Sur les traces du père Laure

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Isabelle Duval et Jean Désy relatent dans La route sacrée comment leur expédition menée en 2014, sur les traces du père Laure, a nourri leur réflexion sur le Québec d'aujourd'hui.

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Daniel Coté
Le Quotidien

« Je veux que des personnes âgées de 18 ou 20 ans lisent La route sacrée et se disent : « Ça vaut la peine de réaliser une expédition comme celle-là en se mettant dans un état d'harmonie face au monde ». Parce qu'à travers ce récit, on voit se dessiner une vision sacrée de ce qui nous entoure », énonce l'auteur Jean Désy.

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Cette photographie captée il y a trois ans montre le paysage qui se déploie dans le voisinage de l'Antre de marbre, une grotte que les Autochtones fréquentent depuis des millénaires.

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Publié récemment chez XYZ, le livre qu'il a écrit en compagnie d'Isabelle Duval relate une expédition qu'ils ont effectuée à l'été 2014, aux côtés du prêtre Pierre-Olivier Tremblay. Après s'être arrêté sur la Côte-Nord et à Chicoutimi, le trio a roulé jusqu'à Chibougamau, d'où il est parti en canot pour rejoindre la rivière Témiscamie. Son objectif consistait à visiter un site historique : l'Antre de marbre.

Les Innus et les Cris le fréquentent depuis des milliers d'années et pas juste pour tailler des pointes de flèches à même le quartz que renferme cette grotte. Ce fut également un lieu chamanique où un personnage dont la mémoire demeurera éternellement associée au poste de traite de Chicoutimi, le père Laure, s'est rendu en 1730. Accompagné par des guides indiens, le Jésuite aurait souligné cet événement en célébrant une messe.

Le simple fait de retourner là-bas ne constitue pas un exploit, précise Jean Désy. Ce qui confère au livre un caractère unique, c'est plutôt son ancrage dans l'histoire du Québec, parallèlement à sa dimension spirituelle. C'est l'occasion d'évoquer les liens qui ont été noués entre le père Laure et ses guides, notre rapport à la nature, ainsi que les réticences actuelles de la société face à la religion.

S'agissant du père Laure, les auteurs citent des extraits de son journal pour brosser le portrait d'un homme respectueux des Indiens, bien qu'il ait entretenu l'idée de les évangéliser. « Je pense qu'il a été profondément amoureux de ce pays et qu'il a trippé fort pendant son expédition. Dans un tel contexte, il faut que l'harmonie règne et je crois que si ses guides ne l'avaient pas accepté, il ne se serait pas rendu », avance Jean Désy.

Nature et métissage

La nature est omniprésente dans La route sacrée et c'est celle des origines, la nature qu'ont dû apprivoiser les Premières nations, ainsi que les explorateurs au temps de la Nouvelle-France. Elle n'a pas été aménagée, prémâchée pour accommoder l'Homme moderne, ce qui fait le bonheur du coauteur. Ce n'est pas un hasard si l'une de ses oeuvres de référence est Walden, où l'Américain Thoreau décrit une expérience menée près d'un étang où il vivait en autarcie.

« C'est pour moi un texte fondateur, le livre sur lequel s'appuie ma vision des choses. Je crois que le danger qui nous guette, lorsqu'on s'exclut de la nature, tient au fait qu'on peut se déconnecter du sacré. À Chicoutimi, on sent sa présence parce qu'elle n'est jamais loin, mais ce n'est pas le cas à Montréal », fait remarquer Jean Désy.

La religion aussi est tombée dans l'angle mort des Québécois. Or, l'expédition du père Laure, tout comme celle qui a donné naissance à La route sacrée, ouvre une piste du côté du maillage des cultures. Ainsi, quand le Jésuite a célébré la messe dans la grotte, on peut supposer que les Indiens ont souscrit à leurs rituels, comme le mentionnent les auteurs. « On ne connaîtra jamais la vérité, mais on sent qu'il y a eu de l'harmonie, la réconciliation de deux visions du monde », soumet Jean Désy.

Poussant plus loin son raisonnement, l'auteur originaire de Kénogami avance que le métissage a généré des retombées dont l'ampleur va bien au-delà de la généalogie. « Il est important de reconnaître le fait métis, mais au sens le plus large, soutient-il. Ce n'est pas juste le fait d'avoir des ancêtres autochtones. Il faut voir ce pays comme une unité symbolique, une vision que nous avons en commun. »

La religion, un sujet tabou au Québec

Jean Désy a écrit une quinzaine de livres à ce jour, des romans, des récits et des recueils de poèmes. Plusieurs étant imprégnés de son amour du Grand Nord, où il exerce la profession de médecin depuis quelques décennies, ils occupent une place à part dans la littérature québécoise. D'ordinaire, l'accueil qu'on leur réserve est positif, mais l'histoire s'annonce différente en ce qui touche La route sacrée.

Les nombreux passages où Jean Désy et la coauteure Isabelle Duval évoquent leurs convictions religieuses, de même que la nécessité pour les Québécois de s'ouvrir à de telles considérations, ont suscité des commentaires négatifs. «Des gens sont heurtés. Ils trouvent qu'il y a trop de vocabulaire religieux, reconnaît-il. D'autres, par contre, jugent que ça vaut la peine de se soucier de l'âme.»

C'est la première fois que l'auteur s'exprime aussi ouvertement à propos de la religion. Il réalise que les crimes dont on a accusé l'Église ont créé de profondes blessures, au Québec comme ailleurs dans le monde. À ses yeux, toutefois, il faut savoir raison garder. «On pense qu'il y a eu juste des cochonneries, des affaires comme celle des pensionnats, mais la religion, ça n'a pas été que ça. On doit ramener le propos dans sa juste proportion», énonce Jean Désy.

Il estime qu'à 62 ans, le moment était venu pour lui d'étayer sa pensée, au risque de déplaire. «Même si des gens vont me blaster, je sentais que c'était une responsabilité que je devais assumer. Je crois que nous ne sommes pas d'abord des consommateurs. C'est nul comme projet de vie. Je considère également qu'au Québec, nous avons des problèmes majeurs dans notre psyché. Avant de se définir comme peuple, il faudra les régler», estime l'auteur.

Dans la même foulée, il déplore que certains nient l'apport culturel de la région, l'héritage du passé comme celui qui prend forme aujourd'hui. L'une des conséquences malheureuses, selon lui, se manifeste parmi les jeunes. «J'enseigne à des étudiants de 18 ans et ils ne possèdent pas de balise éthique. Ils ne sont nulle part, ce qui finit par être épuisant», affirme Jean Désy.

Le coauteur de La route sacrée ajoute que la négation du fait religieux complique les rapports avec les communautés culturelles, notamment les musulmans, comme l'ont démontré les controverses suscitées par le dossier des accommodements raisonnables. «Nous arriverons à parler de religion avec les autres quand nous serons capables de parler de la nôtre», résume-t-il.




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