L'histoire avant les juges

Russel-Aurore Bouchard lancera son nouveau livre, Otipemisiwak, le... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

Agrandir

Russel-Aurore Bouchard lancera son nouveau livre, Otipemisiwak, le 28 août à 13h. Elle y dénonce la tendance des historiens et des anthropologues à se soumettre aux jugements formulés par les tribunaux.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

Dans son huitième livre consacré aux Métis, Otipemisiwak, Russel-Aurore Bouchard revendique son droit, en tant qu'historienne, de jeter un éclairage sur la vie de ce peuple sans se sentir liée par les balises posées par les tribunaux. Elle y voit l'exercice d'une liberté de pensée qui, à ses yeux, est en train de s'étioler.

Cet ouvrage sera lancé le 28 août à 13h, au Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane situé à Desbiens. Il s'inscrit dans la foulée d'un procès où elle a agi en tant que témoin expert pour une communauté métisse, la cause Corneau, le juge fut sévère à son endroit, ce qui a laissé des cicatrices qui, manifestement, ne sont pas refermées.

Au-delà de ce qu'il a écrit, cependant, et de sa décision défavorable aux prétentions des Métis, Russel-Aurore Bouchard dénonce la propension d'une large frange de la communauté universitaire, notamment les historiens et les anthropologues, à se soumettre aux diktats du juridique. «C'est le débat que j'ouvre avec ce livre», énonce-t-elle.

Que des événements historiques soient évoqués au tribunal ne lui fait pas problème. Ce qui l'inquiète, c'est la tendance de maints universitaires à rejeter toute hypothèse qui ne se conformerait pas aux conclusions tirées par les juges.

«Le problème vient des historiens et des anthropologues qui décident qu'un jugement devient la norme historique, comme si on était dans les sciences pures. De cette manière, on neutralise le questionnement historique», soutient Russel-Aurore Bouchard.

Une alliance

Parmi les nouvelles informations livrées dans Otipemisiwak, on remarque un extrait des Relations des Jésuites faisant état d'une alliance conclue à Sillery en 1669. Elle embrassait le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ainsi que la Côte-Nord.

«Pour cause de maladie, il n'y avait plus d'Indiens dans ces régions et il fallait repeupler afin de maintenir le commerce des fourrures. Les Jésuites, le gouverneur et l'intendant de la Nouvelle-France ont donc conclu une entente avec le chef de Tadoussac», révèle Russel-Aurore Bouchard.

Les Européens ont pu s'installer sur le territoire, ce qui a amené Nicolas Peltier, considéré comme le premier des Métis, à y emménager en 1672. Quatre ans plus tard, la mission de Chicoutimi était fondée, «Personne n'a parlé de ça, souligne l'historienne. Il faut dire que les Relations des Jésuites, ça représente 90 livres. Qui les a tous lus?»

Si la cause des Métis lui tient à coeur, ce n'est pas uniquement parce qu'elle est partie prenante de ce peuple. Il y a une autre dimension qui se rapporte à la question identitaire, telle que posée dans le Québec post-référendaire. On y marginaliserait les Canadiens français afin de magnifier les communautés culturelles issues de l'immigration.

«Tout naturellement, les Canadiens français se sont repliés vers leurs racines autochtones, les racines métisses, que partagent la majorité d'entre eux, affirme Russel-Aurore Bouchard. C'est devenu le dernier repli de notre mémoire collective, ce qui est normal parce que l'identité nationale vient du fait métis.»

Elle voit se profiler un conflit entre la mémoire du pays et celle des nouveaux arrivants. «S'ils ne sentent pas qu'on a de la fierté, qu'on se souvient de notre passé, ils vont combler le vide et ce sera un mensonge historique. Avant d'écrire leur chapitre, ils devront le construire comme nos ancêtres l'on fait», estime Russel-Aurore Bouchard.

Au temps de la Pulperie et du Ouija

Russel-Aurore Bouchard en parle comme de son projet le plus ambitieux. Il s'agit du journal des frères Petit, témoins privilégiés de ce que fut la société saguenéenne à la fin du 19e siècle. Cinq volumes ayant pour titre La vie à Chicoutimi au temps des fondateurs ont été tirés de leurs écrits. Le sixième et avant-dernier sortira en octobre.

Couvrant deux années, soit de 1895 à 1897, cet ouvrage totalisant 608 pages mettra fin à une parenthèse de 13 ans pendant laquelle le journal a cessé de livrer ses secrets. Trop de projets accaparaient l'historienne qui, bien sûr, ne se contente pas de retranscrire le texte original.

«C'est un travail difficile, ardu, parce qu'il faut effectuer un tri, puis rendre les phrases lisibles. Je dois aussi préparer les notes placées en bas de page, ce qui est essentiel pour mettre le journal en contexte. Juste ça, c'est un livre dans le livre», explique Russel-Aurore Bouchard.

Dans le cinquième tome, les frères Petit brossent le portrait d'une communauté qui se sent pousser des ailes. «C'est l'arrivée de l'électricité et de l'aqueduc à Chicoutimi, la fondation de la Pulperie, l'émergence de personnages comme monseigneur Eugène Lapointe et l'abbé Victor-A. Huard. On entre dans la modernité», indique l'historienne.

Des épisodes savoureux émaillent le récit, comme la fois où l'un des frères s'initie au Ouija. Ils ajoutent une touche de fantaisie qui, depuis le lancement du premier livre, il y a un quart de siècle, a contribué au succès de la série.

«J'ai un lectorat très fidèle, même s'il est de moins en moins rentable de sortir des livres consacrés à l'histoire de la région», souligne Russel-Aurore Bouchard. Elle précise que le septième tome, qui prendra fin en 1899, marquera l'aboutissement de cet ambitieux chantier.

Certes, il restera plein de pages écrites au début du 20e siècle, mais celles-ci n'atteindraient pas le même niveau que les précédentes. En plus, il y aurait des trous, de longs moments de silence, ce qui rendrait l'ensemble plus décousu, laisse entendre l'historienne

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer