Facebook m'a coupé les doigts

CHRONIQUE / Cette fois où l'on m'a coupé les doigts. Oui, oui, vous avez bien... (Photo 123RF)

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Myriam Bouchard
Le Quotidien

CHRONIQUE / Cette fois où l'on m'a coupé les doigts. Oui, oui, vous avez bien lu, je parle de cette fois où l'on a censuré ma page professionnelle de cette communauté que l'on connaît sous le nom de Facebook. Faute de pouvoir me couper le sifflet ou tout simplement de me faire taire, c'est suite à un partage sur ma fameuse page que quelqu'un s'est plaint de mes propos à la radio qui, selon lui, transgressaient les limites de l'acceptable. Selon ses normes... Conséquences ultimes: tout mon contenu à caractère sexologique non disponible pour une période indéterminée, possiblement à jamais. Mon crime: avoir possiblement offert une matière contraire aux standards d'une communauté visant la sécurité d'autrui, son respect, ses informations personnelles ou encore sa propriété intellectuelle.

Bien sûr que mes déclarations sont rarement banales. Je suis sexologue et éducatrice de surcroît! De ce fait, la température de l'eau du Saguenay, le prix de l'aluminium ou encore les éoliennes du Parc des Laurentides ne me concernent que peu. Il en va par contre autrement de ces sujets qui touchent les moeurs de chacun; fellation, bisexualité, pornographie, réponse sexuelle, amour oral, etc. On me dit souvent que j'exagère, que je vais loin, on me qualifie parfois d'obsédée, de féministe frustrée ou encore, à court d'arguments, on s'en prend à mon physique. Bof, ça va. Sauf que cette fois, de parler la culture du viol, semble-t-il que c'en était trop. Chut Myriam!

J'ai pris parti. Je me suis mouillée, puisque c'est mon métier, et en plus, mes convictions. J'ai osé affirmer haut et fort que la culture du viol, moi, je la constate. Tous les jours, elle est là et personne ne pourra me faire dire autrement. Oui, plusieurs membres actifs, ou moins, de la société tolèrent, minimisent, banalisent, rejettent, ridiculisent ou encore nient tout bonnement la notion de consentement, l'égalité au sein des relations sexuelles et les agressions sexuelles possiblement vécues. Au point même que plusieurs victimes refusent toute dénonciation officielle ou encore tout recours aux services judiciaires auxquels elles ont droit (mais ne croient visiblement plus), sachant qu'une guerre entre David et Goliath ne les mènerait à rien. Mais chut Myriam!

Oui, c'est à la radio que j'ai mentionné qu'il n'est «toujours ben pas normal» que les agresseurs soient davantage victimes que les victimes elles-mêmes; que le consentement ne se résumait pas uniquement à une pancarte 20x16 avec un NON fluorescent, que les femmes molestées sexuellement ne le sont pas à cause de leur profil supposément de menteuses, d'écourtichées, de malades mentales, d'escortes, d'agaces ou de téméraires dormant les portes débarrées. Mais là encore... chut Myriam!

Culture du viol: une expression à la mode

Qu'une expression dite moderne soit établie pour dénoncer un phénomène bien réel et, soit dit en passant, aucunement nouveau, me passe cent pieds par-dessus la tête. Bien avant cette histoire d'appellation, ce qui me trouble profondément, c'est bien l'ampleur de la situation. Grandissant ou non, le nombre de femmes, d'enfants et aussi d'hommes vivant toute agression sexuelle est troublant et nécessite, à priori, une prise de conscience collective sur le regard que l'on y pose comme société et sur la façon dont on traite la problématique.

Des jupes trop courtes, des verres de trop, des femmes pas claires, «no-oui» ... en voilà des arguments me prouvant qu'en 2016, je ne peux me taire. Peut bien me couper les doigts qui le veut, il me restera toujours un média pour exercer mon métier, soit celui d'éduquer sexuellement une population donnée en mal d'informations. Mon retour via les réseaux sociaux n'est que partie remise.

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