Le bar rayé ne fraye pas dans le Saguenay

Les recherches sur les déplacements du bar rayé... (Archives Le Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque)

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Les recherches sur les déplacements du bar rayé dans le Saguenay démontrent qu'il ne se reproduit pas dans les eaux du fjord, pour le moment.

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'analyse n'est pas tout à fait terminée, mais des informations intéressantes émergent de la première investigation sur les déplacements du bar rayé effectuée l'été dernier dans la rivière Saguenay.

Les scientifiques du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) ont installé 19 récepteurs au fond de la rivière (de Sainte-Rose-du-Nord à Chicoutimi) pour suivre les déplacements de cette nouvelle espèce qui fréquente le fjord depuis 2005.

«Nous avions deux types de bars rayés à suivre l'an passé. Les 19 individus capturés dans le Saguenay à qui ont a mis des émetteurs et un certain nombre d'individus marqués dans le fleuve Saint-Laurent au cours des dernières années qui étaient susceptibles de migrer en 2015 dans le Saguenay», explique Michel Legault biologiste à la direction de la recherche sur la faune aquatique au MFFP.

Pas de reproduction dans le Saguenay

Les bars capturés et marqués dans le Saguenay sont demeurés dans le même secteur (à la sortie de la Baie des Ha! Ha!), dans la section amont de la rivière durant tout l'été. «Les 19 individus marqués ont tous quitté à l'automne en direction du fleuve Saint-Laurent. On s'en doutait, mais là on sait, pour le moment, qu'ils ne passent pas l'hiver dans le Saguenay», énonce le spécialiste du bar rayé, qui fait valoir que ce poisson migre vers le fleuve, comme un saumon, en septembre et en octobre.

L'autre aspect intéressant de cette recherche concerne 11 individus qui ont été marqués à différents endroits dans le fleuve et qui ont pénétré dans le Saguenay. «De ces 11 poisons, il y en a neuf qui ont remonté le Saguenay jusque dans le secteur de la rivière Valin. On les a captés sur nos récepteurs à la fin juin jusqu'en aval de Chicoutimi. Sur ces neuf individus, il y en a un qui a remonté jusqu'à Shipshaw et qui est redescendu jusqu'à la hauteur du bras de la Baie des Ha! Ha!», détaille le biologiste.

Michel Legault affirme que pour le moment on sait que la migration des bars vers le Saguenay se fait à partir de la fin juin «ça exclut, pour le moment répète-t-il, la possibilité que ces individus entrent dans le Saguenay pour se reproduire, car le bar fraye en mai et au début juin au plus tard selon la température de l'eau».

Pas de menace pour la truite de mer

«On a maintenant une bonne idée de leur migration. On sait qu'ils ne restent pas dans le Saguenay l'hiver. Autre constatation intéressante, ajoute Michel Legault, c'est qu'il ne semble pas y avoir de rassemblements spécifiques proches des embouchures des rivières d'ombles de fontaine anadromes (truites de mer) comme la Sainte-Marguerite, à Mars, Valin, Éternité, Saint-Jean et Petit-Saguenay. Nous avons porté une attention particulière avec des récepteurs placés près de ces rivières et pour le moment on n'a pas vu de rassemblement», indique le spécialiste.

De plus, quand le bar rayé arrive dans le fjord à la fin du mois de juin c'est tard un peu pour qu'il puisse s'alimenter des saumoneaux qui dévalent les rivières tributaires du Saguenay. Il y avait cependant des inquiétudes en ce qui a trait à la truite de mer.

Avec l'arrivée de cette nouvelle espèce, les spécialistes avaient peur que le bar, une espèce piscivore (qui se nourrit de poisson) s'installe à la sortie des rivières pour se servir dans le buffet des jeunes truites et saumoneaux. «Ça ne veut pas dire qui ne se passe rien, mais ce n'est pas le cas en ce moment», nuance le scientifique.

