Devoir annulés: l'école Sainte-Lucie s'est ajoutée

Depuis le début de la présente année scolaire, l'école Sainte-Lucie, à Arvida,... (Archives La Presse)

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Depuis le début de la présente année scolaire, l'école Sainte-Lucie, à Arvida, ne donne plus de devoirs à ses élèves. Il s'agit du deuxième établissement d'enseignement primaire de la Commission scolaire De La Jonquière à adhérer à cette philosophie qui semble compter de plus en plus d'adeptes au sein de la profession enseignante.

Porte-parole de la commission scolaire, Marie-Ève Desrosiers explique que l'adoption d'une politique sans devoirs demeure un choix d'établissement. La CS n'a pas l'intention d'imposer cette façon de faire à l'ensemble de ses écoles primaires. Cela dit, si certaines d'entre elles caressent un projet, les services éducatifs leur offriront le soutien nécessaire pour y arriver. 

«Pour lancer un projet comme ça dans toute l'école, il faut que les gens y croient et qu'il y ait consensus. Il y a quatre ans, à Saint-Ambroise, l'équipe avait commencé à faire des recherches et des discussions ont eu lieu avec des gens de l'UQAC. Il y avait une volonté de la part de la direction et des enseignants de rendre la relation maison-école plus agréable», met-elle en contexte.

Dès la première année d'implantation, les résultats ont été probants. Si bien que le conseil d'établissement a décidé de poursuivre dans la même veine l'année suivante. Selon Marie-Ève Desrosiers, l'absence de devoirs n'a pas eu d'impact négatif sur les résultats scolaires des élèves. Au contraire, signale-t-elle, une amélioration des aptitudes en lecture a été observée. 

Un cadeau

Nancy Lalancette est présidente du conseil d'établissement du Collège Saint-Ambroise. Mais avant tout, elle est la maman d'un garçon de neuf ans qui est en quatrième année du primaire. De l'avis de la mère de famille, l'adoption d'une politique sans devoirs avec leçons réduites est un véritable cadeau pour les enfants et pour les parents. 

«En tant que parent, je ne voudrais pas que ça cesse. Je n'y vois que du positif. Je n'ai pas à m'obstiner avec mon enfant le soir pour faire les devoirs. À la place, je passe du temps de qualité avec mon fils. Je trouve que la fait de ne pas avoir de devoirs améliore la qualité de vie des familles», signale-t-elle. 

Nancy Lalancette convient qu'au moment de l'implantation du projet pilote, elle a eu quelques craintes, au même titre que d'autres parents d'élèves. À l'époque, elle ne siégeait pas au conseil d'établissement. Ses inquiétudes ont cependant été vite apaisées et aujourd'hui, la maman salue tout le travail déployé par le personnel enseignant et par la direction.

«Les profs ont vraiment changé leurs méthodes d'enseignement et leur implication est très importante. Avant, les vendredis après-midi étaient plus ''relax''. Maintenant, cette période est optimisée. S'il y a de la difficulté chez certains élèves ou des inquiétudes de la part des parents, il y a une prise en charge par l'école», précise-t-elle. 

Quant à l'argument voulant que l'absence de devoirs nuise au développement de bonnes habitudes de travail, la présidente du conseil d'établissement ne partage pas cet avis.

«Nous avons des élèves qui sont maintenant au secondaire et ça va très bien. L'école s'assure que les jeunes de sixième année sont suivis et soutenus», poursuit la présidente, qui assiste à un engouement pour l'abandon des devoirs au profit de la lecture.

Deux écoles de pensée

Deux écoles de pensée subsistent en ce qui a trait aux devoirs pour les enfants d'âge primaire. 

Professeure en apprentissage de la lecture et de l'écriture et directrice du département des sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Pascale Thériault souligne d'emblée que cet enjeu ne fait pas consensus et ne le fera probablement jamais. Si des recherches ont démontré l'efficacité des politiques « sans devoirs », certains spécialistes en éducation et plusieurs parents demeurent convaincus que les travaux à la maison ont leur raison d'être et devraient demeurer. 

« C'est un dossier qui est cyclique et qui revient souvent. Les gens qui sont en faveur des devoirs le sont pour trois principales raisons : la poursuite des apprentissages faits en classe, le développement de bonnes habitudes de travail et l'implication des parents dans le cheminement scolaire de l'enfant », note Pascale Thériault. 

À l'inverse, pointe la professeure, des études démontrent que les devoirs causent souvent des conflits à la maison et provoquent des tensions entre parents et enfants. Dans le contexte où la plupart des familles comptent deux parents actifs sur le marché du travail, la période consacrée aux travaux scolaires peut être source de grand stress. De plus, les enfants pratiquent souvent un sport ou une activité culturelle les soirs de semaine, ce qui limite le temps disponible pour les devoirs et les leçons. 

« Certains parents vivent aussi des frustrations parce qu'ils éprouvent des difficultés d'accompagnement avec leur enfant et se sentent parfois inaptes. Et si on donne plus de devoirs aux élèves en difficultés, le niveau de stress peut augmenter encore plus », fait valoir Pascale Thériault. 

La professeure estime que la substitution des devoirs par une période de lecture quotidienne, impliquant le parent, est une bonne chose.

« L'engagement parental est important et le temps de lecture est un moment privilégié avec l'enfant. La lecture est très importante et est la porte d'entrée vers tous les autres domaines. Plus on lit, plus on devient bon », signale la directrice du département des sciences de l'éducation.

Une large couverture en 2014

En 2014, tous les yeux étaient tournés vers le Collège Saint-Ambroise. L'adoption d'une politique sans devoir dans une école primaire a suscité l'attention de journalistes en provenance des quatre coins du pays.

La responsable des communications à la Commission scolaire De La Jonquière, Marie-Ève Desrosiers, se souvient d'une période extrêmement effervescente en termes médiatiques. Des journalistes de partout au Québec, du Canada anglais et de la France ont demandé des entrevues. La porte-parole s'est retrouvée sur toutes les tribunes pour parler du projet ambroisien.

«Ç'a été sans contredit ma plus grosse activité de presse. La directrice de l'école a eu beaucoup de téléphones aussi. Tout le monde voulait en savoir plus», se souvient Marie-Ève Desrosiers. 

Pour devenir une école sans devoirs, il n'est pas nécessaire d'obtenir d'autorisation officielle de la part du gouvernement. Aucune reddition de comptes n'est exigée, non plus, de la part du ministère de l'Éducation.

Ailleurs

À la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, les trois écoles primaires du Bas-Saguenay ont adopté des politiques sans devoirs. L'école anglophone Riverside, chapeautée par la Commission scolaire Central Quebec, a aussi emboîté le pas cette année avec un projet pilote. Au Lac-Saint-Jean, aucune école n'a encore pris ce virage.

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