Stéphane Ouellet, recruteur de talents

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Stéphane Ouellet, entraîneur du club Projet Cardio d'Alma, estime avoir sous la main un diamant brut en Jérémy Paul-Germain de Mashteuiatsh.

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En 30 ans de boxe, Stéphane Ouellet en a vu des boxeurs. C'est pourquoi il est plutôt étonnant de l'entendre être aussi élogieux à l'égard de Jérémy Paul-Germain, un pugiliste de 27 ans qu'il a pris sous son aile, qui livrera son premier combat officiel ce soir, à Métabetchouan. Le talent de sa recrue est tel que Ouellet le compare à un Mike Tyson en terme de puissance de frappe.

Le boxeur-poète dit avoir été ébloui, rien de moins, par Paul-Germain. «C'est de la puissance brute. Tu peux jouer avec ça. C'est comme un diamant que tu veux tailler, affirme Ouellet en entrevue. Il arrive avec une force brute qu'on lui apprend à contrôler. Il s'est battu à Chicoutimi il y a deux semaines contre le vétéran Sébastien Gauthier et il a donné un très bon spectacle.»

Que tout le monde se rassure, Ouellet n'a pas l'intention de s'acheter une rédemption en s'occupant de développer Jérémy Paul-Germain. «Ma rédemption, je l'ai faite le 27 septembre (2014 contre le Belge Cedric Spera). Depuis j'ai fermé la porte et je regarde maintenant en avant. Je suis maintenant un recruteur; je repêche des talents. Et je m'aperçois, depuis que je suis ici (à Alma), qu'il y a beaucoup de talents. Je suis vraiment surpris de voir à quel point il y a du talent au pied carré», assure-t-il.

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Stéphane Ouellet a pris sous son aile Jérémy Paul-Germain, un pugiliste de 27 ans.

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Une locomotive

Par contre, l'entraîneur du club Projet Cardio voit en son nouveau protégé un atout pour concrétiser un projet qu'il caresse depuis dix ans, soit de développer un projet de boxe pour la communauté autochtone. Avec Jérémy Paul-Germain -«un diamant brut à tailler» -, il croit avoir trouvé la locomotive qui lui permettra de mettre son projet sur les rails. «Ça fait dix ans que j'essaie de développer un projet pour les autochtones parce que je dis que c'est le futur de notre province et de notre sport. J'avais pris un peu de recul jusqu'à ce que je retourne à Mashteuiatsh pour les Jeux autochtones et que je vois Jérémy.»

Plus les jours passent, plus Ouellet a l'impression d'avoir trouvé la tête de train qu'il recherchait pour inspirer le peuple autochtone. «S'il fait un an ou deux, le sillon qu'il va faire va entraîner d'autres gens.» Si Ouellet croit au grand potentiel de Paul-Germain, il n'a toutefois pas l'intention de jouer à la police. «Je lui ai demandé d'être ma locomotive, mais je ne veux pas l'obliger. Je lui ai expliqué les choix de vie qu'il avait devant lui s'il veut devenir le premier autochtone champion du monde, mais c'est à lui de décider. Il y en a plusieurs qui n'attendent que cela, que l'un d'eux se réveille.

«J'ai confiance en lui. Il a 27 ans et il sait ce qu'il a à faire. Je ne courrai pas après et je ne veux pas jouer à la police. Je ne le lâcherai pas, mais il ne faut pas qu'il me lâche lui non plus. J'ai confiance en son jugement. Il est très intelligent. Je le vois dans le ring. Il sait où il s'en va. Il a tout pour aller loin», affirme le boxeur-poète. Pour lui, Jérémy pourrait être aussi inspirant pour son peuple que Mohamed Ali l'a été pour le peuple noir dans les années '40 quand il est devenu champion du monde.

Par contre, Ouellet croit que Jérémy devra faire preuve de grande discipline et de la détermination dans sa préparation. «Il a un talent de 100 % dans le ring, mais il lui manque un petit 20 % dans l'attitude pour faire la différence. Il y a neuf entraînements sur six jours. Plus il va se rapprocher de cet idéal, plus il va se rapprocher de ses objectifs. Plus il va s'en éloigner, plus il va rater son coup et je ne serai pas là à courir après», met en garde Ouellet. «Quand tu veux te perdre, tu te perds. Il faut que tu passes par la route de ton destin. Dans mon cas, ç'a été le sentier de l'excès qui mène au palais de la sagesse», philosophe-t-il.

Cela dit, il estime que son protégé ne tardera pas tellement à passer chez les pros, si bien sûr il s'entraîne avec sérieux. «Chez les pros, c'est une autre game. C'est dangereux pour les commotions cérébrales, etc. Si tu ne t'entraînes pas sérieusement, tu te mets en danger tout le temps. Il faut avoir de la stratégie et de la forme physique. Même si tu as un super talent et que t'as l'air d'une Porsche, si t'as pas de gaz, ben comme une Porsche pas de gaz, ça roule pas.»