Les chercheurs veulent mieux comprendre les raisons qui motivent le bar rayé à migrer dans le Saguenay, un comportement qu'il n'avait pas avant la réintroduction de l'espèce dans le fleuve Saint-Laurent. «Il y a de bonnes chances que ce soit pour s'alimenter, croit-on. Nous allons continuer les investigations cette année pour voir si ces individus marqués dans le Saguenay vont revenir. On va voir ce qui se passe avec ça et dans quelles proportions ils reviennent.

Est-ce un groupe qui est rentré dans le Saguenay et qui revient? se questionne les biologistes qui participent à ce projet de recherche.

«C'est ce qu'on observe au sud de la Gaspésie où il y a une abondance importante de bars rayés qui proviennent du sud du golfe du Saint-Laurent en provenance de la rivière Miramichi. Ces individus munis d'émetteur, au sud de la Gaspésie, y reviennent tout le temps, ils ne vont pas ailleurs. C'est un groupe d'individus fidèle à leur habitude de revenir le long des côtes de la Gaspésie. Ils en amènent d'autres avec eux, mais quand ils sont venus une fois, ils reviennent par la suite. On se doutait que ça pouvait être le même comportement dans le Saguenay. On va pouvoir le voir en 2016 avec les retours d'individus», met en relief Michel Legault.

Les recherches se poursuivent

La grande question que se posent les spécialistes c'est qu'est-ce qu'il mange ce poisson?

Les contenus stomacaux analysés l'an dernier sur une quarantaine de spécimens révélaient la présence de crustacés et d'éperlans dans leur estomac. «Il faut être prudent avec ces données, c'est une image instantanée faite au mois d'août, une seule fois, à une seule place, on ne peut pas en tirer des conclusions», précise le chercheur.

«En 2017, avec deux années de recherche sur le déplacement du bar dans le Saguenay on va pouvoir orienter un projet pour document l'alimentation», dit-il.

Frayères confirmées dans le fleuve

On compte présentement plus de 150 récepteurs dans le fleuve pour suivre les déplacements de la population du bar rayé du Saint-Laurent qui a été réintroduite en 2002. «Dans le fleuve le seul site de fraye confirmé jusqu'à maintenant, c'est le bassin de la rivière du sud à Montmagny. On est certain de sa localisation. Pour ce qui est du reste, on sait qu'il y a de la reproduction qui se fait ailleurs qu'à Montmagny, il faut maintenant déterminer où précisément. En 2016 on va mettre beaucoup d'effort pour documenter pour confirmer un secteur entre autres dans la région de Québec qu'on veut documenter», confie le chercheur.

Et qu'en est-il de la situation de la population? «Si on regarde la tendance générale des populations du fleuve, c'est à la hausse, mais avec des fluctuations. C'est typique du bar rayé d'ailleurs, pour toutes les populations de bar rayé en Amérique du Nord. Ils ont le même paterne, la production de jeunes peut varier, ça dépend des conditions environnementales au moment de la reproduction, et aussi du développement des oeufs dans les premières semaines au niveau des développements des larves. Ça dépend des conditions favorables. La température de l'eau principalement, joue un rôle important. Il y a de la prédation, mais ce n'est pas un facteur qui a été identifié comme responsable des fluctuations naturelles du développement de l'espèce», fait savoir le spécialiste.

Les sportifs attendent tous le moment où on pourra pêcher le bar rayé dans le Saguenay et dans le fleuve. «J'aimerais bien connaître la réponse, mais il faut être prudent pour ne pas répéter les erreurs du passé et l'échapper. C'est une espèce vulnérable à la pêche», conclut Michel Legault.

Rappelons que le bar rayé au Québec compte deux populations distinctes, celle de l'estuaire du Saint-Laurent, disparue à la fin des années 60, réintroduite en 2002, et celle de la côte sud de la Gaspésie et de la baie des Chaleurs qui provient de rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Dans ce secteur les pêcheurs à la ligne sont soumis à une limite de prise quotidienne et de possession d'un bar rayé par jour.

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