Jean-Baptiste Petit revit grâce à son journal

Russel-Aurore Bouchard lancera mercredi le cinquième tome du... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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Russel-Aurore Bouchard lancera mercredi le cinquième tome du journal des frères Petit, La vie quotidienne à Chicoutimi au temps des fondateurs. Ce livre qui couvre les années 1895-1897 offre le point de vue de Jean-Baptiste Petit sur les événements survenus dans la région, tout en jetant un éclairage sur sa vie à lui.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

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Daniel Coté
Le Quotidien

C'est l'histoire de notre région, la grande et la petite, telle que relatée par une personne qui avait le nez fourré partout, un grand talent comme on dit. Non, il ne s'agit pas de l'auteure de La vie quotidienne à Chicoutimi au temps des fondateurs, Russel-Aurore Bouchard. C'est de Jean-Baptiste Petit dont il est question, l'homme qui a fourni la matière de cette chronique couvrant les années 1895-1897.

Son journal et ceux tenus par ses frères Honoré et Ludger, à compter de 1873, ont été récupérés par l'historienne à la fin des années 1980. Les descendants de ces trois «brasseux» - l'un tenait commerce, l'autre a été maire de Sainte-Anne et le troisième, Ludger, fut député - fermaient maison et ont téléphoné un beau soir, affirmant que de vieilles choses avaient été mises au chemin. Les vidangeurs allaient passer le lendemain, donc le temps pressait.

«Ils venaient de vider le grenier et j'ai rempli deux boîtes de ''pick-up'' avec les journaux, les lettres et les documents notariés récupérés à cette occasion. C'est la mémoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui se trouvait là, au 1000 rue Sainte-Marie, à Chicoutimi-Nord», a raconté Russel-Aurore Bouchard mercredi, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

Le contenu était si riche qu'elle comptait publier trois livres. Or, la série a échappé à son contrôle, d'une certaine manière. Il y avait tant de choses à relater que le nouvel opus est le cinquième d'une série qui s'arrêtera à six, soit jusqu'à l'année 1899. Le lancement aura lieu le 12 octobre à 18h 30, à la Salle Marguerite-Tellier de la bibliothèque municipale de Chicoutimi. Des exemplaires seront disponibles au coût de 40 $ l'unité.

À l'origine, les journaux représentaient un projet d'écriture initié par Jean-Baptiste au bénéfice de ses deux frères. «Ceux-ci y ont pris goût, cependant, et comme ils sont devenus meilleurs avec le temps, en plus d'être très impliqués dans la société, ça donne une lecture intéressante», fait valoir l'historienne.

Elle parle de ce projet comme d'une somme, l'équivalent d'une encyclopédie. «C'est l'aboutissement de toute ma vie de recherche, puisque les notes en bas de page constituent un livre dans le livre. Plus j'avance là-dedans et plus ça demande du temps. C'est pour ça que j'apprécie au plus haut point la collaboration de mon épouse Madeleine Bouchard», souligne Russel-Aurore Bouchard, qui n'avait pas publié un nouveau tome depuis 16 ans.

Un homme de la Renaissance

Cette fois, c'est Jean-Baptiste qui monopolise l'attention et ça tombe bien, eu égard à la richesse de sa plume. À force de le fréquenter, on voit se dessiner le portrait d'un homme de la Renaissance, version saguenéenne. En plus de tenir un magasin général au centre-ville de Chicoutimi et de se mêler de politique, toujours du côté des Bleus, il exprime un amour de la nature qui en fait un précurseur du mouvement écologiste.

«C'était un écolo avant l'heure, confirme Russel-Aurore Bouchard. Il a planté des chênes, des ormes et des érables, en plus de faire venir des semences de l'extérieur pour tenter des expériences. Le journal montre aussi que Jean-Baptiste aimait observer la faune, en particulier les oiseaux, et qu'il avait pour habitude d'ensemencer des carpes, du goujon et du doré dans le Saguenay.»

