Débat sur les menés vivants

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Le chercheur de la Chaire sur les espèces... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Le chercheur de la Chaire sur les espèces aquatiques exploitées à l'UQAC, Pascal Sirois, estime que l'interdiction des poissons-appâts vivants est une mesure qui peut diminuer considérablement le risque de propagation des espèces envahissantes.

Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / La présence dans les eaux du fleuve Saint-Laurent de la carpe de roseau, une des quatre espèces envahissantes de carpes asiatiques, a incité le ministère des Forêts de la Faune et des Parcs (MFFP) à interdire l'utilisation de poissons-appâts vivants par les pêcheurs sportifs partout au Québec à compter du 1er avril 2017. Une décision qui semble parfaitement logique pour diminuer les risques de propagation des espèces de poissons non désirables dans les lacs du Québec.

Mais voilà que depuis l'annonce faite par le MFFP, l'Aire faunique communautaire du lac St-Pierre (AFCLSP), la Fédération des pourvoiries du Québec (FPQ) et la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) s'opposent à cette décision et ont lancé des pétitions pour que le ministère fasse marche arrière. Ça m'étonne que des organismes qui représentent les chasseurs et les pêcheurs s'opposent à ce règlement pour protéger des vendeurs de menés alors que des plans d'eau risquent d'être contaminés par des espèces envahissantes.

Le directeur de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées à l'UQAC croit que c'est une décision nécessaire. «Plusieurs études scientifiques le démontrent, le transport des poissons-appâts vivants est une cause majeure d'introduction et de propagation des espèces de poissons envahissantes. Il suffit de se rappeler de l'introduction du meunier noir dans des lacs des monts Valin qui a eu des impacts désastreux sur les populations de truites mouchetées», dit-il.

Le chercheur a fait parvenir une lettre au Devoir jeudi cosignée par d'autres scientifiques pour plaider en faveur de l'interdiction de l'utilisation des poissons-appâts vivants. Il cite à titre d'exemple l'expérience que nous avons vécue au Lac-Saint-Jean quand les menés vivants ont été interdits pour la pêche sportive. «Une étude réalisée par le MFFP en 2015-2016 a révélé qu'entre 8 et 24% des bassins de poissons-appâts destinés à la vente contenaient des envahisseurs non-indigènes comme le gardon rouge ou le gobie à taches noires originaires d'Eurasie», ajoute le scientifique.

Lac Saint-Jean

Marc Archer, directeur général de la Corporation LACtivité pêche de l'Aire faunique communautaire du lac Saint-Jean, était biologiste au bureau régional du ministère du Loisir de la Chasse et de la Pêche à l'époque. Il se rappelle très bien du contexte quand les poissons-appâts vivants ont été interdits au Lac lors de la saison de pêche 1986-87.

«Nous venions d'apprendre l'introduction du meunier noir sur les monts Valin et on savait depuis 1982 que la barbotte brune avait été introduite dans les eaux du lac Saint-Jean. Nous étions en pleine tournée de consultation publique sur l'état des populations de ouananiches», dit-il.

«C'était aussi l'époque où les propriétaires de chalet lançaient des boules flottantes au bout de leur quai avec un mené vivant piqué par le dos. Les cannes étaient souvent sans surveillance et les ouananiches se piquaient par elles-mêmes au bout des hameçons. Ça énervait beaucoup les pêcheurs sportifs qui passaient leur temps à accrocher les lignes dormantes avec leurs bateaux», témoigne celui qui a consacré sa carrière à la ouananiche.

«La mesure a été bien acceptée sauf peut-être par une centaine de commerçants autour du lac qui vendaient des menés. Ce sont les magasins de chasse et pêche qui ont profité le plus de l'interdiction des poissons-appât vivants, car les pêcheurs se sont mis à acheter des rapalas, des poissons-appâts artificiels, des streamers et toutes sortes de cuillères ondulantes», met en relief le biologiste de formation.

Il faut ajouter à cela les downriggers (treuil à ligne lestée), les sonars et toutes les soies de canne à moucher que les adeptes ont acquis pour compléter leur équipement de pêche. L'interdiction a donc eu un impact très positif dans la région.

Espèces envahissantes

Le chercheur Pascal Sirois fait d'ailleurs remarquer que depuis l'interdiction en 1986, il n'y a pas eu d'introduction de nouvelles espèces envahissantes dans le lac Saint-Jean. Rappelons que plus d'un million de dollars ont été investis sur les monts Valin dans les années 80 pour construire des seuils infranchissables et endiguer la progression du meunier noir dans les bassins hydrographiques plus au nord.

Sans cette intervention, tous les lacs de truites mouchetées pures auraient été envahis par le meunier, ce qui aurait diminué la production de truite de plus de 50 %. Rappelons le cas du lac Moncouche sur la zec Martin-Valin ou les pêcheurs capturaient plus de 40 000 truites mouchetées annuellement en 1985 alors que dix ans plus tard il se récoltait seulement 3000 truites.

Je pense que les vendeurs de menés devront réorienter leur commerce, c'est bien dommage pour eux, mais le bien collectif doit être pris en considération. C'est triste pour les pêcheurs de menés vivants qui font ça depuis plusieurs générations, mais de nouvelles espèces envahissantes sont en train de s'introduire dans le fleuve sans parler des personnes inconscientes qui capturent volontairement des menés pour s'en servir dans d'autres lacs.

«En éliminant les sources d'approvisionnements de menés vivants, on réduit considérablement le risque de propagation des espèces envahissantes sur le reste du territoire québécois», font valoir les scientifiques Pascal Sirois, Céline Audet et Louis Bernatchez.

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