25 ans à la mouche

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Sylvain Gagnon de la Boîte à Mouche vit... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Sylvain Gagnon de la Boîte à Mouche vit depuis 25 ans de son commerce et de sa passion.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHASSE ET PÊCHE / Ça fait 25 ans cette année que Sylvain Gagnon vit de son commerce la Boîte à mouches, 25 années qu'il défend les plaisirs de la pêche à la mouche et de la remise à l'eau au coeur du royaume des Toronto Wobbler, des Rapalas, des gratteurs de fonds et des vers de terre.

Natif de La Baie («Port-Alfred» insiste-t-il), il est parti dans l'Ouest canadien à 17 ans pour vivre l'aventure, jouer au hockey et pêcher dans les rivières albertaines. Il a participé à des tournois internationaux de lancer à la mouche et a ouvert deux boutiques, une à Vancouver et une à Red Deer en Alberta. C'est le décès de sa mère et des changements dans sa vie amoureuse qu'ils l'ont ramené dans la région. C'est dans le sous-sol de sa maison à Jonquière que tout a commencé. Il a acheté l'inventaire d'un monteur de mouches de Jonquière et il a commencé à donner des cours de montage de mouche.

«Un moment donné, ma blonde a commencé à trouver qu'il y avait pas mal de monde qui passait à la maison et j'ai dû trouver un petit local sur la rue Saint-Dominique, près du pavillon du Hot-Dog. Ensuite, j'ai déménagé dans l'ancien local du Cabaret chez Joe Gagnon pour déménager à Chicoutimi en 2000, avec la boutique Chicoutimi chasse et pêche, pour finalement ouvrir ici sur Talbot près de l'hôtel Le Montagnais, en 2004», relate le maître du lancer à la mouche.

Sylvain Gagnon estime qu'il a initié une centaine de pêcheurs par année au lancer à la mouche. «Dans les bonnes années, je pouvais inscrire plus de 200 élèves par saison à mes cours d'initiation, sans compter le nombre d'élèves que j'ai recrutés pour des cours de montage de mouches», relate-t-il.

En 25 ans, les équipements de pêche à la mouche ont considérablement évolué, tant pour les cannes, les moulinets que les soies. «Les cannes à moucher de bonne qualité des différentes compagnies se valent l'une comme l'autre. Les alliages de graphite sont sensiblement semblables et il y a quelques différences pour l'assemblage. Les prix ont diminué et les fabricants offrent maintenant des produits de qualité plus accessibles», reconnaît Sylvain Gagnon. 

Pour célébrer son vingt-cinquième, le propriétaire de la Boîte à mouche organise un souper anniversaire à La Voie maltée de Chicoutimi où il fera tirer un voyage de pêche au saumon pour une personne en Norvège sur la rivière Orkla, d'une valeur de 8500 $, avec lui comme guide.

Regard critique

Après avoir côtoyé des pêcheurs durant toutes ces années et pour avoir lui-même pêché sur de nombreuses rivières au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en province et ailleurs dans le monde, Sylvain Gagnon jette un regard critique sur la pêche sportive et la gestion de cette activité.

«La pêche à la truite de mer au Saguenay devrait être gérée comme la pêche au saumon avec un permis de pêche et une limite saisonnière. Les pêcheurs de truite de mer devraient se contenter de conserver seulement cinq ou six prises par saison et pratiquer la remise à l'eau avec des hameçons sans ardillons. Je suis très déçu de la façon dont on gère la truite de mer dans le Saguenay, on devrait avoir un plan de gestion de ce poisson de la même façon qu'on a un plan de gestion pour l'orignal. Si on est capable de le faire avec le gros gibier, on devrait être capable de le faire avec nos poissons», clame celui qui se bat depuis 25 ans en faveur de la remise à l'eau et une restriction des captures de la truite de mer. Les adeptes pourraient se contenter d'une prise quotidienne et pratiquer la remise à l'eau pour le reste de la journée.

Si une dizaine de pêcheurs s'installent chaque jour à l'embouchure de la rivière à Mars pour capturer de la truite, ça va finir par paraître dans les remontées migratoires. Un peu plus de 300 truites ont remonté la passe migratoire de la rivière à Mars l'automne dernier, c'est trois fois moins que la moyenne des cinq dernières années. «Une dizaine de pêcheurs qui capturent cinq truites par jour à l'embouchure de la rivière, ce n'est pas trop long pour en capturer 500 ou 600, ça fait mal à une rivière, ça», fait valoir celui qui prêche dans le désert depuis 25 ans face à cette espèce.

Une qualité qui a diminué

«La qualité de pêche a considérablement diminué au Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis que je suis revenu de l'Ouest canadien. La pêche au saumon connaît des difficultés, la pêche à la truite de mer connaît une baisse, la pêche à la ouananiche n'est plus ce qu'elle était et les limites de prises pour l'omble de fontaine (20 en tout) sur les monts Valin sont trop élevées. Sur les zecs, on laisse les pêcheurs capturer le quota d'un lac pour le fermer et ensuite transférer la pression de pêche sur d'autres lacs pour ensuite les fermer à la pêche. Les quotas devraient être réduits à 10 ou cinq prises par jour pour allonger les saisons de pêche ou fermer certains lacs une saison ou deux pour permettre à l'espèce de profiter en terme de poids. Si on avait un plan de gestion pour les poissons comme on le fait pour le gros gibier ce serait le genre de mesure qu'on pourrait prendre, mais on continue à gérer en fonction des quotas, ça n'a pas de sens», dénonce Sylvain Gagnon.

«Je suis fier de ce que j'ai accompli, j'ai réussi à vivre de ma passion pour la pêche et encore aujourd'hui je suis le seul à gérer une boutique entièrement consacrée à la pêche à la mouche. J'ai réussi à développer une clientèle et je suis ravi de voir entrer de jeunes pêcheurs avec des valeurs différentes des générations précédentes, qui privilégient l'aspect sportif à la simple récolte de venaison», indique celui qui se spécialise aussi comme guide de pêche à l'étranger.

En terminant, Sylvain Gagnon avoue avoir un grand respect à tous les bénévoles qui gèrent les rivières et les territoires de pêche, mais déplore le fait que les gouvernements ne soutiennent pas suffisamment financièrement ces organismes qui souhaiteraient développer et protéger leur territoire.

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