Bien sûr, la faune humaine n'échappait pas à son regard acéré. Les travers des uns et des autres étaient soigneusement consignés, qu'il s'agisse des mouches qui flottaient sur le lait d'un producteur indélicat ou de la fourberie, réelle ou imaginée, d'un adversaire politique. Il faut dire qu'à la fin du 19e siècle, les Rouges de J.-D. Guay contrôlaient l'hôtel de ville de Chicoutimi, tandis que Dubuc, qui était de la même couleur, fondait la Pulperie.

En affaires, Jean-Baptiste Petit avait pour partenaire Armand Tessier. Longtemps, il l'a dépeint comme un homme dur, mais son décès ramènera les choses dans leur juste perspective. «On voit alors quelle place il tenait dans la vie de Jean-Baptiste, qui fait une dépression à la suite de cette disparition. C'est là-dessus que finit le cinquième tome», indique Russel-Aurore Bouchard.

Pour connaître la suite de l'histoire, il ne faudra pas attendre 16 ans, promet l'historienne. Ce sera la fin du voyage, alors que le journal de Jean-Baptiste Petit s'interrompra en 1899. «J'aurais pu me rendre plus loin, mais je ne veux pas. Je suis prisonnière de Jean-Baptiste. Il y a d'autres livres que j'ai le goût de publier», fait-elle observer.

Au temps de la Chicago du nord

Sur le cinquième tome de La vie quotidienne à Chicoutimi au temps des fondateurs, on peut admirer une photographie représentant l'embouchure de la rivière aux Rats Musqués, là même où se déploie la Place du Citoyen. Des bateaux y mouillent paisiblement, en plein coeur de la ville où résidait l'auteur du journal dont il est question dans cet ouvrage, Jean-Baptiste Petit.

Cette scène empreinte de sérénité pourrait se dérouler dans un village de Charlevoix ou de la Gaspésie. Ce qu'elle ne montre pas, c'est le dynamisme qui a caractérisé Chicoutimi à la fin du 19e siècle, l'époque couverte par le livre conçu par Russel-Aurore Bouchard. Alors qu'aujourd'hui, un voile de morosité enveloppe cette communauté, les leaders du temps entretenaient de grandes ambitions.

«Il y en a plusieurs qui avaient visité l'Exposition universelle de Chicago, ce qui fut le cas de Jean-Baptiste Petit. Ces gens voyaient Chicoutimi comme la Chicago du nord parce qu'elle vivait une explosion en matière de développement. C'était l'une des villes les plus progressives au Canada», rappelle l'historienne.

Les années 1895-1897, celles que décrit Jean-Baptiste Petit, voient naître la Pulperie, parallèlement à la modernisation du réseau d'aqueduc et l'arrivée de l'électricité. «On remarque également un éveil intellectuel sous l'impulsion de personnalités comme l'abbé Huard, du Séminaire de Chicoutimi, et de Monseigneur Dominique Racine», mentionne Russel-Aurore Bouchard.

La vie reste dure, toutefois, ce dont témoigne un drame évoqué par Jean-Baptiste Petit. Il raconte qu'une dame de la paroisse Sainte-Anne a dû traverser le Saguenay à pied, un jour de tempête hivernale, afin d'accoucher chez un médecin établi à Rivière-du-Moulin. «L'enfant est mort-né et la mère a été mal soignée par le docteur, qui était ivre, note l'historienne. Elle meurt peu après son retour à Chicoutimi-Nord, ce qui provoque la colère de Jean-Baptiste.»

Il lui arrive aussi de regimber contre le clergé, ce qui montre que celui-ci n'exerçait pas une emprise totale sur les esprits. «Jean-Baptiste était très religieux, mais critique face aux curés qui se mêlaient de politique, fait observer Russel-Aurore Bouchard. En même temps, son journal nous apprend que des gens interpellaient les prêtres pendant la messe, signe que la société était rébarbative à la mainmise du clergé.»

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