Les cabanes à pêche s'exposent

Bâtisse faisant partie intégrante des paysages hivernaux du... (Claude Guérin)

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Claude Guérin

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Mélissa Bradette
Le Quotidien

(Saguenay) Bâtisse faisant partie intégrante des paysages hivernaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de plusieurs secteurs du Québec, la cabane à pêche est le sujet d'une exposition à la Maison de l'architecture du Québec (MAQ).

 Les sites de La Baie et de l'Anse-Saint-Jean... (Claude Guérin) - image 1.0

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 Les sites de La Baie et de l'Anse-Saint-Jean sont très bien représentés dans l'exposition Cabanes de pêche. en fait, 7 des 24 photos présentent des cabanes de La Baie et 3 de l'Anse-Saint-Jean. Quant aux maquettes de Bertand Rougier, 7 sur 10 représentent des cabanes de La Baie.

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Les cabanes de Gaspé et de la Baie-des-Chaleurs... (Claude Guérin) - image 1.1

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Les cabanes de Gaspé et de la Baie-des-Chaleurs se disitinguent par leur légèreté. Cette caractéristique découle du fait que les glaces sur la mer sont beaucoup moins propices à la circulation automobile. On doit donc construire léger et facilement transportable. Sur la photo, une cabane légère d'Escuminac.

Claude Guérin

Plus précisément, l'exposition Cabanes de pêche met en lumière deux recherches artistiques de longue haleine portant sur ces micros-architectures vernaculaires. Celles-ci ont été réalisées par l'artiste Claude Guérin et Bertrand Rougier, diplômé en architecture.

Comment voir et considérer la cabane de pêche sur glace, si typique de nos paysages? S'agit-il de nuisance visuelle proliférante? Doit-on considérer celle-ci comme un mode d'occupation territoriale? Y aurait-il lieu de considérer la cabane de pêche comme un répertoire des goûts populaires en matière d'abri temporaire? Les archivages attentifs du photographe Claude Guérin, comme les relevés sublimés de l'architecte stagiaire Bertrand Rougier, offrent un regard neuf sur ce bâtiment traditionnel.

Point de vue photographique

D'une part, l'artiste Claude Guérin propose un répertoire photographique tout en couleurs et en textures de ces abris dans leur habitat naturel. Arpentant les sites de pêche blanche de la province, depuis l'hiver 2010, le photographe s'est rendu à plusieurs reprises sur les eaux glacées du Saguenay, de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent ainsi qu'au large des lacs Saint-Pierre, Saint-Louis, Saint-François et des Deux-Montagnes aux alentours de Montréal, pour immortaliser ces habitations éphémères. À l'hiver 2015, il est allé à L'Îsle-Verte dans le Bas-du-Fleuve, à Rimouski, à Gaspé, dans la Baie-des-Chaleurs à Escouminac, Pointe-à-la-Garde et Miguasha et jusqu'à la péninsule acadienne du Nouveau-Brunswick, où il continue à tirer le portrait de ces cabanes à la personnalité si singulière.

Proche de l'anthropologie, le travail de Claude Guérin établit un archivage de ces structures, prises frontalement et dans leur monumentalité, malgré leur courte espérance de vie.

«Je ne pêche pas le poisson et ne connaît pas grand chose à la pêche ou aux pêcheurs. Je vais plutôt à la pêche aux cabanes... Depuis 7 ans, je me promène sur les glaces du Québec à la recherche de la cabane idéale. J'ai d'ailleurs visité à plusieurs reprises et avec un immense plaisir le site de La Baie. Je me suis rendu aussi sur le magnifique site du lac Kénogami où j'ai découvert de très belles cabanes», raconte l'artiste.

«Je n'ai pas vu de différences énormes entre les styles de cabanes des différents sites du Québec. J'en ai vu des originales un peu partout. Toutefois, les cabanes de Gaspé et de la Baie-des-Chaleurs m'ont vraiment surpris par leur légèreté. Elles doivent même être attachées pour ne pas s'envoler. Un autre site qui m'a beaucoup impressionné est celui de l'archipel du Lac Saint-Pierre (entre Berthierville et Sorel) avec ses 24 km de très larges routes de glace «à quatre voies» au bord desquelles sont disséminées des centaines de cabanes dans un paysage presque totalement inhabité entre les îles.»

