Engagé par la firme qui l'a traqué

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C'est avec ce simple petit ordinateur portable que Jean-Daniel L'Heureux est devenu un expert dans le domaine informatique.

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Mélissa Viau
Le Quotidien

Devenu expert dans le piratage informatique, Jean-Daniel L'Heureux vient de se sortir, avec une entente hors cour, d'une poursuite de plusieurs milliers de dollars engendrée par Bell et Vidéotron. Le jeune homme de Chicoutimi avait lancé, en juillet 2015, un site Web offrant plusieurs postes de télévision en diffusion continue (streaming).

Pour quelques dollars par mois, les abonnés de La Griffe Sportive avaient accès à plusieurs chaînes de télévision, dont TVA, RDS, Canal D, etc. Bien que le trois quart de ses profits étaient mangés par les serveurs, logés en dehors de chez lui, le jeune concepteur pouvait quand même compter sur ce travail pour payer ses comptes. Son but n'a jamais été de faire de l'argent, mais d'explorer cet univers inconnu aux yeux de la plupart des gens. «J'ai plein de robots publicitaires qui travaillent pour moi et qui me permettent de faire la promotion de mes plateformes», poursuit Jean-Daniel. À peine quelques semaines auront suffi pour atteindre 20 000 abonnés sur son site La Griffe Sportive. Assoiffé par les défis, Jean-Daniel avait trouvé une façon de s'infiltrer dans le fabuleux monde du Web, oubliant qu'un jour il risquait d'en payer le prix.

Puis, par une belle journée de janvier 2016, une quinzaine de personnes composées d'huissiers, d'avocats et d'enquêteurs débarquaient à la maison familiale afin de saisir tout le matériel ayant servi à entretenir le site La Griffe Sportive. «J'imagine qu'ils s'attendaient à trouver une salle de serveurs, mais je fais tout à partir de mon petit portable», précise Jean-Daniel. Évidemment, en quelques clics, le créateur du site Web illégal aurait pu tout faire disparaître. «Au lieu de ça, j'ai décidé de leur partager mon savoir», ajoute sagement le créateur de La Griffe Sportive.

C'est la firme Sirco qui a été engagée par Bell et Vidéotron pour mener l'enquête. «On m'a retracé grâce à un compte PayPal», relate Jean-Daniel. Le tout s'est réglé hors cour et le jeune homme a signé un contrat d'engagements pour trois ans. Outre le fait de se montrer toujours disponible, il doit aussi travailler quelques heures par semaine pour le groupe Sirco.

Cette histoire, bien que stressante, lui permet maintenant de rêver de devenir enquêteur et d'éventuellement démanteler les pirates Web. «Je suis en train de terminer mes études secondaires. Ensuite, j'aimerais aller au cégep pour devenir programmeur analyste», projette Jean-Daniel.

Socialqc.com

Avec son nouveau projet, socialqc.com, Jean-Daniel L'Heureux respecte l'entente qu'il a signée pour trois ans dans laquelle il promet de ne plus être actif illégalement sur le Web. «J'ai monté un réseau social légal qui réunit plusieurs volets sur une même plateforme», explique le créateur. S'inspirant de Facebook, en moins d'un mois, il a réussi à monter un moyen de communication encore plus facilitant. À la fois réparateur de console à domicile et créateur de sites Web, l'entrepreneur en lui ne dit jamais non quand on lui lance un défi en lien avec sa passion. Tous ses projets, il les mène seul et ne compte pas les heures qu'il passe les yeux rivés sur son écran d'ordinateur. «J'ai tout appris par moi-même, dans les livres et sur YouTube», conclut humblement le pirate informatique qui souhaite maintenant rendre ses connaissances plus constructives.

Une vie parsemée d'embûches

«Grâce aux pages ado du journal Le Progrès-Dimanche, j'ai plus d'une fois fait la rencontre de Jean-Daniel alors qu'il cheminait à l'école secondaire Charles-Gravel. Ayant grandi dans une famille dysfonctionnelle, ses études secondaires ont été parsemées d'embûches.

Dès le secondaire, Jean-Daniel avait trouvé une façon de s'évader en se réfugiant dans le monde des ordinateurs et des moteurs. «Au secondaire, comme je n'étais pas au régulier, mon enseignante, Nathalie Tremblay, m'avait permis de lancer une petite entreprise de mini-mécanique où l'on réparait différents moteurs», explique le jeune homme maintenant âgé de 22 ans. Pour lui, sa façon de décrocher d'une réalité, souvent assombrie par ses relations familiales, n'a jamais été de tomber dans la drogue, mais bien d'alimenter sa passion pour faire fonctionner et réparer des moteurs, y compris des ordinateurs.

Incapable de suivre le rythme scolaire, il décide un jour de lâcher l'école pour se consacrer à sa passion. Il s'est lancé dans le piratage, d'abord en créant des serveurs privés pour l'univers des jeux vidéo.

Depuis 13 ans, je me sens toujours privilégiée de croiser des jeunes comme Jean-Daniel qui foncent malgré les embûches et qui ne s'écrasent pas à la première épreuve. Je ne me lasserai jamais de rencontrer des humains qui n'ont pas un parcours traditionnel et qui réussissent à se démarquer la tête haute, et ce malgré des chemins parfois plus sombres.»

-Mélissa

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