De toutes les couleurs au CNE

Dans Terre éminente (gauche), réalisée en 2016, la... (Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie)

Agrandir

Dans Terre éminente (gauche), réalisée en 2016, la brillance est apportée par quelques pièces carrées, mais le cercle est toujours présent. Terre Versailles (droite), peinte en 2014, propose une cohabitation entre le doré, le rouge, le brun et le turquoise pour former un tout où se détache quelques détails de branches, de feuilles.

Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Le Centre national d'exposition de Jonquière propose trois nouvelles expositions. Très différentes les unes des autres, elles permettent une visite riche en couleurs, en diversité et en expériences. Un véritable voyage dans le monde des arts à travers trois pratiques différentes.

Terre d'allégeance propose un tout où l'argenté et... (Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

Agrandir

Terre d'allégeance propose un tout où l'argenté et le noir cohabitent. Un tableau tout en brillance où le contraste est bien présent, autant par les couleurs, que les matières et les formes.

Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

Nihonga, Lumière d'origine : explosion asiatique

La Nihonga, vous connaissez? Il s'agit d'un savoir-faire ancestral caractérisé par l'usage des minéraux et des métaux. Le procédé issu d'Asie est à l'honneur au CNE par l'entremise de Nihonga, Lumière d'origine, l'exposition des oeuvres de Yolande Bernier. Une proposition toute en brillance, en couleurs et en profondeur.

Jusqu'au 16 juin, les visiteurs du CNE peuvent découvrir le résultat d'une technique qui va bien au-delà du choix d'un médium. Derrière chaque pièce de Yolande Bernier, se cachent une démarche artistique et une philosophie.

La Nihonga est apparue avec la venue du Bouddhisme, d'abord en Inde, puis en Chine, en Corée et au Japon. D'abord art religieux, il a été repris par les artistes.

En 1980, Yolande Bernier a effectué un séjour au Japon. La pratique de celle qui a une quarantaine d'expositions à son actif en a été marquée.

Ses toiles d'inspiration japonaise incitent au recueillement. L'artiste vise la transformation de la matière en lumière, en profondeur, en mouvement. Elle transpose le temps dans ses toiles, tout comme le plein et le vide. La masse circulaire y est omniprésente, symbole de la conception de la vie. Remplies de contrastes de couleurs, elles présentent quelques traces de paysages.

Un présentoir permet de découvrir les outils qui rendent possibles de tels tableaux, l'encre, le papier, les pinceaux, mais aussi les matières d'où sont issues les couleurs.

Les couleurs utilisées sont d'origine minérale. Les pierres et les terres sont broyées en poudre. Une résine animale puis de l'eau froide y sont ajoutées. L'artiste utilise notamment la Cochenille, une petite araignée élevée au Mexique et broyée qui lui permet d'obtenir une couleur rouge vif.

Les substances sont capricieuses et doivent être préparées au fur et à mesure de leur utilisation. De nature et de densité différentes, elles ne peuvent être mélangées. Elles sont plutôt appliquées par couches successives. Elles réagissent à l'humidité, à la température ambiante, à l'humeur du pratiquant.

La feuille d'or, d'argent et certains alliages sont intégrés au médium en cours de travail avec les pigments.

La technique est capricieuse. Le travail délicat. Mais le rendu est lumineux, brillant, témoignage direct de la richesse de nos sols.

À ses débuts, Jean Soucy peint ses soeurs... (Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie) - image 3.0

Agrandir

À ses débuts, Jean Soucy peint ses soeurs dans le style de l'académie québécoise typique de l'époque.

Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

Jean Soucy - Peintre clandestin

Illustrer toute une carrière artistique, à l'aide d'une soixantaine d'oeuvres. Voilà le défi que relève Jean Soucy - Peintre clandestin.

L'exposition itinérante du Centre d'exposition Lethbridge à Montréal et du commissaire Sébastien Hudon propose une visite en quatre étapes dans l'univers du peintre. Une rétrospective qui permet de découvrir l'évolution d'un artiste méconnu.

On connaît peu Jean Soucy, notamment parce que ses oeuvres ont été entreposées au cours des 50 dernières années. Pourtant, l'artiste décédé en 2003 a tout un parcours créatif. Un cheminement que présente la nouvelle exposition présentée au CNE.

Dans la grande salle d'exposition, les étapes de son parcours sont si marquées, autant par les couleurs que par le style, qu'on pourrait facilement croire être en présence des oeuvres d'artistes différents. Le visiteur a l'impression de parcourir quatre mondes, pas toujours très près les uns des autres. Des étapes illustrées à l'aide de 47 tableaux, trois dessins, trois sculptures, ainsi que des extraits de lettres.

