Regard sur un passé pas si loin

Cette photographie montre le choeur de la sacristie,... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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Cette photographie montre le choeur de la sacristie, une section du Musée de l'église Sacré-Coeur où des milliers de messes ont été célébrées jusqu'à tout récemment. On remarque le Christ sculpté par Victor Dallaire, à gauche, ainsi que trois membres du comité responsable de la bonne marche du musée: Ghislain Girard, marguillier à Sacré-Coeur, Christiane Deschênes et Joseph-Marie Bouchard.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

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Daniel Coté
Le Quotidien

Pour la majorité des Québécois, en particulier les jeunes, le Musée de l'église Sacré-Coeur constitue un lieu exotique. À défaut de fréquenter les églises, ils peuvent s'y rendre pour découvrir comment la foi catholique était vécue dans un passé pas si lointain.

Situé dans la sacristie de l'église Sacré-Coeur, à Chicoutimi, il renferme une imposante collection de vêtements sacerdotaux. On peut admirer la richesse des tissus, autant que la variété de couleurs et de motifs correspondant aux moments de l'année où ils étaient portés par les prêtres.

«Nous avons aussi des vêtements d'apparat qui appartenaient à monseigneur Michel-Thomas Labrecque. On peut voir sa mitre, de même que sa crosse. On le considère comme le fondateur de la paroisse parce que c'est lui qui a fait venir les Eudistes au Bassin», mentionne l'un des responsables du musée, Joseph-Marie Bouchard.

Cette communauté avait quitté la France en raison du climat jugé hostile aux institutions religieuses. Arrivés au Bassin en 1903, quelques mois après la fondation de la paroisse Sacré-Coeur, les premiers pères ont découvert un quartier dont le destin était intimement lié à celui de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi.

«Le musée évoque l'histoire du quartier sous l'angle économique, ce qui comprend les activités du poste de traite et de la scierie créée par Peter McLeod en 1843», note Joseph-Marie Bouchard. C'est après avoir constaté que la chapelle du poste de traite ne répondait plus aux besoins des ouailles que l'évêché a fait construire l'église Sacré-Coeur.

La présence des Eudistes dans la paroisse n'est pas étrangère au choix de l'architecte René-Pamphile Lemay, qui a opté pour le style néogothique français. La visite du musée comprend évidemment une tournée de ce temple qui n'a pas son équivalent au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Oeuvres d'art

Parmi les objets les plus précieux que renferme le Musée de l'église Sacré-Coeur, on remarque un ostensoir créé en France au 19e siècle. Cette oeuvre d'art aurait été donnée aux Eudistes par une comtesse avant d'aboutir à Chicoutimi.

D'autres objets de culte lui tiennent compagnie et parfois, les réactions des visiteurs reflètent à quel point les traditions religieuses ont été reléguées à l'arrière-plan. «Un jour, j'ai montré un calice à un jeune et il ne savait pas ce que c'était. Pour lui, calice, c'était juste un sacre», relate Joseph-Marie Bouchard en souriant.

Des nombreuses statues ornent la sacristie, notamment celle de saint Jean-Eudes, le fondateur des Eudistes. Ce personnage a été si populaire au Québec, dans la première moitié du 20e siècle, que plusieurs garçons ont porté son nom.

L'art religieux s'exprime avec éloquence dans le choeur, là où est accroché un Christ en croix sculpté par le Baieriverain Victor Dallaire. «Rien n'a changé à cet endroit, même si on ne dit plus la messe dans la sacristie», indique Joseph-Marie Bouchard.

Les visiteurs qui prennent le temps d'examiner les présentoirs voient des choses étonnantes, dont une relique de Maria Goretti, de même qu'un morceau d'os qui aurait été prélevé sur les restes de saint Jean-Eudes. Une autre image de la mort est illustrée par les objets miniatures utilisés par le prêtre au moment de prodiguer l'extrême-onction.

Ces symboles d'un autre temps peuvent être observés du mardi au samedi, de 9h à 17h, de même que le dimanche, de midi à 17h. Ouvert jusqu'au 21 août, le musée fait partie d'un circuit comprenant la Petite maison blanche, le site du poste de traite, le presbytère Sacré-Coeur et La Pulperie. Il attire de 6000 à 7000 personnes chaque été.

«Une ville dans la ville»

«Cette paroisse était une ville dans la ville», mentionne Joseph-Marie Bouchard au détour de la conversation. Fier résidant du quartier du Bassin, dont les limites correspondent à celles de la paroisse Sacré-Coeur, il chérit l'époque où les pères Eudistes y exerçaient leur ministère avec un zèle admirable.

Ils n'étaient que six, mais par leur seule présence, ces hommes d'Église venus de France à la demande de l'évêque Michel-Thomas Labrecque conféraient un statut spécial à leur communauté d'adoption. «C'était prestigieux d'avoir ces gens parmi nous. On était identifié à ça», raconte le bénévole au Musée de l'église Sacré-Coeur.

Les Eudistes ne se contentaient pas de dire la messe. Leur sens de l'organisation était légendaire, comme en témoigne la construction du Centre Sacré-Coeur en 1952. Ce bâtiment qui abritait un salon de quilles faisait aussi office de salle de cinéma le samedi après-midi.

«Les pères savaient organiser une paroisse. Nous avions un terrain de baseball, ainsi qu'une patinoire. Ils étaient tellement actifs qu'à tout moment, on les voyait se déplacer dans le quartier. Très proches des gens, ils soutenaient les malades, agissaient comme conseillers auprès des familles», se souvient Joseph-Marie Bouchard.

Il ajoute en riant que même aujourd'hui, les anciens du Bassin trahissent leurs origines lorsqu'ils utilisent spontanément le mot père, au lieu de prêtre, afin de désigner un ministre du culte. Le dernier des Eudistes est disparu en 1996, dans la foulée du Déluge, mais leur mémoire demeure incrustée dans la vie du quartier.

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