King Dave: un film, un plan

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Le plateau était composé de 130 techniciens, 61 acteurs et 172 figurants. Il s'étendait sur un parcours de neuf kilomètres constitué de décors ambulants, de décors construits et de lieux réels. La dernière des cinq prises fut la meilleure. Au théâtre, Alexandre Goyette (en gris au centre) campe tous les personnages de la pièce. Dans l'adaptation au cinéma, il partage notamment l'écran avec la comédienne Mylène St-Sauveur.

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

En 2005, Alexandre Goyette espérait réussir à rembourser sa carte de crédit après avoir présenté à quelques reprises sur les planches la pièce King Dave qu'il avait écrite et dans laquelle il jouait seul. Des années plus tard, il se retrouve au centre d'un film unique basé sur son premier texte, point culminant d'une aventure qui aura marqué sa carrière.

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Après avoir campé le personnage de la pièce King Dave au théâtre à plus de 130 reprises, Alexandre Goyette reprend ses traits pour le cinéma. Tout un exercice puisque le film a été tourné en un seul plan.

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Alexandre Goyette campe tous les personnages de la pièce King Dave au théâtre. Dans l'adaptation au cinéma, il partage notamment l'écran avec la comédienne Mylène Saint-Sauveur. 

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«King Dave m'a mis au monde», affirme d'emblée Alexandre Goyette. Pourtant, l'inverse est aussi vrai. C'est Alexandre Goyette qui a créé King Dave.

Il y a quelques années, le comédien a profité d'un temps mort entre deux contrats pour écrire son premier texte. Il a donné naissance à Dave, un jeune influençable qui s'enfonce dans la violence, personnage qui allait devenir le sujet d'un «one man show».

«À l'époque, je n'avais aucune attente. Je présentais la pièce dans une salle minuscule, avec quelques amis, en espérant passer à travers les trois semaines de représentations et rembourser ma carte de crédit. Après, tout ce qui s'est passé, c'est du plus grand que nature», affirme-t-il.

Le «plus grand que nature» dont il est question, c'est les Masques d'Interprétation masculine et de Meilleur texte original reçus en 2005. C'est aussi le succès remporté par la pièce qu'il a jouée plus de 130 fois un peu partout.

Le projet d'adapter la pièce pour le cinéma a fait surface. Il s'est associé à Podz. Une alliance qui, estime-t-il, a apporté beaucoup au projet.

«L'idée de Podz de faire un plan-séquence sert le propos, pas seulement sur le plan artistique, il vient bonifier l'oeuvre. Faire un seul plan-séquence, ce n'est pas la première idée qui est tombée de la piñata. Il y a eu du travail, on a essayé d'adapter la pièce de manière traditionnelle, mais c'était plate.»

Le tournage en un seul plan-séquence qui a eu lieu en avril 2015 a toutefois apporté son lot de défis.

«Tout le monde devait être à la bonne place au bon moment. Il n'y avait pas de place à l'erreur. C'était une gigantesque chorégraphie. C'est quelque chose d'unique qui ne se représentera jamais dans nos vies», affirme-t-il, soulignant que le projet a nécessité qu'il travaille sur lui-même. «Le film, c'est quand même ma face pendant 91 minutes. Je suis un juge très sévère envers moi-même. Il faut que je lâche prise. Quand je vois le film, je revis toute l'expérience de King Dave. Je revois toute la chorégraphie devant mes yeux.»

Le film est très proche de la pièce.

«Le film ne trahit pas l'oeuvre d'origine. Le personnage de Dave nomme tout, la caméra devient de plus en plus son confident. C'est très proche du théâtre, un peu comme une tonne de briques. En même temps, ç'a changé beaucoup aussi», affirme celui qui campe tous les personnages de la pièce au théâtre.

Alexandre Goyette est convaincu que le film saura plaire. «Le film pique la curiosité. Il y a déjà un beau ''buzz'' qui l'entoure. C'est une proposition audacieuse. Ça amène les gens ailleurs. L'histoire est tellement forte que je suis convaincu que ça va marcher. C'est le projet dont les gens me parlent le plus dans la rue. Je sens qu'ils ont le goût de le voir. En même temps, c'est du cas par cas. Le public a le dernier mot.»

Alexandre Goyette est à la fois fébrile et très ému. Il a hâte de partager cet «objet unique» avec les gens.

