Marcel Savard revient de loin

Marcel Savard mérite son surnom de trompe-la-mort. Il... (Photo Le Progrès, Gimmy Desbiens)

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Marcel Savard mérite son surnom de trompe-la-mort. Il a survécu au terrible accident de motoneige survenu en piste, le 25 février à Roberval. Même si sa guérison n'est pas aussi rapide qu'il l'aurait souhaité, l'Almatois impressionne par sa résilience et les progrès réalisés.

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Plus que jamais, Marcel Savard mérite le surnom de trompe-la-mort. Car peu de gens auraient misé sur ses chances de se remettre, voire de survivre, au terrible accident de motoneige survenu le 25 février dernier, dans le cadre du Grand Prix Desjardins de Roberval. Rencontré à sa résidence mercredi, le pilote de 53 ans impressionne par sa résilience... même si, pour cet homme d'action, la guérison n'est pas assez rapide à son goût !

« Je trouve ça long la guérison ! Même quand j'ai eu mon cancer (il y a dix ans), quand j'ai été sorti d'affaires, j'ai dit que j'aimais mieux vivre à 100 milles à l'heure qu'à un mille à l'heure. Mais là, on va prendre ça pas mal plus relax », avoue l'Almatois qui, même s'il peut s'estimer chanceux d'être simplement en vie, a hâte de retrouver son énergie habituelle.

Ce n'est pas la première fois que Marcel Savard fait un pied de nez au mauvais sort. Il y a dix ans, les médecins lui avaient détecté un cancer des ganglions et prédit qu'il lui restait moins de six mois à vivre. Non seulement il a déjoué les pronostics, mais il a vécu à fond sa passion pour les sports motorisés.

En février dernier cependant, il a bien failli laisser sa vie sur la piste de course de motoneige après avoir perdu la maîtrise de sa machine peu après le départ. Sauf que c'était mal connaître ce chat aux sept vies. 

Lésions au cerveau, bras gauche en compote (ses enfants le taquine en le surnommant le bloc Lego), fracture à une vertèbre et à l'os orbital ; même les médecins n'étaient pas très optimistes quant à ses chances de s'en sortir. L'amputation de son bras a été envisagée, tout comme la décision de faire le don de ses organes s'il ne sortait pas du coma. Un spécialiste s'attendait même à ce qu'il reste dans un état semi-végétatif. Heureusement, les pires scénarios ne se sont pas concrétisés.

« Quand on est allé pour enlever son collier cervical (deux mois plus tard au lieu des trois prévus), on a rencontré l'un des spécialistes qui s'attendait à ce qu'il reste dans un état semi-végétatif. Marcel est entré dans le bureau et l'a salué. Sa face valait un million ! », raconte sa conjointe Geneviève Blouin qui, elle, se remémore chaque instant depuis l'accident comme si c'était hier. « Son menton est tombé sur le bureau », renchérit Marcel Savard en riant.

Petits miracles

« Si je ne lui avais pas fait un album avec les photos et articles de journaux, il ne l'aurait jamais cru », souligne sa conjointe. 

« Lorsqu'ils l'ont rentré à l'urgence à Roberval, je me suis dit qu'il était cassé de partout. Il avait l'oeil enflé et était défiguré. Son bras était en compote et tenait juste par le tendon. Ils ont stabilisé son bras du mieux qu'il pouvait, car il manque un bout d'os qu'ils n'ont pas retrouvé. Il était censé avoir une chirurgie plastique parce qu'il manquait beaucoup de chair, mais finalement, quand ils ont enlevé les protections pour le transférer à l'Unité de réadaptation fonctionnelle intensive (URFI), il ne restait qu'une petite gale au niveau du coude ! La peau s'était toute refaite et ils n'ont pas eu besoin de l'opérer à nouveau. »

Marcel Savard a été transféré à l'URFI le 5 avril, mais il n'était pas au bout de ses peines. Il ignorait qu'il avait subi une paralysie du côté gauche. 

« Je ne pensais pas que j'avais encore ma jambe, puisque je ne la sentais pas. » C'est d'ailleurs la physio qui lui a fait réaliser qu'il avait non seulement encore sa jambe, mais qu'il serait capable de se lever.

Ses progrès sont tels qu'il a pu retourner chez lui le 24 mai. Mais il se rend de trois à quatre fois semaine à l'URFI pour travailler les mouvements de son bras gauche et sa jambe qui sont encore raides.

« Ils mettent ma patience à l'épreuve », soupire le pilote qui aimerait bien accélérer sa guérison !

Le pilote Marcel Savard a décidé de prendre... (Photo Le Progrès, Gimmy Desbiens) - image 2.0

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Le pilote Marcel Savard a décidé de prendre sa retraite de la compétition de courses de voiture et de motoneige après avoir failli mourir lors d'un accident en février, durant le Grand Prix de Roberval. Motivé par sa conjointe Geneviève Blouin, qu'il appelle son ange, et ses enfants, l'homme de 53 ans revient de loin.

Photo Le Progrès, Gimmy Desbiens

Que de chemin parcouru!

En quatre mois, Marcel Savard en a parcouru du chemin ! « C'est sûr que pour moi, c'est mon petit miraculé, si on regarde d'où il est parti et où il est rendu. Ça va bien ! Et mardi, on a eu de bonnes nouvelles puisque sa vision et son champ de vision sont revenus à 100 %. »

Marcel Savard et sa conjointe Geneviève Blouin profitent d'ailleurs de l'occasion pour remercier tout le personnel médical qui est intervenu depuis l'accident, car ça n'augurait vraiment pas bien au départ. Lors de l'accident, l'intervention rapide et efficace des Paramédics sur place a été cruciale. Tout comme les soins prodigués par la suite par les différentes équipes médicales, dont le Dr Hans McLelland. 

