Passionnée par la cueillette des bleuets

Fidèle au poste depuis 80 ans

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Louis Potvin
Le Quotidien

(Saint-Eugène) Quand vous croquez dans un chocolat aux bleuets des Pères trappistes, dites-vous qu'il y a peut-être des bleuets cueillis à la main par Jeanne d'Arc Tremblay, une jeune cueilleuse de 86 ans.

Depuis plusieurs années, la charmante dame ramasse des paniers de 15 livres de bleuets qu'elle vend aux Trappistes. L'an dernier, elle a livré 60 paniers sur une période d'un mois. « Ç'a été une bonne année. Il y avait énormément de bleuets et ils étaient faciles à ramasser », mentionne-t-elle.

Comme les pères choisissent leurs cueilleurs, ils payent bien afin d'obtenir de la qualité.

« Je ramasse parce que j'aime ça et que c'est une passion, mais aussi parce que je suis bonne de l'argent », avoue la pimpante dame qui ramasse des bleuets depuis l'âge de 6 ans. L'argent qu'elle se fait permet de se payer de petites gâteries. Elle s'en garde, car elle adore les petits fruits. Madame Tremblay en mange à longueur d'année en congelant une bonne partie de sa récolte. Aussi, elle cuisine des tartes dont ses enfants et petits-enfants raffolent.

Cette année, sa livraison sera moins importante. « C'est moins payant. Je cueille à la bleuetière touristique et ça me coûte 1,50 $ la livre. Ensuite, je dois faire plusieurs kilomètres pour me rendre au monastère, ça me tente moins. Quand j'ai besoin d'eau de source, je vais cueillir en haut du monastère, c'est plus d'adon. Je vais me décider dans les prochains jours, si le prix est meilleur », lance-t-elle.

Elle est bien fière d'avoir été nommée la reine de la bleuetière alors qu'en 2006 elle avait ramassé de 7 h à 14 h, sept paniers de quinze livres de bleuets. Une performance à faire « bleuir » des cueilleurs « expérimenté ».

Son secret, faire tourner la grappe de bleuet dans sa main afin de faire tomber les fruits murs et laisser les autres en place. Elle ramasse debout en se pliant. Pas question de mettre les genoux par terre. « Cette année, c'est un peu plus dur, car les belles grappes sont en dessous des plants à cause du temps sec. Je dois me pencher plus », signale la passionnée.  Elle cueille dans un récipient de cinq litres, ensuite elle tamise les bleuets pour faire tomber les blancs et les trop petits afin de mettre dans son gros panier que les fruits parfaits.

Belle folie

« Les gens disent que je suis folle de continuer à cueillir à mon âge. Mes enfants me disent d'arrêter, mais j'aime trop ça. Ça me garde jeune et mon médecin m'a dit que c'était bon pour moi pourvu que j'arrête avant qu'il fasse trop chaud dans la journée », confie la mère de la mairesse de Saint-Eugène, Françoise Boudreault. Madame Tremblay suit l'évolution des plants dès le printemps pour évaluer si la saison sera bonne.

Comme une passionnée n'est pas difficile à réveiller, elle espérait qu'il fasse beau le mercredi suivant notre rencontre. « En parlant avec vous, ça m'a donné l'énergie pour ramasser demain (mercredi le 8 août). » Elle n'a pas refusé l'invitation d'aller prendre des photos en bleuetière.

Cueillette en famille

Mère de 16 enfants, la cueillette de bleuet était essentielle au mois d'août pour la famille. « Nous allions sur les crans à un peu plus d'un kilomètre de Saint-Eugène pour récolter. Il y a de mes enfants qui aimaient ça d'autres moins. On n'avait pas le choix, mon mari travaillait en forêt et il fallait un peu plus d'argent pour payer le surplus. Dans ce temps-là, on n'avait pas beaucoup, mais ça valait la peine pareil. On avait environ une piastre pour une boîte de 22 livres. Dans les années 50, on partait en charrette avec nos boîtes de bois et on revenait le soir pour vendre ça aux acheteurs », relate la dame.

Il a ben fallu qu'elle prenne une pause pendant qu'elle a eu ses enfants. « Je ne pouvais pas y aller chaque année, mais depuis qu'ils sont élevés ça fait 40 ans en ligne que je ramasse des bleuets à la main pour vendre à des clients ou aux Pères trappistes », indique-t-elle.

Le matin de bonne heure, elle prend sa voiture et se rend à la bleuetière pour ramasser un panier ou deux. « Je ne m'arrête pas sinon je ne suis pas capable de recommencer. »

Elle se désole que peu de jeunes s'intéressent à la cueillette de bleuets. « C'est seulement les vieux qui ramassent à la main. Ils vont avoir de la misère à en trouver dans le futur, je pense bien, avec toute cette mécanisation pour récolter le bleuet. C'est un peu dommage », philosophe-t-elle.

Elle aime tellement les bleuets qu'elle espère en cueillir jusqu'à sa mort. « S'il peut en avoir l'autre bord, je vais en ramasser pour le Bon Dieu, je suis certaine qu'il aime ça », lance-t-elle en riant.

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