Considérations architecturales

Dans un second temps, l'exposition présente les résultats d'une démarche réalisée par Bertrand Rougier, diplômé de la maîtrise professionnelle en architecture. Celle-ci repose sur une analyse pointue des formes, au moyen des outils propres à la représentation architecturale. Lors de visites d'observation sur les sites où l'on entrepose les cabanes de pêche l'été, Bertrand Rougier a réalisé des relevés architecturaux précis pour ensuite produire des maquettes à petite échelle de ces volumes.

Toutes blanches, ces reproductions miniatures de cabanes à pêche font abstraction de la particularité des matériaux de chacune et donnent une tout autre lecture de ce que Bertrand Rougier considère comme des «points-clés» dans le paysage. Les maquettes de cabanes de pêche deviennent ici des oeuvres d'art qui font ressortir le caractère minimaliste de ces structures.

Soulignons que les cabanes présentées dans cette exposition sont un fragment d'un sujet de recherche plus large qui abordait également les pylônes électriques et les abris tempos comme des «points d'attache entre la technique et le territoire» et ce malgré qu'ils soient « habituellement considérés comme des nuisances visuelles». Cette recherche a donné naissance à l'exposition Points-clés, que M. Rougier a monté avec l'appui du théoricien de l'architecture Georges Teyssot.

À voir jusqu'au 25 septembre

L'exposition Cabanes de pêche a été inaugurée le 17 août dernier et sera présentée jusqu'au 25 septembre prochain. À noter qu'une soirée discussion avec les artistes aura lieu le mercredi 14 septembre, à 18 h.

La Maison de l'architecture du Québec (MAQ) est située au 181, rue Saint-Antoine Ouest, à Montréal. Catalyseur de créativité architecturale depuis 2001, ce centre d'artistes autogéré agit pour le développement d'une culture de l'architecture au Québec et au Canada.

Pour en savoir davantage sur l'exposition Cabanes de pêche, ou sur la MAQ, consultez le site Internet du centre d'artistes: maisondelarchitecture.ca.

Bâtisse faisant partie intégrante des paysages hivernaux du... (Claude Guérin) - image 2.0

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Cette cabane «camouflage» a été prise à L'Anse-Saint-Jean,... (Claude Guérin) - image 2.1

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Cette cabane «camouflage» a été prise à L'Anse-Saint-Jean, en 2013.

Claude Guérin

Claude Guérin

Claude Guérin a étudié en arts plastiques, histoire de l'art, design graphique et communications à l'Université du Québec à Montréal. Il a travaillé comme designer graphique, en particulier dans les secteurs universitaire, institutionnel et des arts visuels. De 1991 à 2014, il met en pages la revue Espace Sculpture. Il a réalisé de nombreux livres, catalogues et publications pour le Centre de diffusion 3D ainsi que pour différents artistes, galeries et musées.

Il s'adonne depuis toujours à la photographie et s'intéresse entre autres à l'architecture et aux différentes typologies de bâtiment, au Québec. Son intérêt pour la ville, la nature et la biologie le mène, caméra en main, dans les rues et ruelles de la ville et sur les routes comme sur les sites naturels du Québec. Son travail a entre autres été exposé au Centre national d'exposition (Jonquière), au Musée d'art contemporain des Laurentides (Saint-Jérôme) et à la Maison de la culture de Côte-des-Neiges (Montréal).

www.claudeguerin.photos

Bertrand Rougier... (Claude Guérin) - image 3.0

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Bertrand Rougier

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Les maquettes, toutes blanches, font abstraction de la... (MAQ) - image 3.1

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Les maquettes, toutes blanches, font abstraction de la particularité des matériaux des cabanes de pêche et donnent une tout autre lecture de de ces «points-clés » dans le paysage. Elles deviennent ici des oeuvres d'art qui font ressortir le caractère minimaliste de ces structures.

MAQ

Bertrand Rougier

Bertrand Rougier est diplômé de la maîtrise professionnelle en architecture de l'Université Laval. Il a auparavant étudié à l'École de design de l'UQAM et au Politecnico di Milano. Il travaille présentement à l'Atelier Pierre Thibault, où il développe un intérêt pour les installations et les expositions. C'est avec l'appui du théoricien de l'architecture Georges Teyssot qu'il a monté l'exposition Points-clés : Cabanes, abris, pylônes, qui fait état de ses recherches sur des éléments techniques du paysage québécois. L'exposition a été présentée à l'École d'architecture de l'Université Laval, puis à la Faculté d'aménagement de l'Université de Montréal, où elle était accompagnée d'une table ronde et d'une publication.

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