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Martin Pouliot, entraîneur de baseball et dépisteur de la LNH

Martin Pouliot... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Martin Pouliot

Archives Le Quotidien, Michel Tremblay

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Serge Émond
Le Quotidien

Martin Pouliot baigne dans le monde du sport sept jours par semaine, douze mois par année. Membre de l'équipe de recruteurs des Capitals de Washington, au hockey, il est également entraîneur des Voyageurs de Saguenay, au baseball, pendant la période estivale. Portrait d'un homme occupé qui travaille à la fois dans l'ombre et sous les réflecteurs.

Comme dépisteur: entre 175 et 200 matchs par année

Passer d'un amphithéâtre à un autre dans le but de dénicher et d'évaluer les vedettes de demain est un travail souvent ingrat qui demande beaucoup de temps et qui peut facilement soulever les critiques. Mais n'allez pas plaindre Martin Pouliot. Il ne changerait pas son travail pour tout l'or du monde.

Depuis la saison 1997, Martin Pouliot fait partie de ces hommes de hockey pour lesquels le sport est aussi un travail. Il a fait ses débuts dans le domaine avec les Stars de Dallas quand un bon ami, Alain Rioux, a proposé son nom à Bob Gainey. Ce dernier était à la recherche d'un candidat pour remplacer Rioux comme dépisteur au Québec.

«J'ai travaillé à temps partiel pendant un an pour Dallas et c'est comme ça que tout a commencé, raconte Martin Pouliot. Washington est venu me chercher en 1998. J'ai aussi fait du dépistage pour les Tigres de Victoriaville pendant deux ans et j'ai été l'adjoint de l'entraîneur Alain Rajotte pendant un an, toujours avec les Tigres. À un certain moment, les Capitals m'ont fait savoir qu'ils n'aimaient pas trop me voir travailler à la fois pour eux et pour les Tigres. Ils m'ont invité à faire un choix et je pense avoir pris la bonne décision.»

Au fil des années, Martin Pouliot a grimpé les échelons avec les Capitals. Il est passé de recruteur à temps partiel au Québec à recruteur à temps plein pour les rangs amateurs. Depuis quatre ans, il occupe la fonction de dépisteur professionnel. À ce titre, il est principalement appelé à suivre les meilleurs prospects des différentes organisations de la Ligue nationale de hockey. Il le fait principalement en épiant des matchs de la LNH et de la Ligue américaine de hockey. Il assiste aussi aux principaux événements du hockey junior comme le tournoi de la Coupe Memorial, la Série Subway et le Championnat mondial de hockey junior, et à ceux du hockey universitaire américain.

«Je peux voir entre 175 et 200 matchs par année, précise-t-il. Ça varie de cinq à sept par semaine. J'arrange mon horaire le mieux possible. C'est très intense de septembre à avril et plus tranquille l'été. Pendant l'été, j'ai la Coupe Memorial en mai, le repêchage de la LNH en juin, le camp des recrues au début de juillet et je dois couvrir les équipes du Canada, des États-Unis, de la Finlande et de la Suède quand elles participent à de petits tournois en août.

«Pour la vie de couple, ce n'est pas toujours facile, mais je suis avec ma conjointe depuis une vingtaine d'années et les bouts difficiles ont été passés quand les enfants étaient plus jeunes. J'ai un gars de 17 ans et une fille de 12 ans. C'est un peu plus facile maintenant parce qu'ils sont plus vieux.»

Perreault et Oduya

Pour le compte des Capitals, Martin Pouliot a surveillé des centaines et des centaines de jeunes joueurs. Certains ont répondu aux attentes, d'autres moins. À ce chapitre, il se réjouit notamment d'avoir poussé les candidatures de Mathieu Perreault et de Johnny Oduya, mais il se garde bien de prendre tout le crédit.

«Les dépisteurs sont surtout remarqués et appréciés quand ils réussissent à aller chercher un bon joueur dans les dernières rondes, fait remarquer Martin Pouliot. Perreault et Oduya sont deux bons coups à ma fiche. Nous les avons repêchés assez loin, mais un dépisteur ne peut s'attribuer seul des bons coups. Il ne peut faire passer un joueur qu'il aime sans le support d'autres dépisteurs.

«Un dépisteur n'est pas seulement évalué selon les joueurs qui jouent pour son équipe, mais aussi sur l'ensemble des joueurs qu'il a évalués. Tous les rapports que tu fais sur des joueurs restent, même ceux sur les joueurs que ton équipe n'a pas repêchés. C'est comme au baseball. Plus ta moyenne au bâton est bonne, plus tu gagnes en crédibilité auprès de ton employeur.

«Oui, c'est un travail ingrat, mais tu dois évaluer le travail d'un dépisteur sur son ensemble et non sur un seul choix. Cinq ou six ans après, c'est facile de demander pourquoi une équipe n'a pas choisi tel ou tel joueur. Dans le développement d'un joueur, il y a beaucoup de facteurs X. Tu ne sais pas comment un jeune va réagir quand il va se retrouver avec beaucoup d'argent devant lui. Tu dois prendre le plus d'informations possible, avoir le plus de contacts possible. C'est un travail difficile, mais c'est un travail qui me passionne.»

L'attrait de la compétition

Malgré un horaire chargé avec les Capitals de Washington, Martin Pouliot a répondu positivement en octobre 2015 quand l'organisation des Voyageurs de Saguenay a cogné à sa porte pour lui offrir de prendre la direction de son équipe junior. En acceptant les termes d'un contrat de trois ans, il est réapparu dans un circuit qu'il connaissait déjà très bien.

