Arvida: une richesse patrimoniale inestimable

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Mélissa Bradette
Le Quotidien

(Saguenay) Arvida, ville fondée par Arthur Vining Davis, est une réalisation exceptionnelle dans l'histoire des villes et de l'industrialisation. Cette cité modèle au caractère unique se distingue aussi bien par son urbanisme, son architecture, que par sa valeur sociale et son histoire.

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Plan de la ville d'Arvida.

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Le prestigieux Britanny Row, édifice à logements, a été érigé en 1940.

Mélissa Bradette

Considéré comme le plus ambitieux projet urbain en Amérique du Nord, Arvida constitue le fruit de plusieurs décennies de recherches architecturales, sociales, économiques et technologiques, touchant l'habitat ouvrier, les nouvelles cités et les villes industrielles planifiées, et ce, à l'échelle mondiale.

Son urbanisme moderne, inspiré des courants mondiaux et locaux de l'époque, sa planification urbaine originale ainsi que la diversité des paysages bâtis et végétalisés d'Arvida font l'unicité de cette ville, construite en 135 jours.

Faire d'Arvida un modèle

Arvida, la «first garden city of Canada», a été fondée par l'Aluminium Company of América (ALCOA), en 1925, et aménagée par l'Aluminium Company of Canada (devenue Alcan), à partir de 1926. Fait notable, la ville fut édifiée en même temps que l'aluminerie, alors que de façon générale lorsqu'on crée une ville de compagnie, on commence par construire l'usine et les infrastructures collectives, pour terminer par l'édification des habitations servant à loger la main-d'oeuvre.

M. Davis, qui voulait faire de cette ville de compagnie un modèle, n'a rien laissé au hasard. Des architectes et ingénieurs de renoms ont travaillé à la conception de cette cité ouvrière, dont les rues portent le nom de pionniers de l'industrie aluminière et de bâtisseurs d'Arvida.

En outre, la conception des plans d'Arvida fut confiée à l'architecte et «town planner» new-yorkais Harry B. Brainerd. Ce dernier y intégra les plus récentes théories urbaines de l'époque. Brainerd s'est notamment inspiré du concept de Cité radieuse de l'architecte Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier.

Léonce Desgagné, Paul-Marie Côté, Ernest Isbel Barott, Frederick Gage Todd et Harold Lea Featherstonhaugh, sont d'autres créateurs de la cité d'Arvida qui sont devenus des pionniers de l'architecture moderne au pays.

La naissance de la capitale de l'aluminium

En juin 1926, Alcan entreprend de construire les habitations qui serviront à loger les ouvriers, les contremaîtres et directeurs de l'usine. Le 27 juillet on coule le premier lingot d'aluminium à Arvida.

En 135 jours, 270 maisons furent érigées. Si on fait le calcul, on construisait deux maisons, entièrement habitables, par jour. Soulignons que le chantier d'Arvida était le premier chantier de maisons préfabriquées au monde.

C'est sur la rue Moritz que furent établies les premiers domiciles arvidiens. On recense 35 différents types de résidences construites durant la phase originale, soit de 1926-1927. Afin d'expérimenter l'usage de l'aluminium dans l'architecture, les toitures de deux maisons de 1926 furent recouvertes de ce matériau.

126 modèles d'habitations

D'autres modèles d'habitations furent intégrés au plan de la ville au fur et à mesure que celle-ci prit de l'expansion, donnant naissance, entre autres, aux quartiers Saint-Jacques, Saint-Philippe et Saint-Mathias. En fait, entre 1926 à 1948, 126 modèles d'habitations planifiées par la compagnie furent introduits. La trame architecturale d'Arvida est donc très diversifiée. Cottages étasuniens, cottages canadiens-français, cottages nordiques et maisons vernaculaires (simples ou jumelées), se côtoient dans un paysage urbain regorgeant d'espaces verts.

La Commission d'urbanisme d'Arvida

Arvida, qui à l'époque de sa création était la seule ville du Québec à posséder un plan d'urbanisme, a toujours été développée dans un grand respect urbanistique. D'ailleurs, pour s'assurer de respecter la trame urbaine, on créa en 1942, la Commission d'urbanisme d'Arvida. Cette dernière était responsable de l'aménagement urbain et du contrôle architectural de la cité. Au sein de cette commission, on retrouvait, à l'époque, deux membres réputés, soit l'architecte montréalais Harold Lea Fetherstonhaugh, qui réalisera plusieurs projets d'architecture à Arvida, dont le Saguenay Inn (Manoir du Saguenay) ainsi que l'architecte paysagiste Frederick Gage Todd, concepteur du parc des Champs-de-Bataille de Québec, des jardins de Shaughnessy Heights à Vancouver et du Bowring Park à Saint-Jean (Terre-Neuve).

Ville tournée vers la modernité, Arvida a inspiré le cachet du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Son architecture moderne, voire son expressionnisme formel, a contribué à la genèse d'une expression architecturale propre au registre des paysages culturels.

Comme le souligne l'historien Éric Tremblay: «Arvida était une source d'inspiration pour les villes de la région. Faisant figure de précurseur, elle dictait le ton. Les gens voyaient ce qui se faisait à Arvida et s'en inspiraient. Ce n'est pas pour rien que le premier Salon du livre de la région a vu le jour à Arvida. Un autre bel exemple est celui des concours des terrains aménagés, que la ville d'Arvida organisait dans les années 1940-1950. Ces derniers ont encouragé les autres quartiers et villes à fleurir leurs terrains».

«Même au niveau de la francisation en usine, Arvida a été avant-gardiste. Dès les années 1930 les règlements de sécurité dans l'usine était écrits en anglais et en français. Cet effort de francisation s'est accru dans les années 1940-50, notamment pas le biais du journal Le Lingot. Il faut dire que l'Alcan a toujours été portée à essayer de comprendre sa communauté d'accueil», poursuit M. Tremblay.  

Plusieurs reconnaissances pour Arvida

En terminant, rappelons que le secteur Arvida s'est vu attribuer plusieurs reconnaissances au cours des dernières années. Entre autres, la Ville de Saguenay a reçu, en 2011, le prix Thomas-Baillairgé de l'Ordre des architectes du Québec pour son apport à la préservation des qualités architecturales d'Arvida. En 2012, Parc Canada a octroyé le statut de Lieu historique national du Canada à Arvida. Également en 2012, la Ville de Saguenay s'est vue décerner le prix du prince de Galles de la Fondation Héritage Canada pour son leadership dans la conservation de la cité d'Arvida.

D'autre part, des démarches sont en cours pour faire reconnaître Arvida au Patrimoine mondial de l'UNESCO et la faire déclarer site patrimonial par le gouvernement du Québec.

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