Histoire de la musique régionale: Gabrielle Gaudreault, une actrice de premier plan

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Gabrielle Gaudreault possède six grands cartables renfermant des programmes, des photos et des articles sur la musique dans la région de 1939 à aujourd'hui.

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Dans la région, si la musique avait un visage, il pourrait avoir les traits de Gabrielle Gaudreault. La dame a largement contribué à en écrire l'histoire musicale. Par son oeuvre, elle a semé des notes dans le coeur et la tête de centaines d'enfants.

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Gabrielle Gaudreault possède six immenses cartables renfermant des photos, des programmes et des articles relatant toute l'histoire musicale de la région.

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«Les jeunes, la musique, la pédagogie, ç'a été ma vie», confirme-t-elle. «Mais n'allez pas penser que c'est mon mari (Yvon) et moi qui avons créé la musique à Chicoutimi», précise-t-elle, référant à tous ceux qui ont fait leur marque en initiant des activités musicales dans la région avant eux.

À 89 ans, Gabrielle Gaudreault n'a jamais chômé. «Fonder, fonder tout le temps. C'est ce que j'ai fait», affirme celle qui a étudié la musique, puis a été diplômée en pédagogie au début des années 1940.

«J'avais des élèves en piano en même temps que j'enseignais», raconte celle qui s'est mariée en 1949. Elle a ensuite eu ses deux enfants, Hélène et Jean, qui ont été initiés à la musique dès l'enfance.

Gabrielle Gaudreault s'est rapidement remise à l'enseignement de la musique.

Un trio de jeunes à la Place des arts

D'abord, elle a créé une école de musique à l'École Apostolique. «Les enfants étaient tellement bons. J'ai décidé de fonder la fanfare de l'École Apostolique.»

Trois garçons, notamment son fils Jean, se distinguaient du groupe.

En 1964, leur trio s'est produit au Festival de musique devant Wilfrid Pelletier.

«Il m'a dit ''C'est extraordinaire ce que vous avez fait. Vous allez en finale à Montréal''» se rappelle-t-elle encore avec émotion. «Pour moi, ç'a été une ouverture pour croire en moi. C'est important dans une vie de se faire dire qu'on est bon.»

Ils ont gagné la médaille d'or du Lieutenant-Gouverneur à la Place des Arts. Leur succès a créé tout un engouement dans la région.

«Je me suis réveillée avec 105 élèves dans mon sous-sol en plus de la fanfare. C'est là que j'ai pensé à la création de l'École de musique de Chicoutimi.»

Le gouvernement québécois lui a octroyé un montant de 20 000$ qu'elle a utilisé pour engager trois professeurs de Montréal.

En 1966, elle a demandé la création d'une école supérieure au gouvernement. «En 67, des délégués sont venus voir si Chicoutimi était apte à avoir un conservatoire. En une semaine, ils ont entendu tous mes élèves. J'étais fière.»

Quatre-vingt-quatre élèves ont été jugés en mesure de faire une entrée au conservatoire. «Le ministère des Affaires culturelles m'a confié la clé du nouveau conservatoire. Après mon mariage et la naissance de mes enfants, ç'a été le plus beau jour de ma vie!»

Le conservatoire a ouvert en 1967. Gabrielle Gaudreault y a été 25 ans à titre de responsable de l'administration. Elle a quitté le conservatoire en 1992, à un moment où l'informatique commençait à s'imposer.

C'est alors qu'elle a fondé le Festival de Musique du Royaume, organisation qu'elle a présidée jusqu'en 2009.

«Du talent, il y en avait tellement. Il y en a toujours, tant qu'il y aura des âmes pour s'en occuper», affirme-t-elle.

Depuis sa retraite, celle qui a été organiste dans des paroisses de Chicoutimi pendant 45 ans s'est remise à jouer du piano. Elle se laisse bercer par les notes.

«J'ai accompli tous mes rêves. Le Conservatoire, l'École de musique, le Festival de musique du Royaume, ce sont toutes des forteresses solides. Quelle importance le temps qu'il me reste? Je suis reconnaissante à la vie.»

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Enfant, Jean, le fils de Gabrielle et Yvon Gaudreault, a pu jouer devant Wilfrid Pelletier.

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L'histoire de la musique dans la région se retrouve dans les livres de Gabrielle Gaudreault

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Le trésor de Gabrielle Gaudreault

De véritables trésors dorment au sous-sol de la résidence de Gabrielle Gaudreault. La dame possède six grands cartables renfermant des programmes, des photos et des articles sur la musique qui a bercé la région de 1939 à aujourd'hui. Dans ses six grands cartables, elle conserve jalousement l'histoire de la musique régionale.