Avec beaucoup de succès, Martin Pouliot a dirigé les Alouettes de Charlesbourg de 1993 à 1999. Il a ensuite effectué un séjour avec les Diamants de Québec (de 2000 à 2007), avant de quitter la Ligue de baseball junior élite du Québec pendant huit ans. Durant ces années loin de la LBJEQ, il a dirigé son fils au sein de différentes équipes de baseball mineur, mais il n'a jamais totalement oublié le junior. Lorsque les Voyageurs ont cogné à sa porte, il était d'ailleurs en train d'effectuer des démarches pour implanter une troisième formation dans la région de Québec.

«J'avais rencontré Rodger (Brulotte, président de la LBJEQ) et j'avais déjà certains appuis à Québec, rappelle Martin Pouliot. Nous n'étions pas rendus très loin et nous avons finalement mis l'idée de côté quand j'ai accepté l'offre de Saguenay. Je pense qu'une troisième équipe dans la région de Québec aurait passé et que les gouverneurs auraient vu ça d'un bon oeil, mais ça ne s'est pas matérialisé.»

Avec les Voyageurs, Martin Pouliot a retrouvé ce qu'il cherchait en lançant l'idée d'une équipe supplémentaire à Québec.

«L'adrénaline et la compétition me manquaient un peu, explique Pouliot. Je m'ennuyais d'être sur la ligne en avant. J'avais le goût d'essayer de remonter un club, comme je l'avais fait en quittant Charlesbourg pour Québec.»

Résident de Charlesbourg, Martin Pouliot savait très bien que diriger une équipe basée 200 kilomètres plus loin demanderait toute une gymnastique. Pour l'instant, il s'en accommode bien. Lors des matchs en semaine, il fait le voyage aller-retour. La fin de semaine, quand son équipe doit disputer plus d'une partie, il s'installe à Saguenay pour quelques heures.

Mentalité à changer

À sa deuxième saison avec les Voyageurs, Martin Pouliot n'a aucune difficulté à identifier la plus grosse difficulté de son travail.

«La plus grosse difficulté, c'est la mentalité, note celui qui est également mordu de golf. Il faut changer la mentalité de la plupart des jeunes qui ont perdu plus de matchs qu'ils en ont gagnés dans le bantam AA ou le midget AAA. Et je ne blâme pas juste les jeunes du Saguenay. Je mets tous mes joueurs dans le même groupe, mais cette mentalité est lourde. J'en ai parlé aux gars cette année. Chaque fois qu'on joue contre Trois-Rivières, Québec ou Charlesbourg, on sent qu'il n'y a jamais de vent de panique de leur côté. Ces équipes pensent toujours qu'elles vont revenir. Nous, quand nous ne sommes pas dans le match tôt, nos bras se baissent plus facilement que d'autres équipes que j'ai dirigées. Tu peux faire de grands discours et parler aux jeunes, mais la seule façon d'en sortir est de gagner. Plus nous allons gagner, moins l'ambiance dans l'équipe sera défaitiste.»

Les règles du repêchage doivent changer

Tout en reconnaissant que les Voyageurs doivent trouver une façon de créer une ambiance plus positive, Martin Pouliot estime que la Ligue de baseball junior élite du Québec doit en faire plus pour aider les équipes qui en arrachent année après année. À ce propos, il milite pour un changement des règles qui entourent la séance annuelle de repêchage.

«Avant le repêchage, chaque équipe protège deux joueurs de son territoire, explique Martin Pouliot. C'est comme si la Ligue nationale de hockey déterminait que chaque équipe peut protéger un ou deux joueurs de son territoire avant son repêchage. L'équipe qui était la moins forte l'année précédente n'a pas vraiment le premier choix. Les meilleurs joueurs sont déjà partis à gauche et droite.

«En plus, le niveau des joueurs protégés change selon les équipes et les années. Les deux joueurs de notre territoire que nous avons protégés l'an passé n'ont pas fait notre équipe cette année. Les deux joueurs protégés par Québec seront ses lanceurs 1 et 2 dans quelques années. C'est une roue qui tourne tout le temps. Je pense qu'il y a une grosse prise de conscience à faire au niveau de la ligue. Il faut donner des moyens aux équipes plus faibles de s'en sortir. En ce moment, les riches ne pensent pas aux pauvres. Si on donne aux équipes moins nanties les moyens de s'en sortir, ça ne veut pas nécessairement dire qu'elles vont y arriver, mais au moins donnons-leur les moyens.»

Martin Pouliot a l'impression que les équipes les plus démunies (il en cible au moins quatre) sont prises dans un cercle vicieux. Trop souvent, pour sauver les meubles en milieu de saison, elles se voient dans l'obligation d'échanger un ou des vétérans en retour de jeunes joueurs. Quelques saisons plus tard, quand ces derniers sont devenus des vétérans de qualité, ils deviennent à leur tour une monnaie d'échange. Il croit que si la formule du repêchage était plus efficace, les équipes n'auraient pas besoin de sacrifier un vétéran pour obtenir de bons jeunes joueurs.

Le vétéran entraîneur ne peut dire combien de temps durera son association avec les Voyageurs. Mais peu importe le moment où il y mettra un terme, il espère que la ligue aura alors modifié son repêchage annuel et que toutes les équipes et tous les dirigeants auront réalisé l'importance de penser au bien collectif.




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