Notre-Dame-de-Fatima  : un post mortem

Par son architecture en forme de tipi, Notre-Dame-de-Fatima... (Photo courtoisie)

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Par son architecture en forme de tipi, Notre-Dame-de-Fatima se voulait bien ancrée dans le pays.

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Le Quotidien

Un chapitre, le dernier, s'est refermé dans le dossier de l'église Notre-Dame-de-Fatima. Le 30 janvier s'amorçait la démolition. C'est avec respect que l'on retira la grande croix d'aluminium qui ornait sa flèche. Nommé en l'honneur de Notre-Dame de Fátima, la disparition du grand temple blanc survient près de cent ans après la première apparition de la Vierge dans le petit village du Portugal.

Une tension dans le paysage

Fermée au culte en 2004, l'église s'était détériorée et l'aménagement paysager qui faisait partie intégrante de son architecture avait disparu lorsque des maisons furent construites à proximité. Comme tout monument du passé que l'on essaie de conserver hors de son environnement naturel, sa présence était en tension avec le milieu ambiant, milieu physique et surtout, milieu social, considérant la tiédeur religieuse actuelle.

On ne reviendra pas sur le débat entourant l'opportunité de préserver nos plus belles églises. Généralement, on se fait une raison en disant que ce qui importe, ce ne sont pas les bâtiments, ce sont les communautés, car les croyants constituent les pierres vivantes de l'Église. Cela dit, les témoins matériels portent en eux-mêmes une signification et certains peuvent être très dérangeants, comme ce simple crucifix que l'on avait décroché d'un mur de l'Hôpital Saint-Sacrement à Québec...

Construite dans un temps de renouveau

Par son architecture en forme de tipi, Notre-Dame-de-Fatima se voulait bien ancrée dans le pays. L'église avait été construite à l'aube de la Révolution tranquille, alors que s'amorçait le Concile Vatican II. Elle était le reflet de l'effervescence qui accompagna le renouveau de l'institution catholique à cette époque et l'engouement qu'il avait suscité. Et c'est bien cela que l'on s'est résigné à effacer du paysage de Jonquière et plus largement, de la région. On l'a démolie comme ses objets du passé que l'on préfère oublier.

De nos jours, de nombreuses pistes de spiritualité sont offertes hors institution. Pour reprendre le titre du documentaire de Guillaume Tremblay, s'agit-il d'un heureux naufrage qui nous fera découvrir de nouveaux rivages  ? Si la soif de spiritualité est encore bien présente chez nos contemporains, les occasions d'une démarche soutenue le sont beaucoup moins, et l'absence de toute transcendance dans le quotidien de nos sociétés constitue un véritable éteignoir à cette recherche.

Dans ce contexte, l'Église souhaite retrouver l'inspiration évangélique qui animait les premières communautés chrétiennes, dans une perspective résolument missionnaire. On s'interroge alors sur ce que l'on doit garder ou laisser aller, et cela ne se limite pas aux bâtiments. On a parfois l'impression que tout est sur la table. Hier, l'Église proposait au monde un idéal ; or plusieurs estiment qu'aujourd'hui, c'est le monde qui propose un idéal à l'institution. On pourrait être tenté d'y voir une interpellation et même un signe des temps du type qu'évoquait le pape Jean XXIII au début des années 60. Mais le passage des années nous amène à faire une lecture plus nuancée.

Il faut voir que de profonds changements de mentalité se sont opérés en Occident qui heurtent maintenant les fondements même de la spiritualité chrétienne, comme en témoigne le dossier de l'aide médicale à mourir. En effet, c'est toute une conception de l'être humain et de Dieu qui a changé depuis la construction de l'église Notre-Dame-de-Fatima, sans oublier la notion même de salut qui est au coeur de la pensée chrétienne. C'est d'ailleurs pourquoi cette église d'allure avant-gardiste détonnait maintenant dans le paysage, et ces raisons dépassaient largement les reproches communément adressés à l'institution religieuse. Ces dernières années, Notre-Dame-de-Fatima en était venue à exprimer à nos contemporains qu'il existe une autre manière de concevoir le monde.

Pierre Cardinal

Professeur à l'Institut de formation théologique et pastorale




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