses terrains spacieux peuplés d'arbres. Bref, l'objectif était de créer un milieu de vie en secteur urbain au charme rustique évoquant les lieux de villégiature.

En quête du site parfait

«Le premier défi des fondateurs résidait dans l'établissement d'un lieu pour ériger la coopérative d'habitation. Trois membres furent alors mandatés pour visiter les terrains disponibles dans la cité. Finalement, c'est à l'extrémité du boulevard Saint-Michel (aujourd'hui la rue Jacques-Cartier), sur une terre appartenant au Séminaire, que le trio dénicha le lieu parfait. Le terrain en pente, offrant une vue magnifique sur la rivière Saguenay et les monts Valin, apparaissait comme le site idéal pour établir une coop d'habitation dédiée aux familles. Mais il restait encore une étape à franchir avant de concrétiser ce grand projet : convaincre les autorités du Séminaire de vendre leur terrain. M. Hergénégilde Fortin, l'un des trois membres chargés de la prospection de terrains, prit alors une image de la Vierge qu'il avait sur lui et la plaça sous une roche en promettant que si le Séminaire acceptait de vendre ce terrain, le quartier serait dédié à la Vierge. Ce dernier a d'ailleurs tenu parole puisque non seulement le quartier porte le nom de Notre-Dame, mais en plus une statue de la Vierge y a été érigée. Cette statue, commandée au début de 1949 au sculpteur Lauréat Vallière a d'abord été installée sur la rue de l'Assomption et on la retrouve maintenant à l'extrême Est de la rue Jacques-Cartier », relate Eugène Tremblay, qui se passionne pour l'histoire du quartier.

Ce n'est qu'au mois de décembre 1944, que les membres du Foyer Coopératif reçurent l'accord du Séminaire pour la vente du terrain, à raison de 1,000 $ l'acre. Dès lors, une campagne intensive de recrutement fut amorcée. Au moment d'entamer la construction du réseau d'aqueduc privé et des rues, soit en 1946-47, la coopérative d'habitation comptait une soixantaine de sociétaires. À la fin de 1947, on procéda au tirage au sort des quelque soixante terrains déjà arpentés. La construction des maisons s'étala de 1948 à 1953. La première maison érigée fut celle de M. Roland Roy, propriétaire d'un commerce de fourrures à Chicoutimi.

Des maisons pensées pour les sociétaires

Pour veiller au bon développement de la coopérative d'habitation, un comité technique fut créé. Ce dernier comprenait, notamment, un sous-comité maisons, visant à créer des plans de maisons conformes aux goûts des sociétaires et ne dépassant pas les capacités financières de ceux-ci. Ce volet fut réalisé en collaboration avec les architectes Léonce Desgagné et Paul Boileau. Ces derniers étudièrent toutes les possibilités de méthodes de fabrication pouvant abaisser les coûts de construction, ils se penchèrent aussi sur les avenues d'innovations en chauffage et en électricité et établirent un choix de matériaux qui permettrait de protéger efficacement les bâtiments contre le froid, en plus d'exiger un minimum d'entretien.

Selon les besoins établis par les premiers résidents 27 maisons de 5 pièces étaient requises, 24 résidences de 6 pièces et 10 de 7 pièces. Au final les architectes Desgagné et Boileau déposèrent les plans complets de 7 types de maisons plain-pied, d'un étage et demi et de deux étages. Les plans de bungalow présentés sont fortement inspirés des prototypes de l'architecte Frank Lloyd Wright, reconnu pour adapter l'enveloppe de la « maison du bonheur » aux besoins de ses occupants.

Les plans des maisons ont aussi été pensés pour épouser les contours du site dénivelé avec vue, afin que les occupants puissent profiter du paysage.

Le prix des maisons variait de 8000$ à 12 000 $. Pour accéder à la propriété, les sociétaires bénéficièrent de prêts, qui leurs furent octroyés par une autre coopérative, soit la caisse populaire Desjardins.

Première phase de développement

La première phase de développement du Foyer Coopératif, qui comprenait les rues Melançon (nommée ainsi en l'honneur de l'évêque du Diocèse de Chicoutimi de l'époque), Notre-Dame, du Foyer, Beauregard et l'Assomption) connut un franc succès. Les sociétaires s'approprièrent les lieux et s'impliquaient dans de nombreuses corvées de fin de semaine pour différents travaux d'aménagement, de plantation d'arbres et de construction.

La phase finale

De 1954 à 1964 le reste des terrains disponibles furent vendus. Cette seconde phase de développement vint ainsi parachever l'oeuvre coopérative débutée vingt ans plus tôt. Au total, près de 300 maisons furent érigée au sein de la coopérative d'habitation.

Le Foyer Coopératif en 2017

Bien que le Foyer Coopératif porte aujourd'hui le nom de quartier Notre-Dame, il n'en demeure pas moins que le secteur n'a pas perdu sa vocation de coopérative d'habitation. Un comité du Foyer Coopératif est toujours en fonction, le Foyer Coopératif Notre-Dame du Saguenay possède une page Facebook et un journal de quartier est publié quelque fois par année.




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