Directrice du laboratoire de contrôle du dopage sportif au Centre INRS, le Dre Christiane Ayotte faisait partie des conférenciers venus partager leurs connaissances sur la toxicologie et la dépendance avec les médecins, résidents, pharmaciens, infirmiers et autres intervenants du milieu de la santé réunis dans le cadre de la Journée médicale annuelle du CSSS de Chicoutimi.
La spécialiste de la lutte contre le dopage sportif s'est dite ravie de pouvoir ainsi «propager les connaissances pour contrer l'ignorance». «C'est une très bonne idée que les médecins et les urgentistes commencent à nous poser des questions sur le dopage parce que les gens pensent toujours que ça concerne les Lance Armstrong, Ben Johnson et Geneviève Jeanson, et non pas le gars ou la fille ordinaire. C'est vraiment un mythe qu'il faut déboulonner. Parce que malheureusement, c'est maintenant un peu M. et Mme Tout-le-monde qui peut tomber dans le piège du dopage. Il faut donc avoir l'oeil (averti et l'esprit) critique», précise-t-elle.
Cette mise en garde s'adresse aussi aux parents de jeunes, garçons et filles, qui s'entraînent dans les gyms pour se forger une silhouette correspondant à certains critères. «Il y a vraiment un engouement pour une image très précise et plastique. Dans certains gyms, les propositions arrivent rapidement et ça commence avec des produits qui ont l'air anodin comme des boissons protéinées (shakes), de la créatine, etc. Mais tout ça est une conduite dopante et le terreau est fertile», souligne-t-elle.
Le hic, c'est que gens veulent souvent des résultats rapides. La banalisation de la prise de ces produits, leur facilité d'accès et leur effet sur la performance en incitent plusieurs à ne pas s'arrêter aux dangers qu'ils représentent pour leur santé. Malgré tout, il y a une certaine conscience des risques puisque, souvent, une personne qui utilise de telles substances n'en fera pas part à son médecin ou refuse de lier ses problèmes de santé aux effets secondaires entraînés par leur consommation. Pas étonnant que des médecins soient mystifiés par certains symptômes de leurs patients.
Faut dire que la liste des substances interdites, mise à jour annuellement, est longue. On parle de 1500 produits et médicaments et il s'en ajoute régulièrement. «À la lecture de cette liste, vous seriez catastrophés de ce qui peut être pris et de ce qui est pris», lance-t-elle.
Heureusement, les résultats obtenus par l'Agence mondiale antidopage et ses filiales ont de plus en plus un effet dissuasif, même si la cueillette d'échantillons pour démasquer les «dopés» et leurs fournisseurs peut encore être améliorée. «Plus le risque de se faire attraper est grand, plus le message passe», constate la Dre Ayotte.
N'est-ce pas décourageant de livrer un combat aux allures de David contre Goliath? «Ce qui me tue, c'est le Goliath de l'ignorance, rétorque-t-elle. À l'ère où l'information est disponible partout, comment ça se fait que les gens soient encore si ignorants et vulnérables quand il s'agit du fonctionnement de leur corps? Ça crée un terrain propice pour consommer et c'est pourquoi il faut continuer à parler du dopage sportif.»
La suite du dossier en page 2 et 3 du Quotidien de samedi