Un refuge paie cher pour sauver un chien

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«Selon la loi, le propriétaire du refuge aurait eu le droit d'euthanasier l'animal souffrant sans que personne revienne contre lui, ni même les propriétaires.»

Courtoisie

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Mélissa Viau
Le Quotidien

CHRONIQUE / En mai dernier, vers 6 h 30, le Refuge des animaux de Chicoutimi reçoit un appel de la police pour recueillir un chien errant blessé. Ce matin-là, Marc Villeneuve quitte abruptement sa petite famille pour se rendre à son refuge et accueillir la bête. C'est une bonne samaritaine qui s'est portée volontaire pour reconduire le chien en sécurité.

L'animal blessé étant souffrant, une intervention vétérinaire s'impose. Trois options s'offrent au responsable du refuge.

« J'aurais pu attendre que la famille du chien se manifeste et risquer qu'il meure entre-temps. J'aurais aussi pu le faire soigner ou l'euthanasier pour abréger ses souffrances », explique M. Villeneuve.

Selon la loi, le propriétaire du refuge aurait eu le droit d'euthanasier l'animal souffrant sans que personne revienne contre lui, ni même les propriétaires. Or, sans demander l'aide de personne, ou faire un appel public pour l'aider financièrement, Marc décide de faire soigner l'animal. Il reconduit donc son nouveau protégé à la clinique vétérinaire.

« J'ai pris une chance même si je savais que le chien risquait de ne pas être réclamé ou que son propriétaire refuserait de payer la facture », poursuit M. Villeneuve.

À 19 h 30, après avoir subi une délicate opération sous anesthésie, le chien obtient son congé de l'hôpital. Même si leur journée de travail est terminée, Marc et sa conjointe, Stéphanie Fortin, partent immédiatement chercher le chien et payer la facture qui s'élève à 535 $.

En fait, depuis 11 ans c'est ainsi, leur travail est 24 heures sur 24, 365 jours par année. Leur travail est exigeant, mais leurs quatre enfants âgés de trois à 13 ans sont toujours là pour les aider.

« Quand on a des urgences, les deux plus vieux gardent les deux plus jeunes », précise M. Villeneuve.

Jugements

Sur Facebook, pour donner un coup de main au refuge, qui s'est retiré de ce réseau il y a quelques années après de mauvaises expériences, une annonce est publiée afin d'aider à retrouver les propriétaires du chien. À peine quelques secondes s'écoulent avant qu'une internaute écrive : « Le refuge ne payera pas pour le faire soigner, ça, c'est sûr ! »

Aussitôt, d'autres internautes renchérissent en disant que ça n'a pas de sens de laisser souffrir un animal comme ça... On rassure tout le monde en disant que le chien est soigné et en pleine forme. Les spéculations cessent aussitôt et la personne ayant monté aux barricades ne prend même pas le temps de féliciter le bon travail du Refuge. Faut croire qu'il est plus facile de mépriser que de complimenter.

Refus de payer

Le lendemain matin, le propriétaire du chien se présente au refuge, mais il repart en refusant de payer la facture. Des frais s'étaient ajoutés à la facture du vétérinaire, car le chien n'avait pas sa médaille. D'ailleurs, l'histoire aurait été moins compliquée si le chien avait porté sa licence d'identification de la ville de Saguenay. Mais on peut aussi se demander ce qu'il serait devenu... Incapable de payer le vétérinaire, le client aurait peut-être opté pour l'euthanasie.

« Si j'avais euthanasié l'animal, je me serais fait traiter de colon sur FB. Si je n'avais pas soigné ses blessures, il risquait d'en mourir et je me serais aussi fait traiter de colon. J'ai fait soigner l'animal et le propriétaire était quand même fâché contre moi », réfléchit Marc Villeneuve, en poste depuis 22 ans et propriétaire du refuge depuis onze ans.

Arrangement

Quelques heures plus tard, le propriétaire du chien revient en expliquant ses problèmes financiers. Marc lui offre un arrangement de 200 $. C'est ainsi que s'est conclue cette histoire, avec une perte de plus de 335 $ pour le refuge, sans compter le temps et les frais de déplacement.

« La prochaine fois que j'accueillerai un animal gravement blessé, je vais quand même prioriser l'animal souffrant en demandant à mon vétérinaire de lui injecter un antidouleur, le temps de retrouver les propriétaires », réfléchit Marc Villeneuve. C'est la responsabilité du propriétaire de l'animal d'identifier et de veiller à retrouver son animal dès sa disparition.

Droit d'euthanasier

En conclusion, au Québec, un refuge a le droit d'euthanasier un animal domestique trouvé errant si l'animal n'a aucune identification et qu'il est souffrant. Par contre, si le refuge prend en charge les soins de l'animal, le propriétaire a le droit de refuser de payer la facture lorsqu'il récupérera son animal.

« On dirait qu'on ne peut plus aider personne sans risquer d'être dans l'embarras », conclut Marc Villeneuve.




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