Frayères: une bonne nouvelle

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Quelque 150 tonnes de pierre sont nécessaires pour construire une frayère.

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Roger Blackburn
Le Quotidien

CHRONIQUE / Une bonne nouvelle a été annoncée cette semaine par la Corporation LACtivité pêche du lac Saint-Jean qui prévoit aménager 25 frayères pour l'éperlan arc-en-ciel au large de l'embouchure des rivières Mistassini et Ticouapé dans le secteur de l'île aux Pins à environ 3 km au large.

Ce n'est pas un aménagement banal, l'entreprise nécessite un investissement de plus de 500 000$ qui implique huit partenaires financiers. Des recherches sur l'échantillonnage des larves d'éperlan, effectuées par les scientifiques de la chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l'UQAC depuis 2013, ont permis en effet d'identifier certains secteurs de fraye de l'éperlan qui étaient cependant très pauvres en terme d'habitat faunique.

Les éperlans pondaient leurs oeufs dans ces secteurs, mais les fruits de la pondaison n'avaient presque rien pour s'accrocher sauf des grains de sable qui se faisaient charrier par la crue des eaux et le mouvement des courants.

Même si des milliers de ouananiches migraient dans les rivières tributaires du lac Saint-Jean pour se reproduire avec succès, les saumoneaux revenaient dans le lac après un an ou deux en rivière, affamés comme des adolescents, prêts à multiplier par 20 fois leur poids initial. Ça prend donc de la nourriture pour permettre à toutes ces jeunes ouananiches de grossir et atteindre une maturité sexuelle. Malheureusement la quantité d'éperlan disponible dans le lac n'arrive pas à nourrir tous ces poissons affamés. Les secteurs de fraie étudiés sont constitués de sable, un milieu peu favorable à la survie des oeufs.

Des recherches réalisées par les scientifiques de l'UQAC ont déterminé que l'abondance d'éperlans dans le lac n'est pas limitée par la nourriture. Il y aurait en effet assez de zooplanctons dans le lac pour nourrir des populations d'éperlans abondantes. La capacité de support n'est pas infinie. Selon une étude de Pascal Sirois de l'UQAC «globalement, les stocks d'éperlan consomment 2,5 g de zooplancton par mètre cube d'eau au cours de la saison libre de glace» et «globalement la productivité du zooplancton représente 43 et 32 g par mètre cube durant la saison libre de glace). L'éperlan ne manquera pas de nourriture s'il arrive à se reproduire en plus grande abondance. Les scientifiques devront cependant déterminer jusqu'où on peut aller dans la quantité d'éperlan sans abuser des stocks de zooplancton.

En augmentant la production d'éperlan en aménageant des frayères, qu'on espère plus productives, les impacts sur la pêche sportive pourraient se manifester de manière importante. Il sera très intéressant de constater les résultats de ces aménagements dès le printemps.

Il faut s'attendre à ce que d'autres travaux se réalisent dans le futur, car les conclusions de la recherche sur l'éperlan démontrent qu'il est primordial de partager les efforts d'aménagement sur plusieurs habitats de fraie, plutôt que de miser sur un seul. «Si deux grandes populations d'éperlan présentant des stratégies de reproduction différentes ont évolué en sympatrie au lac Saint-Jean, c'est que leurs stratégies de reproduction respectives sont toutes deux avantageuses et complémentaires», conclut l'étude.

Avouons que ça fait rêver. Si les aménagements de frayère permettaient d'augmenter considérablement les stocks d'éperlan et les stocks de ouananiche, ça permettrait immanquablement aux pêcheurs de vivre de belles expériences de pêche avec de nombreuses prises au bout de nos lignes. Il est arrivé trop souvent par le passé que les pêcheurs de ouananiche doivent consacrer de longues heures de pêche pour capturer une prise et même souvent revenir bredouilles.

Ce genre d'investissement devrait également réconcilier les pêcheurs sportifs qui se plaignent annuellement du prix de leur droit de pêche dans l'aire faunique communautaire. La CLAP a investi près de 60 000$ dans ce projet alors que Rio Tinto (226 425$), les trois MRC du Lac (79 275$), Pêches et Océans Canada (74 834$), la Fondation de la faune du Québec (40 000$), Produits forestiers Résolu (26 425$) et la défunte Conférence régionale des élus (26 425$) constituent les autres partenaires.

Quelques chiffres

- 25 frayères de 15 mètres de longueur par 12 mètres de largeur

- 150 tonnes de pierre (l'équivalent de dix camions de dix roues) par frayère

- Périmètre de 2 km par 3 km à une profondeur de 2 à 3,5 m

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