Changement de vie drastique chez les autochtones

Gabrielle Paul s'est mise dans la peau d'une... ((Photo Mélissa Viau))

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Gabrielle Paul s'est mise dans la peau d'une jeune autochtone qui a vu son mode de vie nomade changer brusquement pour devenir sédentaire.

(Photo Mélissa Viau)

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Mélissa Viau
Le Quotidien

(Chicoutimi) En 2013, Gabrielle Paul participait à un concours d'écriture. La jeune fille de Mashteuiatsh souhaitait comprendre pourquoi le mode de vie avait changé si radicalement chez les autochtones. Pour y arriver, elle se mit dans la peau d'une jeune fille ayant vécu à cette époque où la vie de nomade fit place à la sédentarité. La plume de Gabrielle, qui avait alors 14 ans, impressionna le jury qui en fit la seule francophone et la plus jeune des lauréats. Le texte intégral se retrouve à cette adresse : http://www.notre-histoire.ca/laureats/recits/4107:le-changement

« Comme il est normal pour certains de rouler pour voyager, pour nous, c'est de marcher, marcher pour se déplacer. Année après année, nous nous rendons aux mêmes endroits, en suivant l'animal. Cet automne-là, comme les précédents, je marchais vers le territoire de chasse avec ma mère, mon père et mon petit frère. Les bagages commençaient à se faire lourds et la faim s'emparait de plus en plus de nous. Il fallait s'offrir une petite pause pour se nourrir. Par-ci, par-là, nous pouvions cueillir les petits fruits qui avaient survécu aux cueillettes. Je reconnus cet endroit, ce lac ; je savais que nous étions bientôt arrivés à destination. Mais, cette fois, il y avait quelque chose d'anormal. Sans parler, mon père, par un simple geste, me fit remarquer le ravage. À partir de ce jour, notre forêt n'allait plus jamais être la même. Ils étaient à la clairière, installés pour y rester. Mes parents les avaient toujours un peu redoutés, toutefois, comme ils étaient très sages, ils décidèrent de revenir au lac afin de penser à ce qu'ils allaient faire. ''Il est maintenant impossible de chasser et il faut faire demi-tour à la recherche d'un nouvel endroit'', affirma mon père.

Chasser ailleurs me semblait illusoire. Tous nos ancêtres avaient toujours chassé là, à cet endroit. J'étais furieuse contre ces gens! Numushum (mon grand-père) me disait souvent que la Terre n'appartenait à personne et que nous la partagerions avec tous les êtres vivants. Ces sages paroles me calmèrent. Nous devions donc nous remettre à marcher. La nuit tombait et la fatigue s'emparait de moi. Je ne prêtais plus attention à l'endroit où j'étais, je ne pensais qu'à mon dos douloureux. Quand mes parents allaient-ils s'arrêter ? On aurait dit qu'ils ne savaient plus où aller, ils semblaient désorientés. Les minuscules jambes de mon petit frère ne pouvaient pas en supporter davantage. Sans d'autres choix, mes parents devaient s'arrêter. Mon père, qui avait retrouvé ses esprits, nous dit qu'il n'était pas prudent de continuer notre route. Nous étions tous au bout de nos forces.

Comme on me l'avait enseigné, j'aidais mes parents à installer la tente pour la nuit. Comment allions-nous survivre ? J'avais pitié de mes pauvres parents. Comme d'autres familles avaient commencé à le faire, peut-être vaudrait mieux rester au village et aller à l'école. J'avais peur ! Non! Ça, il ne fallait pas. Notre vie à nous était en territoire, c'est là que nous apprenions tout, c'était elle notre école, la meilleure ! À l'aube, mes parents étaient debout, prêts à reprendre la route. Après quelque temps de marche, des ilnuatsh que mes parents connaissaient bien, nous avaient aperçus au loin et nous offrirent de nous arrêter un moment. Mes parents leur racontèrent ce qui était arrivé à notre territoire. Pour le peu de temps qui restait à la chasse, ces bons amis nous invitèrent sur leur territoire. J'étais heureuse. Je respirais l'air pur de la forêt, j'écoutais la nature me parler et me dire tout ce qu'elle pouvait m'offrir. Je ne cessais de remercier notre mère la Terre, pour tout ce qu'elle nous apportait et lui promis que je ferais tout pour la protéger et la raviver.

Comme à chaque fin de saison de chasse et de trappe, il nous fallait revenir au village pour la saison chaude. Nos parents en profitaient pour échanger le fruit de leur travail contre des vivres qui nous permettraient de repartir avec le nécessaire à notre subsistance pour l'année suivante. Pendant ces quelques mois d'été, c'était la fête au village. C'était toujours un grand plaisir de se retrouver et de se raconter notre année. Ces moments ne duraient qu'un temps, car il fallait bien retourner à notre territoire de chasse. Cet automne-là, je suis restée au village, regardant partir mes parents et mon jeune frère. L'école était devenue une obligation. Quel déchirement ! C'est ainsi que, de plus en plus de parents, devenus incapables de se séparer si longtemps de leurs petits, restaient au village. À notre territoire ancestral, nous n'y allions qu'à l'occasion. Je ne savais plus qui j'étais ! Pourquoi mes parents ne m'avaient-ils pas amenée avec eux pour ne plus jamais revenir ? Tout simplement parce qu'ils n'avaient pas le choix. Ils voulaient le meilleur pour moi, pour nous et le meilleur c'était d'étudier. De plus en plus de jeunes autochtones sortirent de leur territoire et passèrent, tout comme moi, de petits nomades heureux qu'ils étaient à sédentaires, adoptant ainsi un mode de vie emprunté à une culture totalement extérieure à la leur. » Gabrielle Paul.

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