D'aussi loin qu'elle se souvienne, la musique a toujours occupé une place de choix dans la vie de Gabrielle Gaudreault. «J'ai grandi dans la musique. Ma mère était musicienne. J'ai étudié avec les soeurs du Bon Pasteur dans le quartier du Bassin. Elles ont été précieuses. Elles nous apprenaient l'art à travers la pédagogie», raconte-t-elle.

Véritable passionnée, depuis son jeune âge, elle collectionne les articles de journaux, les photographies et programmes de tous les concerts et événements qui ont eu lieu à Saguenay.

Rares sont ceux qui savent qu'elle conserve tout depuis si longtemps. Jamais elle n'a cherché à parler de sa collection impressionnante. Aujourd'hui, âgée de 89 ans, elle estime qu'il est temps de le faire. «Je vois venir le grand voyage», explique-t-elle simplement.

Ses cartables de dimension imposante permettent de revivre tous les événements qui ont marqué la région. «Tout est resté dans une boîte longtemps, puis j'ai fait faire des reliures», explique-t-elle.

Ses plus anciennes archives remontent à 1939, époque où Vilmond Fortin a fondé la Société des Concerts. «Il m'a fait don de tous ses programmes et des photos des artistes qui sont venus à Chicoutimi. Quel trésor!»

Sa collection contient aussi plusieurs programmes de concerts tenus au Capitol de Chicoutimi, sur la rue Racine. «Les artistes les plus hauts gradés de partout dans le monde s'y produisaient», se remémore-t-elle les yeux pétillants.

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Gabrielle Gaudreaultarchives

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Gabrielle Gaudreault détient notamment une photo, un programme et la signature des membres du Choeur de l'Armée Rouge datant de 1961.

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Les souvenirs qui vont avec

Elle s'émerveille encore devant toutes ces archives réunies. Chaque page qu'elle tourne évoque des événements, de bons moments et toujours des gens. Pour elle, les relations humaines figurent à la base de tous succès.

Ses souvenirs lui sont encore fidèles. Elle se rappelle les dates avec une aisance qui ferait rougir d'envie bien des jeunes.

Ses yeux s'illuminent devant une photo du Choeur de l'Armée Rouge datant de 1961. Elle possède d'ailleurs la signature de chacun des membres sur un programme.

Son coeur se gonfle de fierté devant une image d'un ensemble de jeunes garçons qu'elle a formé.

Elle est émue devant la photo de son fils Jean, instrument à la main, alors qu'il était enfant.

Ses archives, qui couvrent plus de 70 ans d'histoire musicale du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ont une valeur inestimable pour Gabrielle Gaudreault.

À travers elles, c'est toute son histoire qu'elle revit.

«C'est la carrière de tout notre monde de Chicoutimi. Je suis émue de ça. C'est aussi la reconnaissance de la belle vie que j'ai eue et de la richesse de la région.»

Ses archives ont aussi une valeur historique. La collection suscite l'intérêt des historiens et conservateurs. Gabrielle Gaudreault compte les confier à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Des démarches ont déjà été entreprises en ce sens. «Ils ont été impressionnés par tout ce que je possède», conclut la dame l'oeil fier.

Un couple en harmonie

Gabrielle Gaudreault a accompli beaucoup, mais elle l'assure, c'est aussi en grande partie grâce à son mari. Yvon et Gabrielle Gaudreault sont plus qu'un couple. Ils forment un duo où règne l'harmonie.

Yvon Gaudreault est animé du même amour de la musique que Gabrielle. D'ailleurs, c'est la musique qui leur a permis de se rencontrer dans la chaire d'orgue de l'église Sacré-coeur.

Le CV de Yvon Gaudreault est des plus impressionnants. Il a d'abord été membre de la Fanfare du Séminaire et Première clarinette à la Fanfare de Chicoutimi, dont il a assumé la direction musicale pendant 22 ans.

Enseignant de clarinette et saxophone, il a aussi cofondé la Société philharmonique de Chicoutimi en 1965. Il a fondé l'Orchestre symphonique de Chicoutimi et en a été le directeur musical de 1966 à 1976. Il a aussi mis sur pied un orchestre de jeunes de l'École de musique de Chicoutimi. Il a également agi à titre de directeur général et administratif de l'École de musique de Chicoutimi de 1967 à 1988.

Yvon Gaudreault a toujours épaulé sa femme. Il lui a aussi ouvert des portes.

«Je suis née sous une bonne étoile parce que mon mari était un homme d'avant-garde en ce qui concerne les femmes. Par exemple, à un moment, il trouvait qu'il manquait une clarinette dans la fanfare. J'ai appris l'instrument et je suis devenue la première femme de la région dans une fanfare. D'autres dames ont suivi», se rappelle-t-elle avec fierté.

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