Le long chemin de Saint-Bruno à Jonquière

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Il est impossible de visiter l'exposition Retour au bercail sans remarquer cette sculpture de Jean Côté intitulée Hors-n-orme. Elle reflète son goût pour le mariage de différents matériaux, puisque de l'aluminium a été coulé à l'intérieur de la pièce de bois qui sert de support à l'oeuvre.

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Daniel Coté
Le Quotidien

C'est tout de même étrange. Présentée jusqu'au 1er décembre, au Centre national d'exposition de Jonquière, l'exposition Retour au bercail est la première de Jean Côté dans sa région d'origine. La chose étonne parce qu'on ne parle pas d'un débutant, loin s'en faut. Cet homme fait carrière en tant que peintre et sculpteur depuis une quarantaine d'années. Son unique défaut, s'il faut lui en trouver un, tient au fait qu'il vit à Granby depuis un quart de siècle.

«J'ai participé à des expositions à Paris et Toulouse, en Espagne, en Allemagne et au Vietnam, entre autres, mais pas ici. C'est pour cette raison que j'ai soumis un dossier de candidature au Centre national d'exposition», a expliqué l'artiste plus tôt cet automne, à la faveur d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

Il faut préciser que Jean Côté a quitté la région à l'âge de 17 ans. Élevé à Saint-Bruno, sur la terre du rang 3 que cultivait son père François, il avait eu le temps de développer un intérêt pour le dessin avant de poursuivre sa formation à l'extérieur. Sans couvrir l'ensemble de sa carrière, l'exposition proposée à Jonquière a valeur de rétrospective et témoigne de son goût pour les grands formats, particulièrement en peinture.

«Un jour, j'ai essayé ça pour le plaisir, pour me laisser aller, et j'y reviens régulièrement. Des fois, je pars d'une idée, sans savoir où ça va me mener. Je vois ça comme un beau risque», explique l'artiste. Sur Voyage à fer, par exemple, une oeuvre créée en 2003, le trait est aérien. Il y a du mouvement et on remarque la présence de fers à cheval posés sur la toile. Ils trahissent une autre de ses allégeances, celle pour les techniques mixtes.

Il a aussi un côté bricoleur, comme l'illustre Sextuor, une sculpture formée de tiges d'aluminium torsadées. Des carrés noirs y sont accrochés à la manière de boules de Noël, ainsi qu'un rouge qui, pense-t-on, fait écho à un certain printemps. «Je suis avant-gardiste», souligne Jean Côté en souriant. C'est en 2010, en effet, avant les contestations étudiantes, qu'il a produit cette jolie chose.

Juste à côté, une série de tableaux intitulée Coffret de sûreté mérite qu'on l'examine de près. C'est ainsi qu'on voit apparaître des fragments truffés de petites lignes, celles qui meublaient les anciens billets de 1000$. «J'avais un contact à la Banque du Canada», laisse échapper l'invité du Centre national d'exposition.

Pour revenir à la sculpture, elle lui a inspiré des oeuvres monumentales, dont celle qu'il a baptisée Hors-n-orme. Elle se dresse au milieu de la salle et comme le titre l'indique, son origine réside dans une pièce de bois qui avait abouti chez un antiquaire. «J'ai fait fondre des morceaux d'aluminium avant de verser le liquide dans des sillons creusés dans le bois. Ça reflète la magie du moment», fait observer Jean Côté.

C'est ce qu'on appelle un deux pour un.... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

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C'est ce qu'on appelle un deux pour un. À gauche, on voit une sculpture de Jean Côté, Sextuor, tandis qu'un bout de sa série de tableaux intitulée Coffret de sûreté apparaît à droite. À l'intérieur des sections rectangulaires, l'artiste a inséré des fragments de billets de 1000 $.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Ces jeunes visiteurs sont confrontés à l'une des... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.1

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Ces jeunes visiteurs sont confrontés à l'une des toiles réalisées par Jean Côté, Liberté. Elle fait partie de l'exposition Retour au bercail, présentée jusqu'au 1er décembre au Centre national d'exposition de Jonquière.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Un vibrant plaidoyer contre la guerre

En plus de Retour au bercail, l'exposition présentée à Jonquière, Jean Côté promène une série d'oeuvres ayant pour trait commun de militer en faveur de la paix. Cette exposition qui réunit des sculptures et des tableaux produits au cours des deux dernières années se nomme Non à la guerre et vient de compléter un séjour au Centre culturel France-Arbour de Granby.

«Maintenant, je veux que cette exposition voyage au Québec, au Canada et dans d'autres pays», a affirmé l'artiste au cours d'une entrevue accordée au journal. Sa motivation ne fait pas de doute, puisqu'il a créé une trentaine de pièces reflétant ses convictions, dont plusieurs montrant les conséquences des conflits armés.

«J'ai travaillé avec des obus, des balles, des fusils tronçonnés», décrit-il. Souvent, leur signification est détournée, mise au service d'une vision de la guerre qui n'a rien de romantique. On voit des soldats en mission, par exemple, de simples pions posés sur des lieux ravagés par les bombes, privés de lumière et d'espoir, si ce n'est celui d'une mort hâtive.

Jean Côté n'a jamais vécu dans une zone de conflit, mais ses nombreux séjours au Vietnam lui ont permis de rencontrer des gens pour qui ce fut une réalité quotidienne. Même si la paix comporte son lot de difficultés, ils en apprécient chaque seconde. «Je parle souvent à des personnes âgées, là-bas, et elles se montrent souriantes parce qu'il n'y a plus de guerre», note ainsi le Jeannois.

Dans le catalogue de son exposition, on remarque que le ton change en cours de route. Les visions d'épouvante cèdent la place à des toiles lumineuses dont les titres, en soi, constituent un programme: Peace and Love, Bonheur, Couvée de la paix, Quand les hommes vivront d'amour. «J'ai inséré des oeuvres sur la paix», confirme l'artiste qui, bien qu'il soit entré dans sa 80e année, est déterminé à porter ce message partout où on voudra l'entendre.

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