Luc Courchesne, de l'art tout le tour de la tête

Voici Luc Courchesne et Péribonka, une oeuvre ambitieuse... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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Voici Luc Courchesne et Péribonka, une oeuvre ambitieuse tournée en 2006. Pendant 30 minutes, ce film panoramique est projeté sur le cercle accroché à l'intérieur du Centre Bang. Il montre des ouvriers construisant une centrale hydro-électrique.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

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Daniel Coté
Le Quotidien

Même si vous croyez que l'art actuel n'a rien à vous dire, que ça vous passe 20 pieds par-dessus la tête, faites un détour à l'Espace Séquence du Centre Bang, une galerie située au 132 rue Racine est, à Chicoutimi. Filez aussitôt dans la pièce du fond pour découvrir de quelle manière l'exposition de Luc Courchesne, présentée jusqu'au 5 novembre, vous fera vivre une expérience inédite.

C'est là que l'artiste réputé, dont on a déjà montré le travail au Museum Of Modern Art de New York, présente un film tourné à San Francisco, dans le secteur d'Ocean Beach. Pour le voir, on ne s'installe pas devant un écran. On retire l'un des modules formant un cercle à l'intérieur duquel les images sont projetées. On parle d'un cercle parce qu'il s'agit d'un document empruntant à la technique du 360 degrés.

«L'objectif de cette démarche consiste à créer du contenu immersif et à le présenter simplement. Les frères Lumière ont mené des expériences de cette nature en 1900, tandis que Disney a produit un panorama à l'occasion d'Expo 67, à l'aide de 12 projecteurs. Aujourd'hui, on dispose d'équipements plus puissants», a expliqué Luc Courchesne il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

L'immersion dont il parle, vous la ressentirez lorsqu'une puissante vague partie de loin se rapprochera de vous, puis vous débordera des deux côtés (si vous vous trouvez dans le bon angle, comme de raison). Comme il y a du son, vous aurez le sentiment que c'est pour vrai, au point de vous sentir légèrement déstabilisé. Tout ce qui manque, en fait, c'est de l'eau jusqu'à la hauteur des mollets.

Le chantier de la Péribonka

Dans la salle principale, d'autres oeuvres exploitent l'effet 360, à commencer par une gravure conçue par le géologue Horace-Bénédict de Saussure en 1776. Explorant les Alpes, il a demandé à un dessinateur de reproduire le paysage tel qu'il se déployait au sommet d'un glacier. On voit se profiler les montagnes et, juste à côté, des photographies captées par Luc Courchesne en 2013, lesquelles témoignent de la précision du dessin. «C'est raccord», résume l'artiste.

Se décrivant comme un photographe, il propose des oeuvres immersives depuis 35 ans déjà. L'idée de se promener à l'intérieur d'une photographie l'a séduit, mais pas à la manière d'un geek. Ce qui le motive, aujourd'hui encore, c'est moins le pitonnage que l'impact produit sur le regardeur. «Les nouveaux appareils permettent encore plus de participation, se réjouit-il. On a vraie une liberté de mouvement.»

Chez Bang, site de la première exposition de sa carrière au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'autre pièce maîtresse a pour titre Péribonka. Elle prend la forme d'un grand cercle posé sur un mur et le point central correspond à l'endroit où Luc Courchesne avait placé l'équipement servant au tournage. Ce qu'on voit autour, ce sont des images filmées en 2006, lors de la construction d'une centrale hydro-électrique sur la rivière Péribonka.

«C'est une commande de Thierry Vandal, qui était pdg d'Hydro-Québec à ce moment-là. Chaque image correspond à l'ensemble de l'horizon, ce que j'ai pu capter grâce à la technique panoramique. Le film dure 30 minutes et a nécessité trois jours de tournage. C'était juste avant les vacances de la construction et il y avait de l'action sur le site. Ça avait été une expérience fantastique», rapporte l'artiste.

Cette oeuvre n'avait jamais quitté le siège social de la société d'État, à Montréal. Elle est accrochée au 20e étage, celui de la haute direction, et peut être manipulée au moyen d'une souris. On voit des ouvriers s'activer sur le chantier, de la machinerie, le ciel d'un bleu immaculé et, à la toute fin, l'arrivée de la noirceur, une image qui montre que la technologie et la poésie peuvent faire bon ménage.

Création d'un réseau de salles de spectacles

Luc Courchesne souhaite qu'une salle du Saguenay-Lac-Saint-Jean soit partie prenante du projet Scènes ouvertes, une initiative conjointe de la Société des arts technologiques (SAT), où il est codirecteur de la recherche, et du ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ). L'objectif consiste à former un réseau comprenant une vingtaine de lieux de diffusion répartis dans toutes les régions du Québec.

C'est à l'aide du logiciel SCENIC qu'on entend concrétiser cette initiative, la première du genre à l'échelle de la planète. Une fois les salles connectées, il sera possible de créer des oeuvres à distance et de les diffuser partout, simultanément. Cinq partenaires seront basés à Montréal et 15 ailleurs au Québec.

«Il s'agit de développer une plate-forme commune à partir de laquelle un scénographe pourrait monter un spectacle qui serait présenté partout, de la même manière que les concerts du Metropolitan Opera. Ce serait l'occasion de faire vivre aux gens des expériences uniques et ce, à peu de frais», a expliqué Luc Courchesne il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

Puisque le Saguenay-Lac-Saint-Jean fait partie des régions ciblées par la SAT et le MCCQ, il a profité de son séjour à Chicoutimi, lequel avait pour fin de préparer son exposition présentée jusqu'au 5 novembre, au Centre Bang, pour discuter avec d'éventuels partenaires. L'un de ses arguments tient au caractère éclaté de la structure.

«C'est une façon de déconstruire le modèle capitale-métropole-régions parce qu'ici aussi, vous pourriez être au centre du monde. L'un des défis sera en effet de susciter des échanges favorisant la création d'oeuvres supportées par les nouvelles technologies. J'en ai parlé aux gens de l'UQAC afin qu'ils préparent les étudiants à cette éventualité. Je sais aussi que Bang est intéressé à jouer un rôle là-dedans», révèle Luc Courchesne.

Le temps presse, cependant, pour ceux qui désirent profiter de ce qu'on appelle la Mesure d'aide à l'acquisition d'équipements techniques permettant la mise en place de téléprésences événementielle et scénique avec d'autres lieux de diffusion équipés du même dispositif par le biais d'un lien internet à haut-débit. La date limite pour soumettre un dossier est le 30 septembre.

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