Premières armes (1934-1946)

Jean Soucy a été formé dès 1934 à L'École des beaux arts de Québec. À l'époque, il arbore le style de l'académie québécoise typique. Puis, le style de Paul Gauguin l'influence. Il peint des lignes serpentines et des aplats de couleurs. Il fait le tour du Québec et peint ce qu'il voit. Rapidement après l'obtention de son diplôme, il devient professeur de dessin à l'Académie de Québec, puis à l'École normale Laval, des fonctions qu'il exerce jusqu'à son départ pour Paris où il s'installe grâce à l'obtention d'une bourse.

Le Grand Tour (1946-1950)

Jean Soucy arrive à Paris en 1946. Il s'inscrit à L'Académie Julian et à l'École du Louvre où il reçoit une formation qui l'amène à perfectionner sa technique. Il s'initie à une nouvelle esthétique aux accents lyriques inscrite dans la tradition impressionniste. Les grandes lignes serpentines et les aplats de couleurs sont toujours présents, mais les arrière-plans commencent à se définir.

La Période grise (1951-1959)

Jean Soucy est de retour à Québec. Il a le désir de montrer les couleurs d'ici, la couleur de l'hiver qui dure longtemps. Sa palette est plus sobre. Les couleurs s'atténuent, l'aspect de ses tableaux s'assombrit. Il réalise des toiles à partir de ce qu'il voit de la fenêtre de sa résidence, située dans le Vieux Québec. Il peint également ce qui se trouve dans sa maison. Éclipse, une toile peinte à cette période, va influencer plusieurs artistes en raison de sa découpe.

Visions abstraites (1960-1967)

La dernière partie de l'oeuvre de Jean Soucy. À cette époque, l'artiste trouve son propre style. Il explore l'abstraction, met sur toile ce qu'il ressent, préfère le mysticisme. Cette dernière phase prend les allures d'une synthèse de son cheminement.

En 1967, Jean Soucy est nommé directeur du Musée de Québec, l'actuel Musée national des beaux-arts du Québec. Il cesse de peindre, entrepose ses oeuvres et se concentre à rendre les arts accessibles à tous.

Ses toiles sont restées cachées. L'occasion est belle de les découvrir au CNE jusqu'au 19 juin.

Joëlle Morosoli a cousu les silhouettes aux barreaux... (Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie) - image 4.0

Agrandir

Joëlle Morosoli a cousu les silhouettes aux barreaux de tissus, illustration des peurs dont ils ne peuvent se détacher.

Photo Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

Trame funeste de Joëlle Morosoli

La prison créée par les peurs

La prison. Celle créée par nos peurs, nos angoisses, bien plus limitative que celle faite de barreaux de fer. Trame funeste, une installation cinétique de l'artiste Joëlle Morosoli, plonge les visiteurs du CNE au coeur de cages illusoires, une façon de les amener à penser à leurs propres craintes.

Québécoise originaire de Strasbourg en France, Joëlle Morosoli élabore des sculptures en mouvement depuis plus de 30 ans. Aussi écrivaine, poète et enseignante en arts, elle cumule une trentaine d'expositions individuelles au Québec et à l'étranger.

Jusqu'au 16 août, elle présente Trame funeste au CNE.

Le visiteur peut se déplacer à travers les pièces placées en cercle qui forment l'oeuvre.

Au départ, des amas de grandes bandes de tissus noirs sont placés sur le sol. Le visiteur se place au centre. Tranquillement, un système permet aux bandes de s'élever. Une silhouette blanche est cousue à chaque série de bandes noires qui, assemblées, donnent l'impression de former des cages, les barreaux d'une prison. Les silhouettes semblent vouloir s'échapper. Sortir de leur prison.

Au départ, les silhouettes et leur cage sont petites. Le visiteur a l'impression d'être plus grand, plus fort. Puis elles grandissent jusqu'à lui donner l'impression d'être lui-même prisonnier d'une immense cage.

Le système d'éclairage projette aussi les silhouettes sur les murs, accentuant l'effet des barreaux.

L'artiste a cousu les silhouettes aux barreaux, illustration des peurs dont on ne peut se détacher. Elle a voulu présenter des cages illusoires, créées par les peurs et plus aliénantes qu'une prison de fer, puisqu'on ne peut s'en évader.

L'expérience est éloquente.

Oeuvres

Derrière un muret, des photos des différentes oeuvres de l'artiste sont exposées. Quelque 25 de ses réalisations font partie intégrante d'édifices publics dans le cadre de la politique d'intégration des arts à l'architecture du Québec. On lui doit notamment celle du Palais des Congrès de Hull et du Centre Mère-Enfant à Québec.

Une vidéo permet également de voir ses installations et leur façon de fonctionner dans leur milieu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer