La truite de mer inquiète les pêcheurs

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Mario Dallaire, coordonnateur de la rivière à Mars,... (Photo Le Progrès-Dimanche, Roger Blackburn)

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Mario Dallaire, coordonnateur de la rivière à Mars, Marc Boulanger, DG de Contact-Nature, Dany Tremblay, directeur du conseil d'administration, et Karine Gagnon, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs se sont rencontrés jeudi à l'observatoire de saumons pour évaluer la situation du bas niveau de la rivière.

Photo Le Progrès-Dimanche, Roger Blackburn

Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les pêcheurs de truite de mer du Saguenay s'inquiètent de la rareté de l'omble de fontaine anadrome (Salvelinus fontinalis) cet été dans les eaux du fjord. La rumeur s'amplifie de jour en jour, les pêcheurs en capturent moins et la passe migratoire de la rivière à Mars à La Baie enregistre des baisses depuis 2012.

Vendredi, les responsables de la passe migratoire de la rivière à Mars à La Baie avaient enregistré 310 montaisons de truite de mer depuis le début de la saison. En 2105, à pareille date, plus de 830 truites avaient remonté la rivière. Les pêcheurs se demandent où sont passées nos truites de mer?

Mario Dallaire, coordonnateur de la rivière à Mars, ne peut que constater cette diminution. «Depuis 2012, nous connaissons une baisse constante des remontées migratoires. Nous avons enregistré des remontées records avec 1700 truites en 2010 et 1800 en 2011. Depuis 2012 (1067 truites), les remontées migratoires ne cessent de baisser avec 958 en 2013 et 2014, alors qu'en 2015, le chiffre passait à 832», fait savoir Mario Dallaire.

«Je reçois des témoignages de pêcheurs qui faisaient de bonnes pêches sur le Saguenay par le passé et qui ont beaucoup de difficultés à en capturer depuis les cinq dernières années. C'est un drôle de hasard, mais on enregistre des baisses de remontées migratoires depuis l'arrivée des bars rayés dans le Saguenay», laisse tomber le gestionnaire.

Il n'en faut pas plus pour que la rumeur s'enflamme voulant que le bar rayé mange de la truite de mer pour s'alimenter, ce que les biologistes n'ont pas encore réussi à confirmer.

«Un pêcheur qui taquine la truite de mer dans le Saguenay en face de sa résidence dans le rang Saint-Martin constate que la pêche est de plus en plus difficile depuis l'arrivée du bar rayé. D'autres pêcheurs m'ont raconté avoir capturé des bars rayés accidentellement et que les poissons étaient gorgés d'éperlans dans leur bouche. On commence à trouver que la diminution de la truite de mer est étrangement liée à la présence du bar rayé», commente le gestionnaire de la rivière à Mars.

Pour le moment, le niveau de la rivière à Mars est très bas, ce qui rend difficile l'accès à la passe migratoire pour les poissons. Lors d'une visite sur les lieux jeudi après-midi j'ai rencontré sur place une biologiste du ministère de la Faune avec les gestionnaires de la rivière afin de trouver une solution pour faciliter l'accès aux poissons.

«Nous avons besoin que 440 truites de mer remontent la passe migratoire pour ouvrir la saison de pêche à la truite anadrome à partir du 16 septembre. On voulait faire des aménagements pour faciliter la montée des truites, mais on se demande si la ressource est au pied de la rivière», s'interroge le gestionnaire.

Sur les réseaux sociaux et sur les forums de discussion, les pêcheurs manifestent de l'inquiétude et le bar rayé est de plus en plus pointé du doigt.

Les biologistes ont effectué des analyses de contenus stomacaux de 40 bars rayés capturés dans le Saguenay il y a deux ans et aucune trace de saumon et de truite n'a été trouvée. Les pêcheurs souhaiteraient d'autres analyses, car il y a deux ans les bars rayés étaient de petite taille. Certains prétendent que les spécimens de bars rayés qui fréquentent le Saguenay présentement sont plus gros et plus affamés.

Curieusement, l'an dernier, les truites de mer sont entrées dans la passe migratoire de la rivière à Mars plus tôt en saison. «Je passe pour un hurluberlu auprès des biologistes, mais je leur ai dit que cette montée hâtive de truites de mer était due au fait que les poissons se sauvaient du bar rayé qui commence à migrer dans le Saguenay à partir du début de juin. Les circonstances sont trop évidentes pour éviter de considérer l'impact des bars rayés dans la baisse de la population de truites de mer dans le Saguenay», estime Mario Dallaire.

Impact négligeable

La biologiste du ministère des Forêt de la Faune et des Parcs, Karine Gagnon, assure que la population de bars rayés qui migre dans le Saguenay en provenance du fleuve Saint-Laurent n'a pas d'impact sur les populations de truites de mer et de saumons qui se trouvent dans le fjord. «En 2014, nous avons analysé les contenus stomacaux de 39 bars rayés capturés dans le Saguenay et les résultats sont que 21 bars avaient l'estomac vide, 13 contenaient des crevettes, trois des crevettes et de l'éperlan, un avec de l'éperlan et un autre dont le contenu était indéterminé», rapporte la biologiste.

«Selon les spécialistes impliqués dans le suivi du bar rayé, les spécimens du Saguenay n'ont pas de raisons de se comporter différemment que ceux du fleuve Saint-Laurent. Des études réalisées en Gaspésie sur le contenu stomacal de près de 2000 bars rayés remis aux biologistes par des pêcheurs sportifs ont montré que la présence de salmonidés (truite et saumoneau) était négligeable», ajoute-t-elle.

«Le bar est une espèce de poisson qui se déplace en banc et qui se nourrit dans des bancs de poissons comme des bancs d'éperlans ou des bancs de crevettes. C'est un poisson opportuniste qui va choisir des proies faciles au lieu de se lancer sur des salmonidés qui se déplacent rapidement», indique la biologiste du ministère qui répondait aux questions du chroniqueur face à l'inquiétude des pêcheurs. «Nos inquiétudes sont plus tournées vers les populations d'éperlans qui sont des proies faciles pour le bar. L'arrivée récente d'un nombre important de sébastes dans le Saguenay risque aussi d'affecter la population d'éperlan», met en lumière la spécialiste.

Les bars rayés ont un statut d'espèce disparue depuis 2004 et bientôt en voie de disparition. Il est donc interdit de tuer les poissons, même pour les scientifiques qui font des recherches. «L'été prochain, nous allons capturer des spécimens que nous allons endormir pour prélever le contenu de leur estomac avant de les remettre à l'eau», informe la biologiste qui suit de près les populations de bars dans le Saguenay.

À l'été 2015, les biologistes ont placé des émetteurs dans le corps de 20 bars rayés dans le Saguenay pour suivre leur migration. La même opération a été réalisée cet été pour amasser le plus d'informations possible sur l'espèce.

Pour ce qui est de la baisse des remontés migratoires de la truite de mer dans la rivière à Mars, Karine Gagnon fait valoir qu'il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer ce phénomène. «En 2010 et 2011, plus de 1700 truites de mer ont remonté dans la rivière. Ces fortes remontées correspondent avec des activités d'ensemencement réalisées dans la rivière les années précédentes ce qui a probablement ''boosté'' la population de truites qui s'est stabilisée par la suite», estime-t-elle.

La faible remontée enregistrée dans la passe de la rivière à mars peut être causée par le niveau très bas de la rivière qui rend plus difficile l'accès à l'entrée de la passe. «La saison n'est pas encore terminée et nous suivons la situation. Le filet trappe installé dans le Big Pool sur la rivière Sainte-Marguerite sur l'autre rive du Saguenay indique une montaison de 700 truites cette année, le même chiffre que les moyennes annuelles qui oscillent entre 400 et 700», dit-elle.

La biologiste rappelle aux pêcheurs que leur expérience sur le terrain est essentielle pour colliger des données et que le carnet du pêcheur (disponible au bureau du ministère à Jonquière) est un outil très précieux pour les recherches. Elle invite les sportifs à remplir ce document que ce soit pour la truite de mer ou le bar rayé.

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