Le « dernier gay » fait fausse route

CHRONIQUE / Imaginez-vous traverser votre quotidien, jour après jour, mois... (123RF/Lynn Watson)

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Myriam Bouchard
Le Quotidien

CHRONIQUE / Imaginez-vous traverser votre quotidien, jour après jour, mois après mois, année après année sans jamais, au grand jamais, faire allusion à votre orientation sexuelle. Prendre garde de ne jamais laisser d'indice, de ne jamais laisser transparaître quoi que ce soit, de dépasser tout stéréotype, d'être en mode vigilance constamment, voilà de quoi mobiliser la totalité de vos énergies sans pouvoir être autre chose.

Cet emploi du temps, c'est celui de bien des jeunes étant d'orientation homosexuelle. C'est cette période qui précède le coming-out et de l'acceptation intégrale. Ce moment où l'individu est seul avec son secret, qu'il vit à l'insu de ses parents, de sa famille, de ses amis. 

Cette réalité, c'est M. Bill Ryan, professeur en travail social et en andragogie de l'université McGill, qui me l'a expliquée au colloque organisé par Saguenéens et Jeannois pour les droits de la personne, en lien avec la solidarité envers les homosexuels. Je me dois de vous transmettre ce que vivent ces jeunes, cet enfant, le mien ou peut-être le vôtre, voulant sortir du placard, pour ne pas dire de la prison l'enfermant avec ses préférences. Voici son cheminement. 

Il s'interroge d'abord sur ses sentiments, sur ce qu'il ressent. « Serais-je l'un de ceux-là, aimant les personnes du même sexe, gay ou lesbienne ? » Il cherche, réfléchit, teste les autres par rapport à ce qu'ils sont, leur position face aux orientations sexuelles différentes ; il collecte des informations sur le sujet et les analyse ensuite.

Le jeune se reconnaît ensuite. Je pense que je le suis ! Il le sait, mais adhère encore aux conventions sociales. Il se conforme, n'est supposément pas en couple parce qu'il étudie trop, travaille trop, n'a pas trouvé la bonne personne. Il n'est pas encore apte à confronter le moule social de l'hétérosexisme et s'isole parfois, plutôt que d'exposer la différence qui l'habite. 

Il en vient à étudier ses sentiments. « Il est probable que je le sois alors, pourquoi ne pas explorer la possibilité ? » Expériences sociales, environnementales, sexuelles ou autres deviennent alors nécessaires. Il s'annonce alors à une population pouvant le comprendre. Un déménagement en grande ville, ça vous dit quelque chose ?

Celui-ci se reconnaît et s'affranchit. « J'ai le droit d'être qui je suis, comme je suis, tel que je suis. Je m'accepte. » Pour lui, remettre enfin la responsabilité dudit « problème » à ceux n'étant pas aptes à accepter autrui devient un soulagement. Une libération.

Exit camouflage, cachette, agissements en catimini ou clandestinité, il s'émancipe telle une fleur en éclosion. Il est à nouveau fier. Il s'associe à sa communauté, à ce qui le représente, ce qui lui convient.

Finalement, voilà l'émancipation de son « affectif », mais encore plus de son identité. Il se voit au-delà que « juste » une orientation sexuelle. Plus que ça, comme bien d'autres, il est une personne à part entière et totalement lui-même.

Pourquoi vous expliquer tout cela  ? Parce que ça me dérange lorsque j'entends des hommes, homosexuels, à l'aube de la cinquantaine, prôner sur une tribune majoritairement montréalaise, qu'il est facile en 2017 d'être homosexuel. Tout faux, ai-je envie de m'écrier au « dernier gay » de ce monde. 

Se reconnaître, s'accepter et s'afficher avec une telle différence est malheureusement encore un chemin de croix pour plus d'un et plus d'une. Dénigrer, bafouer, refuser cette réalité isole davantage nos jeunes à la fois cognitivement, émotivement et socialement. Des vedettes s'affirmant, oui j'en veux, pour dresser la table à ceux qui vivent l'une de ces six étapes. Pas pour les banaliser.




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