Villes de compagnie: regard sur un passé riche et parfois méconnu

L'historien Dany Côté a produit un bijou de... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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L'historien Dany Côté a produit un bijou de livre avec Le Saguenay-Lac-Saint-Jean-Les villes de compagnie. Il raconte l'histoire de notre région à l'aide de photographies souvent inédites

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Daniel Coté
Le Quotidien

«J'ai eu tellement de plaisir en travaillant sur ce projet. Les nouvelles photographies que j'ai eu la chance de dénicher m'ont permis de redécouvrir ma région. J'ai aussi pu synthétiser les informations contenues dans ma série de livres consacrés aux villes de compagnie», fait remarquer l'historien Dany Côté.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean-Les villes de compagnie, de Dany Côté... (Photo courtoisie) - image 1.0

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Le Saguenay-Lac-Saint-Jean-Les villes de compagnie, de Dany Côté

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L'ouvrage dont il est question a pour titre Le Saguenay-Lac-Saint-Jean-Les villes de compagnie. Publié par Les Éditions GID, il fait partie de la collection 100 ans noir sur blanc, dont le mandat consiste à raconter le Québec des régions par l'entremise de clichés captés entre 1860 et 1960. Les 2000 exemplaires faisant partie du tirage initial sont disponibles en librairie depuis la mi-octobre.

L'histoire qu'on découvre au fil des 208 pages que renferme le livre est à la fois nouvelle et familière. Oui, on sait dans quelles circonstances Arvida a vu le jour, à la suite d'un chantier d'une ampleur inédite. Idem pour la naissance de Kénogami et la mort tragique de son fondateur. Mais Dolbeau, Isle-Maligne et Racine, pour ne mentionner que ces seuls exemples, avaient grand besoin d'un coup de projecteur.

Même Dany Côté a été fasciné par ce que lui ont révélé ses recherches, d'autant que certains sujets ont été peu explorés. C'est le cas de Dolbeau, la plus grande municipalité de la région pour laquelle on ne dispose d'aucun ouvrage relatant l'ensemble de son parcours. L'historien a ramé pour mettre en contexte les images captées à la suite de sa fondation en 1927. «Je pensais m'y connaître, mais ça a posé un défi», reconnaît-il.

On voit comment Dolbeau a été pensée en fonction de la papeterie, laquelle est représentée sur une magnifique vue aérienne. La distance séparant le quartier des patrons, forcément anglophones, des ouvriers francophones, est aussi montrée à l'époque de la construction des maisons. Là encore, c'est du haut des airs qu'on voit se développer cette société à deux vitesses.

Vision dantesque

Les textes qui accompagnent les images représentent bien plus que des bas de vignette, ce qui constitue l'une des forces du livre de Dany Côté. Ils renferment des anecdotes parfois savoureuses, parfois choquantes, sur ce qu'était la vie au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Entre autres, il est question du sort des travailleurs, de la dureté de leur existence.

Elle apparaît dans le chapitre consacré à Arvida, sur une photographie dantesque de l'ancienne aluminerie. La silhouette d'un travailleur se profile entre deux rangées de cuves, mais l'éclairage déficient, jumelé à la pollution qui régnait en ce lieu, rappelle le sacrifice que tant d'hommes ont fait pour mettre du pain sur la table. «On ne vit pas vieux lorsqu'on est cuviste», constate l'auteur avec sobriété.

Il s'est aussi appliqué à représenter une vaste gamme de sujets, au-delà des activités industrielles qui ont justifié l'ouverture de nouveaux territoires. L'un d'eux tient à l'apport des anglophones, qui ne furent pas juste des patrons. On leur doit tout un pan de l'activité sportive dans la région, ce que symbolise l'image représentant le club de curling de Kénogami, érigé en 1920.

Leur contribution fut aussi culturelle, puisqu'ils ont créé la première bibliothèque à Arvida, en plus d'enrichir le patrimoine bâti avec de jolies constructions reflétant leurs racines anglaises ou américaines. Ainsi admire-t-on le somptueux Staff House de Riverbend, où résidaient les employés célibataires de l'usine Price. Il permet d'apprécier le style Tudor sans avoir besoin de visiter Londres.

«Le livre nous aide à découvrir la richesse de notre région, une richesse qu'on finit par ne plus voir à force de la côtoyer. On remarque que des rues sont quadrillées parce qu'elles trahissent une vision américaine de l'urbanisme, que notre architecture est unique en raison de sa diversité. En même temps, on jette un oeil sur le quotidien des gens», résume Dany Côté.

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Des images trouvées par l'entremise de Facebook

Comment trouve-t-on des photographies anciennes provenant du Saguenay-Lac-Saint-Jean? Dans un passé pas si lointain, la réponse était relativement simple. On visitait les sociétés d'histoire de la région, ainsi que la succursale locale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, et ça faisait le tour du sujet.

Aujourd'hui, en revanche, les sources sont plus diversifiées, ainsi que l'a constaté l'auteur Dany Côté lorsqu'il a préparé son tout dernier ouvrage, Le Saguenay-Lac-Saint-Jean-Les villes de compagnie. Grâce à l'Internet, notamment Facebook, il est possible de solliciter l'aide d'institutions établies à l'extérieur de la région, voire du Québec. On peut aussi mettre les particuliers à contribution.

À cet égard, l'une des démarches les plus fructueuses a amené l'historien à échanger des courriels avec Parkyn Weber, un homme vivant en Ontario. «Il m'a envoyé des photographies réalisées par des membres de sa famille à l'époque où elle résidait à Riverbend. Il y en a cinq ou six montrant, entre autres, des immeubles disparus. Elles n'ont jamais été montrées», révèle-t-il.

Une autre source improbable fut l'Université York, à Toronto, plus spécifiquement le Fond Varpu Lindström. Dans le chapitre sur Isle-Maligne, on voit une famille originaire de Finlande dont les membres portent leurs habits du dimanche. «Je pleurais presque lorsque j'ai vu ces images», affirme Dany Côté, qui était soucieux d'illustrer le thème de l'immigration.

La récolte fut si abondante que pour remplir les 200 espaces disponibles à l'intérieur du livre publié par Les Éditions GID, il a dû choisir parmi 500 à 600 images réunies par ses soins. L'unique déception est venue de la Base de Bagotville qui, en principe, aurait dû figurer dans Le Saguenay-Lac-Saint-Jean-Les villes de compagnie.

«Je n'ai pas trouvé de photos anciennes traitant de ce sujet, même au Musée de la Défense nationale. Pour que ça fonctionne, il aurait fallu que je me rende à Ottawa», explique Dany Côté. Ce sera pour une autre fois, mais en attendant, les amateurs d'histoire peuvent consulter un livre qui se montre à la fois accessible et truffé d'informations pertinentes, un livre qui a ranimé le goût de l'auteur pour l'histoire.

Il s'était mis au roman, en effet, comme en témoigne son premier projet mené conjointement avec Les Éditions GID, La Thompson. Une suite était en gestation lorsque la possibilité d'ajouter un ouvrage à la série 100 ans noir sur blanc s'est présentée. Maintenant que ce chantier est fermé, on pourrait croire que la fiction reviendra à l'avant-plan, mais ce ne sera pas le cas, du moins dans l'immédiat.

«J'ai un projet en marche depuis septembre, à propos d'un village du Lac-Saint-Jean. Comme il s'agit de ma priorité, le roman, qui se déroule dans la région, restera sur la glace pendant un certain temps, fait observer Dany Côté. J'ai produit un premier jet, mais il n'est pas à mon goût. Je préfère le laisser maturer.»

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