«C'est une belle fierté. Et voir que le film se retrouve en salle partout, ça montre que les gens croient au film. Je ne suis pas quelqu'un sur qui certains profs auraient misé. J'ai longtemps eu le syndrome de l'imposteur en écriture. Maintenant, c'est pas mal réglé, même si je suis toujours en apprentissage.»

Alexandre Goyette est sur une belle lancée. Il revient à l'écriture avec le réalisateur et scénariste Christian Laurence avec Lindberg Express. Il écrit également avec Podz le scénario de Le Christ obèse, adaptation du roman de Larry Tremblay. On le retrouvera également dans le film Nitro Rush plus tard cet été, ainsi que sur les ondes de Radio-Canada au cours de la prochaine année dans la série Feux.

«Je suis vraiment chanceux. Je touche du bois, mais parfois, les comédiens se font offrir toujours les mêmes rôles. Moi, on me permet de sortir de ce qu'on pourrait attendre de moi», conclut-il.

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King Dave a été tourné en un seul plan-séquence. Tout un défi pour le réalisateur Podz qui a dû diriger une équipe de plus de 300 personnes.

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Le défi un peu fou de Podz

Tourner un film composé d'un seul plan-séquence de 91 minutes. Diriger une équipe de plus de 300 personnes, réparties en 20 lieux de tournage sur un trajet de neuf kilomètres. Tout un défi. Le réalisateur Podz l'admet, il a eu le vertige à quelques reprises depuis le début du projet d'adaptation de la pièce King Dave au grand écran.

Le tout semble tellement improbable que la question est revenue à trois reprises au cours de l'entretien téléphonique avec Podz. Chaque fois, la réponse a été la même. Le film King Dave a réellement été tourné en un seul plan-séquence, mis à part un plan en tout début de film.

«Le plan-séquence, ça s'est déjà fait, mais pas de cette façon. Là, on est dans la fiction. Habituellement, un plan-séquence, c'est de faire un film qui se passe en temps réel. Là, l'histoire se passe sur 10 jours et c'est le personnage qui la raconte en temps réel», explique le réalisateur.

Podz s'est lancé tout un défi pour son cinquième long-métrage (Les 7 jours du talion, 10 1/2, L'affaire Dumont, Miraculum). Il souhaitait se rapprocher de la production théâtrale à la base du film.

«L'histoire du crime, de quelqu'un qui va mal et qui est en quête de rédemption, on aurait pu la faire en scènes et en plans normaux. J'aime la façon dont Dave commente ses propres actions. J'ai dit à Alexandre Goyette (interprète de Dave et auteur du texte), ''tu vas parler au Kodak pendant une heure et demie pour avoir le côté confessionnal''. La franchise à l'écran est importante pour l'histoire. Le message vient du personnage», explique-t-il.

Le réalisateur, à qui l'on doit le plan-séquence de 13 minutes de la série 19-2 dont on avait tant parlé (celui de l'intervention dans une école prise d'assaut par un tireur fou), ignorait alors l'ampleur du défi qu'il s'était lancé.

«C'était un monde. Moi, tous les soirs, j'avais des cauchemars. Je me demandais dans quoi je m'étais embarqué. Je voulais que ça marche, mais en même temps, je me disais qu'on s'était peut-être embarqué dans quelque chose de trop ambitieux», confie-t-il.

Le plateau était composé de 130 techniciens, 61 acteurs et 172 figurants. Il s'étendait sur un parcours de neuf kilomètres constitué de décors ambulants, de décors construits et de lieux réels.

«Il fallait que tout soit placé, réglé au quart de tour. Ça prend beaucoup de patience et de compréhension. Pour réussir, tu dois t'entourer d'une équipe extraordinaire», souligne le réalisateur.

Après cinq jours de répétition générale, cinq journées de tournage étaient prévues à l'horaire, chacune permettant de tourner le film en entier une seule fois. C'est donc dire qu'à la fin, cinq versions complètes du film étaient sur pellicule. «Chaque soir, on avait un film différent.»

Dès le premier soir de tournage, Podz a été rassuré.

«Les choses ont été mieux que je pensais. Quand j'ai vu que le premier plan tourné le premier soir fonctionnait, même s'il y avait des ajustements à faire, j'ai su qu'on réussirait.»

Aujourd'hui, il espère que le public se rendra en salle pour voir le film.

«Je pense que le plan-séquence est un facteur de curiosité. Mais j'aimerais que les gens embarquent avec l'histoire de Dave et le personnage. Il y a des Dave partout. C'est une histoire qui vaut la peine d'être vue. Le film est un tout, avec sa forme et son fond.»

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