Le Saguenay-Lac-Saint-Jean:capitale québécoise des villes de compagnies

Vue aérienne du quartier des Anglais de Dolbeau.... (Société d'histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine)

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Vue aérienne du quartier des Anglais de Dolbeau.

Société d'histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine

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Le Saguenay-Lac-Saint-Jean , dont l'histoire, et surtout, le développement économique, est intrinsèquement liée à la grande entreprise, fait figure de modèle dans la création de villes planifiées par l'industrie. En fait, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui a vu s'implanter sur son territoire 11 villes de compagnies, entre 1903 et 1956, constitue la capitale québécoise des villes de compagnies. St-Amédé-de-Péribonka, Val-Jalbert, Kénogami, Port-Alfred, Isle-Maligne, Arvida, Riverbend, Dolbeau, Ville Racine, Chute-aux-Galets, Chute-des-Passes ont tous été édifiées par de grandes entreprises.

Ville Racine a été fondée en 1928 par... (Centre d'histoire Sir-William-Price.) - image 1.0

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Ville Racine a été fondée en 1928 par la compagnie Alcan.

Centre d'histoire Sir-William-Price.

Première phase de Val-Jalbert.... (BanQ-Saguenay, fonds Lemay) - image 1.1

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Première phase de Val-Jalbert.

BanQ-Saguenay, fonds Lemay

Ce nombre impressionnant de villes de compagnies s'explique essentiellement par le fait qu'au début du XXe siècle, la forêt et les ressources hydrauliques représentaient un attrait de choix pour les industriels.

Alcan et la Price Borthers ont notamment été attirées dans la région en raison de son potentiel hydraulique et de sa ressource forestière. La Price Brothers a donné naissance aux villes de Kénogami (1912), Riverbend (1925) et Chute-aux-Galets (1921), tandis qu'Alcan a créé Isle-Maligne, Arvida, Ville Racine et Chute-des-Passes.

«Au début du XXe siècle, nous n'étions pas encore capables de transporter l'électricité sur de longues distances. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean ayant de nombreux cours d'eau offrant un potentiel hydraulique pour fournir l'électricité aux usines, c'est ce qui amena des compagnies comme la Price Brothers, Alcan, la L.S.J. Pulp and paper Cie et la Ha! Ha! Bay Sulfite à y établir leurs usines», raconte Éric Tremblay, historien.

Des cités modèles

Deux systèmes de développement urbain caractérisent les villes de compagnies de la région, soit: le système quadrillé (modèle étasunien) et le système circulaire (plan d'aménagement circulaire). Ce dernier se retrouve dans trois villes de la région, soit Arvida, dite la cité radieuse, Isle-Maligne et Riverbend.

Ces villes créées de toutes pièces par des grands industriels ont eu une influence marquante sur le développement urbain et la population régionale. À ce chapitre, Arvida, la petite Washington du Nord, est sans conteste la ville de compagnie qui a le plus fortement marqué l'imaginaire collectif. Cette ville, érigée en 135 jours, revêt un caractère historique particulier.

Depuis sa création et encore aujourd'hui la «ville de l'Alcan» ne laisse personne indifférent. Cité modèle, cité radieuse, métropole industrielle, capitale mondiale de l'aluminium, Arvida porte mille surnoms. Cette ville de compagnie inspirée du concept de Cité Radieuse de l'architecte Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier est reconnue à l'échelle internationale en raison de l'envergure de son plan urbain et de son paysage architectural. D'ailleurs, dès le départ, l'objectif de son fondateur, Arthur Vinning Davis, était de faire d'Arvida un modèle de ville industrielle planifiée du XXe siècle. Aujourd'hui, M. Davis pourrait dire: «mission accomplie».

La valeur historique, patrimoniale, architecturale et urbanistique des autres villes de compagnies de la région est également considérable. Comme l'explique Dany Côté dans son livre Riverbend Splendeur et déclin d'une ville de compagnie (1925-1962): «il est facile de constater que ces villes recèlent de caractéristiques qui les différencies des autres villes industrielles. Entre autres, l'architecture et l'aménagement urbain de ces villes contrastent avec ceux des villes qu'on pourrait qualifier de «normales». On n'a qu'à penser aux rues courbes d'Arvida ou à l'architecture particulière qu'on retrouve dans les quartiers que l'on appelle «quartiers des Anglais» à Dolbeau, Kénogami et à Alma.

Val-Jalbert, village de type mono-industriel né de la volonté d'un Canadien français, Damasse Jalbert, entrepreneur forestier de Lac-Bouchette, est un autre bel exemple de ville de compagnie qui a laissé sa trace. Construit à l'image des premières villes industrielles apparues au XIXe siècle, Val-Jalbert fut un précurseur des villes de compagnies dans la région. Ce hameau à vocation industrielle, souvent comparé à la ville de Boston, était considéré comme un exemple de modernisme, enclavé dans un milieu rural plutôt traditionnel.

Ces villes ont aussi mis le Saguenay-Lac-Saint-Jean «sur la carte». Kénogami, Arvida, Port-Alfred... ces noms étaient reconnus aux quatre coins du globe. Dans les années 1920, l'usine de Kénogami était la plus grosse papetière au monde. L'usine a déjà employé jusqu'à 1800 travailleurs! En 1925, Isle-Maligne était reconnue comme la plus grosse centrale hydro-électrique au monde. Arvida a longtemps été considérée comme la capitale mondiale de l'aluminium. En 1943, l'usine assurait 25 % de la production de l'aluminium pour les pays alliés. L'aluminerie d'Arvida, à ses meilleures années, employait plus de 10 000 travailleurs. La centrale de Shipshaw était la plus grosse au monde lors de sa construction.

Qu'est-ce qui a sonné le glas des villes de compagnie de la région?

Comment expliquer que, malgré leurs succès indéniables, les villes de compagnies ont connu un déclin?

«L'automatisation des opérations des centrales a signé la mort des villes de Ville Racine, Chute-des-Passes et Chute-aux-Galets, car ces villes avaient été construites pour loger les opérateurs et leurs familles», explique M. Côté.

«En ce qui a trait aux autres villes de compagnie de la région, celles-ci ont changé de statut au moment des fusions municipales. En 1962, Riverbend, Alma, Isle-Maligne et Naudville furent fusionnées pour créer la municipalité d'Alma. Il s'agit de la première fusion municipale importante au Québec. L'année 1975 marquera également un moment historique, notamment pour le secteur jonquiérois, alors qu'on fusionna la cité de Jonquière, Kénogami, la ville d'Arvida et de la municipalité de la paroisse de Saint-Dominique-de-Jonquières. Cette fusion eut pour effet de préciser le statut municipal de cette importante agglomération industrielle. Finalement, en 1975, la ville de La Baie fut créée suite à la fusion des municipalités de la paroisse et de la ville de Bagotville, de Grande-Baie et de Port-Alfred.»

Les villes de compagnies ne sont plus, mais heureusement il en reste des vestiges remarquables, dans le cas de Val-Jalbert, et pour ce qui est des villes de plus grande envergure, comme Arvida, Kénogami, Riverbend, Isle-Maligne et le quartier des Anglais de Dolbeau, elles ont résisté aux fusions en devenant des quartiers, dont la majorité ont un statut qui préserve leur cachet grâce au Règlement sur les plans d'implantation et d'intégration architecturale (PIIA) mis en place par les municipalités.

Chronologie des villes de compagnies

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