Marie-Ève Munger à la maison

La soprano Marie-Ève Munger... (Djubox image et création / www.marieevemunger.com)

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La soprano Marie-Ève Munger

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Daniel Coté
Le Quotidien

Les hasards de la vie et de la carrière ayant retenu Marie-Ève Munger en France dans les dernières années, le concert qu'elle donnera en compagnie de la pianiste Louise-Andrée Baril, le 13 avril, aura des airs de retrouvailles. La soprano colorature chantera à compter de 19 h 30, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, afin de lancer les activités marquant le 30e anniversaire de la chorale Jeunesse en choeur.

Rappelons que c'est sa mère, Gisèle Munger, qui a donné naissance à cette formation dans le but de fournir un cadre dans lequel sa fille pourrait faire fleurir son talent d'interprète. Heureuse de pouvoir compter une nouvelle fois sur sa collaboration, à la faveur de brèves vacances au Québec, elle invite les mélomanes à réserver en téléphonant au numéro 418-548-5550 ou en lui écrivant à l'adresse gismunger@hotmail.com. Le prix des places varie de 15 $ à 35 $.

« Ça fait un bout de temps que Marie-Ève n'a pas chanté dans la région. Sur quelques pièces, elle se joindra à des membres de la chorale, des adultes et des enfants », a précisé Gisèle Munger au cours d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche. S'agissant du programme, la première partie fera écho à la notion de plaisir, celui que le répertoire classique procure à l'artiste originaire de Jonquière.

« Ce concert va se développer autour de mes coups de coeur, des choses qui me donnent envie de faire ce métier. En revenant à la maison, j'avais le goût de partager ces bijoux », fait-elle remarquer. Au retour de la pause, le cadre sera plus serré. Ce sera l'occasion de présenter des extraits de quelques opéras auxquels Marie-Ève Munger a prêté son concours.

Celle qui a assumé le rôle titre dans Lakmé de Delibes, qui a campé Juliette dans le Roméo et Juliette de Gounod, ouvrira une fenêtre sur les oeuvres qui l'ont aidée à établir sa renommée en Europe et en Amérique du Nord. Sa Juliette, par exemple, lui a permis d'évoluer au sein de l'Opera Carolina, du Virginia Opera et du Toledo Opera. C'est par son entremise, aussi, qu'elle fera ses débuts à l'Opéra de Montréal en 2018, dans le contexte d'une nouvelle production.

« J'avais déjà participé à un gala, mais il s'agira de mon premier opéra pour cette compagnie et je trouve ça excitant. Puisque j'ai fait souvent Roméo et Juliette, je me sentirai à l'aise. Je pourrai jouer avec le personnage », anticipe Marie-Ève Munger. De son côté, Lakmé l'amènera dans l'une des grandes salles d'Europe, le Prinzregententheater de Munich (Théâtre du Prince-Régent), le 14 mai. Elle participera à la version concert de cet opéra à l'invitation de l'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise.

Avec l'Opéra Comique

Marie-Ève Munger fait désormais partie des 12 interprètes... (Courtoisie) - image 3.0

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Marie-Ève Munger fait désormais partie des 12 interprètes ayant le statut de chanteurs associés pour l'Opéra Comique.

Courtoisie

Marie-Ève Munger fait partie de la Nouvelle Troupe Favart, créée récemment par le Théâtre National de l'Opéra Comique. Cette formation regroupe 12 interprètes ayant le statut de chanteurs associés, ce qui leur confère le privilège d'assumer les rôles principaux dans les productions montées par cette maison enracinée à Paris depuis 1714.

La soprano colorature est l'une des deux Québécoises à qui cet honneur a été accordé, l'autre l'étant Hélène Guilmette. Elle avait déjà travaillé au sein de l'institution fondée sous le règne de Louis XIV, comme en témoignent les représentations de l'opéra Le Pré aux Clercs, de Hérold, données au printemps 2015. Ce qui est différent, c'est l'esprit dans lequel évoluent aujourd'hui les artistes.

Profitant des travaux réalisés sur le bâtiment pour revoir ses façons de faire, l'Opéra Comique a souhaité constituer un groupe stable, l'équivalent d'une troupe, afin de se donner une identité collant davantage aux besoins de l'époque. On la veut «joyeuse, impertinente, iconoclaste peut-être», ainsi que le mentionne un communiqué émis par la célèbre maison.

«Cette nomination à l'Opéra Comique, c'est la chose la plus importante qui me soit arrivée. Ils viennent de rénover la salle et ont formé cette troupe qui sera spécialisée dans le répertoire français. L'histoire de ce théâtre est tellement riche», a commenté la Jonquiéroise au cours d'une entrevue téléphonique accordée au journal.

En ajoutant les chanteurs résidents, à qui seront accordés des seconds rôles et du travail en tant que doublures, une trentaine d'interprètes ont joint les rangs de la troupe. Cette aventure est toute jeune, mais déjà, le fait de côtoyer des camarades talentueux, tournés vers un même but, constitue une récompense aux yeux de Marie-Ève Munger. «C'est excitant de faire partie de cette équipe qui est si passionnée», confie-t-elle.

