Frère manquant, frère manqué

«Quand je l'ai dessiné, je n'avais aucun livre publié à mon actif et mon... (Photo courtoisie)

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Daniel Coté
Le Quotidien

«Quand je l'ai dessiné, je n'avais aucun livre publié à mon actif et mon lectorat était constitué d'environ 30 personnes. Je doute pouvoir refaire un jour un livre avec la même honnêteté.»

Voici ce qu'on peut lire dans le mot d'introduction de l'album Nicolas, plus précisément dans la nouvelle version créée par le Jonquiérois Pascal Girard. Dix ans après avoir produit cette histoire fondée sur le décès de son petit frère, il constate que cette BD occupera toujours une place à part à l'intérieur de son oeuvre.

L'ouvrage sorti récemment, avec la complicité de la Mécanique générale, comprend le livre publié en 2006. Rien n'a été modifié, y compris les dessins dont le caractère brut témoigne du sentiment d'urgence dans lequel ce projet a vu jour, ainsi que de la relative inexpérience de son auteur.

«J'ai songé à les refaire, mais je n'ai pas les moyens d'Hergé, qui disposait d'une équipe pour rafraîchir les Tintin. Il y a aussi le fait qu'en tant que lecteur, j'aime les premières versions des bandes dessinées», a expliqué Pascal Girard il y a quelques jours, au cours d'une entrevue téléphonique accordée au Progrès-Dimanche.

Il assume donc le trait un peu «rough», mais l'honnêteté évoquée plus haut réfère également - et surtout - au contenu. On le voit enfant, jouant avec Nicolas. Leur complicité est évidente, mais sera cruellement interrompue par l'acidose lactique, la maladie qui a emporté le cadet. Et ensuite, c'est le deuil. Plus ou moins bien assumé.

«C'est moi qui aurais dû mourir à sa place», pense ainsi Pascal, devenu un jeune adulte. On le voit s'étourdir dans l'alcool et autres substances, oublier l'anniversaire du décès jusqu'à l'effondrement des tours jumelles à New-York. Comme aide-mémoire, difficile de trouver mieux.

«Créer le premier livre n'a eu aucun effet thérapeutique sur moi. Tout ce que je voulais, c'était faire une croix sur ça rapidement en prenant du matériel que je connaissais déjà, raconte Pascal Girard. Aujourd'hui, quand je pense à mon deuil, il y a des fois où je crois qu'il n'a pas été bien fait. À d'autres moments, c'est mieux.»

Il avait produit Nicolas en deux jours, à partir d'une liste d'anecdotes devant émailler le récit. L'absence de filtre, sa propension à se montrer tel quel, quitte à donner de lui une image peu flatteuse, tient en partie du fait que cet ouvrage devait rester confidentiel.

«Je l'ai d'abord fait pour moi, confirme l'auteur. Je voulais juste que ce soit clair, même si le dessin était tout croche. Or, un ami éditeur l'a lu et m'a proposé de le sortir. Il n'a pas voulu apporter de retouches, un choix qui, à mon avis, était le bon.»

Le troisième frère

Dans Nicolas, c'est à peine si on réalise que la famille Girard comptait un troisième garçon, Joël. C'est le dernier arrivé et il n'a guère de souvenirs de son frère disparu. L'aîné, qui affiche une souveraine indifférence à son endroit, ne l'aide pas à combler les vides.

Même au moment d'aborder la réédition du livre, alors qu'il souhaitait ajouter un chapitre, Pascal Girard n'a pas pensé à lui. Du moins, spontanément. «Je voulais continuer où j'avais laissé, après dix ans. J'ai donc commencé à faire des pages sans respecter un ordre chronologique, sans idée précise», mentionne-t-il.

C'est en cours de route que l'idée lui est venue de s'attarder à sa relation avec Joël, qui est devenu le personnage central de cette histoire. On découvre un homme gentil, doublé d'un musicien dont l'aîné vante la discipline, tout en gardant ses distances. Le trait est plus élégant, mais à l'évidence, la plaie tarde à cicatriser.

«À la fin, par contre, je montre qu'il y a une porte ouverte», souligne Pascal Girard, qui a profité de la réédition de Nicolas en anglais, à la demande de la maison Drawn And Quarterly, pour revisiter cette bande dessinée au ton si personnel.

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Une récréation sous le signe des ours

Pascal Girard est prolifique depuis la sortie, à quelques mois de distance, de la version originale de Nicolas et de l'album Dans un cruchon. Paresse, Jimmy et le Bigfoot, Valentin, Conventum et La collectionneuse ont abouti en librairie à l'intérieur d'une fenêtre de dix ans.

Compte tenu du fait que la bande dessinée doit cohabiter avec son autre profession, celle de travailleur social dans un hôpital de la Métropole, il s'agit d'un rythme impressionnant. «J'ai sorti beaucoup de livres», reconnaît l'auteur originaire de Jonquière.

L'idée de s'accorder une pause aurait pu s'imposer, mais il a trouvé une manière différente de retrouver son souffle. Au lieu de produire une fiction, en effet, le voici engagé dans la création d'un ouvrage s'apparentant à un documentaire.

«Je fais un livre pour enfants qui porte sur les ours, principalement le grizzly, révèle Pascal Girard. Il n'y aura aucune fiction, ni aucun gag, à l'intérieur de cet ouvrage. La sortie est prévue pour 2017, aux éditions de La Pastèque.»

Ce qui rend ce projet différent des précédents, c'est l'accent mis sur la facture visuelle. «Cette fois, je veux pousser le dessin, ce qui génère un stress supplémentaire. D'un autre côté, je suis moins en danger», rapporte le Jonquiérois.

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