L'Almatois est demeuré 38 jours dans le coma, mais les deux premières semaines étaient cruciales.

« Le 13e jour, un médecin m'avait laissé entendre que je devrais prendre une décision », se souvient celle qu'il appelle « son ange ». Heureusement, Marcel Savard a choisi ce moment pour émerger brièvement du coma.

« Pour moi, j'étais comme dans un rêve, raconte-t-il. Le médecin m'a tapé sur l'épaule et m'a dit : ''Si t'es prêt à t'en aller, t'es prêt.'' Je lui ai répondu que j'allais voir si ma blonde était là. Je suis sorti de l'hôpital pour aller chercher Geneviève, car je me disais qu'elle devait fumer dehors. Je suis sorti, mais je ne la voyais pas. Puis, j'ai vu quelqu'un assis sur une chaise au loin et je me suis dirigé vers elle. Je lui ai tapé sur l'épaule et je lui ai dit que le médecin m'avait dit qu'on était prêt à s'en aller. Elle m'a répondu : ''Ça fait longtemps que je suis prête. Ça fait 7-8 semaines que j'attends après toi ! '' Je lui ai répondu que j'allais aller avertir le médecin, et d'après moi, c'est à ce moment-là que je suis sorti du coma. »

L'Almatois a eu l'impression de n'avoir dormi qu'une nuit. « Je n'ai aucun souvenir, avoue-t-il. J'ai des flashs de ma fin de semaine, mais pas des courses. »

À la 38e journée, quand il s'est réveillé, il était à Chibougamau, dans les années 80. Geneviève ne faisait pas partie de sa vie à ce moment-là et il ne la reconnaissait pas. Le médecin l'avait avisée que les souvenirs récents allaient survenir plus tard.

« Pour moi, il était là et le reste était secondaire, assure-t-elle. J'avais collé plein de photos sur le mur. Il savait que j'existais, mais quand il me regardait, il ne me reconnaissait pas. »

L'heure de la retraite a sonné

Après avoir vu la mort d'aussi près, Marcel Savard a décidé de prendre une retraite définitive du monde des courses. Le pilote de l'équipe de course sur glace 29 Aubaine mécanique d'Alma n'entend pas non plus dénicher un autre pilote pour prendre sa relève sur la motoneige.

« Ce sera une garde partagée », blague-t-il, puisque lui et son frère, Sylvain Néron, aussi membre de l'équipe, en sont les copropriétaires. 

Si sa décision de tirer sa révérence ne surprend pas vraiment, le pilote ajoute qu'il n'a de toute manière plus rien à prouver. « C'est assez. On a d'autres choses à faire que de se blesser là-dessus. Le char de course est vendu. On est allé aux courses à Saint-Félicien en fin de semaine. C'est sûr que ça me parle, mais je suis assez intelligent pour me dire que c'est assez. Je vais vivre pour ma femme et mes enfants et ce sera amplement suffisant. Je n'ai plus rien à prouver à personne. De plus, avant le début de la saison, on avait parlé que ce serait probablement la dernière », relate celui qui met un terme à près de 40 ans de course. 

D'ailleurs, c'est non sans fierté que sa conjointe Geneviève Blouin précise que son homme a terminé en 2e position au classement du circuit de courses sur glaces (CVM), et ce, même en ayant raté les deux dernières étapes.

Le grave accident dont il a été victime a mis fin prématurément à une excellente saison de courses. Il avait même battu le champion de la classe pro champ de Eagle River, Dominic Antonucci. C'était l'homme à battre à Valcourt et Marcel l'a passé toute la fin de semaine. On était rendu pas mal au top. 

Pas question non plus de recruter un nouveau pilote. « Je ne me sentirais pas capable d'avoir un pilote à notre charge, explique-t-il. Si tu mets un petit jeune là-dessus et qu'il arrive quelque chose, tu t'en veux pour le restant de tes jours. C'est un gambling. Moi, j'ai 53 ans et je le faisais parce que je connaissais les pour et les contre. Mais pour un autre, jamais ! »

Le couple s'attend aussi à être moins présent sur les circuits, à part « pour voir nos amis, car c'est une grande famille, le monde des courses. »

Plus de sécurité

D'aussi loin qu'il se souvienne, Marcel Savard a toujours prôné la sécurité en course. Il trouve d'ailleurs que les organisations devraient resserrer et accroître les exigences en la matière, peu importe le niveau de compétition. « Tout ce qu'il y avait de protection, je l'avais. Le collier cervical de 300 $ ou plus, le gilet ''Robocup'' paddé de partout, les jambières et les strappes de dos. Plusieurs gars courent juste avec de petits plastrons et un petit collier. En autant que t'as toutes les pièces de protection, c'est correct », note le pilote qui trouve que ce n'est pas suffisant.

« Si Marcel n'avait eu que son petit collier d'à ses débuts, il ne serait probablement pas là parce qu'il a eu une vertèbre cassée même avec le gros collier protecteur qu'il avait, fait valoir Geneviève. Ça coûte cher, mais c'est une question de sécurité. Les gens ne sont pas trop conscients des dangers jusqu'à ce que ça leur arrive. »




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