Parmi les premiers mandats découlant de cette initiative, on note sa participation à l'opéra Fantasio, d'Offenbach. Les représentations tenues en février ont ouvert une fenêtre sur l'intention qui se cache derrière la mise en place de La Nouvelle Troupe Favart. «Il s'agit d'une oeuvre presque oubliée, un opéra comique dans lequel on se trouve davantage dans la poésie que dans le fla-fla», énonce Marie-Ève Munger.

Une fée dans Pinocchio, l'été prochain

Créer un opéra constitue un rare privilège, d'où l'enthousiasme qu'affiche Marie-Ève Munger à l'idée de chanter dans Pinocchio. Cette oeuvre de Philippe Boesmans sera étrennée en juillet, dans le cadre du Festival d'Aix-en-Provence. La Jonquiéroise assumera le rôle de la fée, tandis qu'une autre fille de la région, la soprano Julie Boulianne, incarnera un mauvais garçon.

«Toutes les deux, nous avons étudié le chant au Collège d'Alma, mais nous n'avons pas fréquenté cette institution pendant les mêmes années. Jusqu'à maintenant, nous n'avons travaillé qu'une fois ensemble, soit dans une production de L'Enfant et les sortilèges qui avait été présentée à Québec», fait remarquer la soprano colorature.

Elle raconte que ce Pinocchio est basé sur une pièce de théâtre qui a connu du succès en France. La transition vers l'art lyrique s'annonce prometteuse, tout en sollicitant la capacité d'adaptation des interprètes. «Je n'ai pas encore toute la partition, puisque l'écriture n'est pas terminée. Les répétitions débuteront en mai et ce sera un grand bonheur. Par rapport à la pièce, on a ajouté des personnages et de la texture», décrit Marie-Ève Munger.

À propos de son rôle, écrit pour une colorature, il l'amène à chanter très haut, ce qui comporte un élément de défi qui lui plaît. «Ça joue dans les suraigus. C'est assez virtuose, rapporte la chanteuse. Quant à la musique de Boesmans, elle est assez structurée et me fait penser à certaines oeuvres de Richard Strauss et Stravinsky. Il n'y a pas d'effets étranges créés avec les instruments, comme c'est la mode actuellement.»

Après quelques semaines au Festival d'Aix-en-Provence, l'un des plus prestigieux de France, elle suivra la nouvelle production à Bruxelles, plus précisément à l'Opéra de la Monnaie, de même qu'à l'Opéra de Dijon. Son agenda pour 2018 comprend également des sorties à l'Opéra Comique de Paris (voir autre texte), ainsi qu'à l'Opéra de Marseille, sans parler des projets qui ne peuvent pas être annoncés pour le moment.

«À ce stade-ci, je dirais que ma carrière est plus installée. Je suis moins inquiète de ce qui s'en vient, une sensation que je trouve agréable. Après avoir participé à plusieurs créations, en plus d'incarner des personnages peu connus, j'ai le goût de me faire les dents sur les grands rôles du répertoire. Je me vois en Lucia, en Zerbinetta», laisse entrevoir Marie-Ève Munger.

Elektra ou l'effet Patrice Chéreau

Il arrive qu'un rôle modeste fasse grandir une interprète en raison du contexte dans lequel elle lui a prêté vie. C'est l'expérience qu'a vécue Marie-Ève Munger dans l'opéra Elektra, de Richard Strauss. La mise en scène de ce spectacle était assurée par Patrice Chéreau, dont ce fut le testament artistique, puisqu'il est décédé dans les mois qui ont suivi les débuts de cette production au Festival d'Aix-en-Provence.

C'est à l'été 2013 que la soprano colorature a incarné le personnage de Vierte Magd. Sa voix fut peu sollicitée, mais ce rôle commandait une forte présence physique, rapporte l'interprète. Ce qu'elle retient de cette aventure qui a pris fin le 23 décembre dernier, lors d'une ultime sortie à Barcelone, c'est d'abord le souci de vérité qui animait le metteur en scène.

«Ce fut un honneur de participer à ce projet avec lui. Patrice Chéreau a changé ma façon de travailler en se montrant intolérant face à tout ce qui pouvait se révéler superflu. Si on surjouait, par exemple, il arrêtait tout, ce qui n'était pas toujours facile à vivre sur le moment. Il voulait qu'on aille à l'essence de l'émotion et nous avons fini par comprendre», rapporte Marie-Ève Munger.

La disparition de ce géant en octobre 2013, si tôt après le début d'Elektra, a cristallisé les liens qui s'étaient développés avec l'équipe. C'est pourquoi les retrouvailles vécues à Barcelone, alors qu'on avait rameuté les interprètes originaux, furent si touchantes. «Revoir tous ces gens, c'est ce qui a fait la magie de cette série de représentations», estime la Jonquiéroise.

Tout ce qui reste pour témoigner de ce que fut cette Elektra, c'est le DVD sorti en 2014, ainsi que le souvenir que chériront tous ceux qui, comme Marie-Ève Munger, ont eu la chance d'être associés à ce projet.




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