Une source d'inspiration bien malgré lui

À 27 ans, Jérémy Paul-Germain livrera son premier combat officiel samedi soir, dans le cadre du gala du club Projet Cardio présenté au Séminaire Marie-Reine-du-Clergé de Métabetchouan. Pourtant, le pugiliste de Mashteuiatsh est déjà encensé par les entraîneurs de la région pour sa force de frappe et son talent naturel.

S'il a développé ses aptitudes sportives d'abord au hockey, c'est maintenant en boxe que Jérémy Paul-Germain veut faire carrière. L'ambitieux jeune homme aimerait d'ailleurs passer chez les pros d'ici un an et demi ou deux. Son entrée tardive en scène ne l'inquiète pas. Il s'inspire d'Adonis Stevenson «qui s'est fait reconnaître sur le tard», note-t-il, et qui est aujourd'hui champion du monde.

Mais au-delà de son talent, Jérémy se distingue aussi par sa capacité à se reprendre en main. Car vers l'âge de 19 ans, le jeune homme s'était égaré du droit chemin en fréquentant un gang de rue à Montréal. Et ce qui devait arriver arriva. Il s'est retrouvé en prison. «J'ai passé deux ans et demi en prison. Ça m'a fait réfléchir. On y voit des choses vraiment pas belles. Je suis revenu à Roberval où j'ai terminé ma sentence. Depuis, je me suis sorti de tout ça et je me suis repris en main», assure le papa d'une jolie fillette de quatre ans et demi.

Pour cet hyperactif, la boxe est un bon exutoire.«Depuis que j'ai mis les gants, je ne veux plus les enlever. C'est ma nouvelle motivation, soutient-il. La boxe, c'est une bonne chose parce que ça te permet de canaliser ta colère.»

Heureux hasard

Jérémy Paul-Germain s'était déjà initié à la boxe vers l'âge de 11 ans, mais le club avait fermé deux ans plus tard, de sorte qu'il s'est consacré au hockey. Il a renoué avec le noble art cet été, lorsque Stéphane Ouellet, qui est entraîneur au club Projet Cardio, est venu faire une démonstration dans le cadre des Jeux autochtones à Mashteuiatsh.

«J'en avais entendu parler à la radio (CHUK-FM) et j'ai décidé d'aller voir. J'ai rencontré Stéphane (Ouellet). Il m'a mis les mitaines, j'ai frappé un peu et il m'a dit que j'avais un talent naturel. Le déclic s'est bien fait tout de suite. Il m'a dit qu'il voulait me prendre sous son aile et que j'aillais me rendre loin. Je lui ai dit: ''OK, mais il ne faut pas me lâcher. Je ne veux pas me retrouver seul encore. Avant, j'étais un solitaire et j'ai toujours fait mes affaires tout seul. J'étais entouré de ma famille, mais je ne les voyais pas souvent. Depuis, j'ai pris de la maturité», assure le dynamique boxeur.

Inspirant

Bien malgré lui, il est devenu une source d'inspiration pour plusieurs jeunes de sa communauté qui veulent s'entraîner avec lui, après l'avoir entendu en entrevue à la radio communautaire de Mashteuiatsh, CHUK FM. Un nouveau rôle qu'il apprivoise du mieux qu'il peut. «Il y a plusieurs jeunes qui me demandent de les entraîner et/ou de courir avec eux. J'accepte, mais je ne peux pas toujours donner mon temps à tout le monde. D'abord parce que je ne suis pas un coach, mais aussi parce que j'essaie de suivre ma routine (d'entraînement). C'est dur de trouver du temps libre, surtout comme cette semaine, où j'ai ma fille avec moi, ce qui est génial!»

En 30 ans de boxe, Stéphane Ouellet en a vu des boxeurs. C'est... (Photo 123RF) - image 4.0

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Programmation

Le gala du club Projet Cardio de Stéphane Ouellet se déroulera dans la chapelle du Séminaire Marie-Reine-du-Clergé, ce soir, à compter de 19h30, avec une douzaine de combats au menu.

Le coût d'admission est de 25$ à l'entrée et de 35$ pour une place le long de l'arène (ringside).

Voici donc quelques-uns des duels à l'affiche:

  • Marie-Pier Simard (Projet Cardio) vs Laurie Truchon (Port-Cartier)
  • Alex Fortin (Projet Cardio) vs Jean-Simon Therrien (Port-Cartier)
  • Donavan Tremblay (Projet Cardio) vs Dylan Blackburn (Chicoutimi)
  • Maxime Poirier (Projet Cardio) vs Olivier Bérubé (combat revanche)
  • Jean-Philippe Maltais (Projet Cardio) vs William Lincourt (Boxe Montréal)
  • Marc-André Simard (Chicoutimi)/combat démo/Jonathan Gauthier
  • Combat de demi-finale: Jérémy Paul-Germain vs Steven Carasco (4-2) (Boxe Montréal)
  • Finale: Dany Girard (Projet Cardio) (6-6) vs Junior Petanki

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