Amour et violence conjugale

La violence conjugale est indéniablement inacceptable.... (123rf)

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La violence conjugale est indéniablement inacceptable.

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Myriam Bouchard
Le Quotidien

C'est de l'amour qui fait mal. Cet homme qui aime, frappe. Cette femme, qui aime aussi, se fait frapper. Est-ce le même amour que ressentent les amoureux que l'on voit dans ces comédies romantiques? Possiblement que non. Alors, comment comprendre cet amour dans un pareil contexte? Parlons de violence conjugale, ou plutôt de l'amour qui fait mal.

Une relation de couple ne commence jamais avec des coups. Elle débute d'abord avec ce qu'il y a de plus beau, de plus merveilleux, de plus doux: l'amour de l'autre. Papillons dans l'estomac, projets futurs, sexualité passionnée, tout est au rendez-vous pour se permettre d'être vulnérable, d'être réellement soi, dans ses forces et ses faiblesses. Voici ce qu'est supposé être l'amour, n'est-ce pas?

Voilà que le train-train quotidien s'installe: la routine et les obligations avec son lot de tensions. Cet homme qui aime mal éprouve des difficultés à gérer les aléas de la vie développant possiblement une sorte d'impuissance terriblement inconfortable. Ne sachant trop quoi en faire, la gérant mal, ayant souvent comme seul recours la colère, il se tournera vers un tiers, dans ce cas-ci sa chérie, afin d'amoindrir son malaise. Ainsi, défoulement, paroles blessantes, insultes, accusations fausses et gratuites, menaces, regards malveillants, bouderies, silences inopportuns et j'en passe se verront transmis. Quand il aime, il blesse avec des mots et des attitudes pour se soulager.

Ne sachant que faire, madame encaissera dignement sous prétexte de ne pas attiser le feu. Elle marchera sur des oeufs, pour ne pas en ajouter. Fera de son mieux pour améliorer leur situation pour lui, pour les enfants, pour elle. Se responsabilisera de tout pour éviter le pire, acceptera cette tension insupportable qui n'est pas la sienne. Elle l'aime...

Pourtant, bien qu'elle fasse de son mieux, cette tension risque de devenir assez vive pour provoquer l'explosion. Cette crise qui mènera à l'escalade de la violence sous toutes formes: verbale, psychologique, physique, sexuelle et/ou financière. De plus en plus souvent, intensément, violemment. Quand il aime, il bat...

Trop tard. Impossible de revenir en arrière, c'est fait. Une fois son niveau de tension abaissée, vient alors la justification. Pourquoi ai-je fait ça, à toi, que j'aime tant, il y officiellement une bonne explication, dit-il. Excuses, arguments, défaites, tout est possible pour atténuer son geste, du moins selon lui. Aussi compréhensive que possible, sa victime cherchera à comprendre, à l'aider à devenir meilleur, remettra en questions ses propres doutes, peurs, envie de partir. Elle tentera de minimiser cet évènement qui, à ses yeux, est peut-être un peu de sa faute. Elle l'aime...

Pour l'aider à avaler sa pilule, la lune de miel se verra opportune. Période ou le couple se retrouve pour repartir à zéro, là où tous les espoirs sont possibles. Pardons, cadeaux, promesses, possibilité de thérapie, tout est mis en place pour ne plus jamais revivre cette situation, jusqu'à la prochaine fois. Ils s'aiment...

Cette histoire, c'est celle de bien des femmes qui aiment. Des belles, instruites, pauvres, démunies, indépendantes, fragiles, fortes, etc. Ce cycle de violence conjugale comporte une seule justice, celle de ne pas faire de discrimination faisant en sorte qu'il puisse s'installer sournoisement dans la vie de même celle à qui l'on ne penserait jamais que ça puisse arriver.

Parce que le cycle de cette violence conjugale, qui emprunte les traits de la prison par l'isolement, la perte de contrôle et l'absence de liberté qu'elle entraîne chez ces victimes, est indéniablement inacceptable, la dénonciation reste la meilleure issue. Pour se faire, l'intervention des proches se voit souvent nécessaire.

Soyez attentifs, ça pourrait être votre soeur, amie, cousine ou même votre fille qui se fait violenter. Ça pourrait aussi être votre frère, copain, collègue qui donne les coups. Les deux ont besoin d'aide et ça presse. L'amour ne devrait JAMAIS faire mal.

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