Inusable Johnny Clegg

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Les fans de Johnny Clegg le retrouveront lundi soir, alors que celui qu'on a surnommé le Zoulou blanc se pointera au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Il chantera dans le cadre du Festival jazz et blues de Saguenay.

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Daniel Coté
Le Quotidien

«Je continue à travailler», lance Johnny Clegg au bout du fil.

C'est ainsi que le personnage légendaire, héraut - et héros - de la lutte contre l'Apartheid en Afrique du Sud, explique sa grande forme. De fait, ceux qui le verront demain à 20h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, auront le sentiment que le temps, pour lui, s'est arrêté quelque part dans les années 1990.

Il tourne deux ou trois mois par année et c'est dans ce contexte que l'entrevue téléphonique a été réalisée, mardi dernier. L'homme se trouvait à Philadelphie et était de fort belle humeur, malgré la fatigue générée par les nombreux déplacements. Il se souvenait même de sa première incursion dans la région, il y a un quart de siècle.

«Mon fils Jesse, qui était alors un bébé, n'avait jamais vu de neige avant d'aller chez vous. Il y en avait beaucoup», a raconté Johnny Clegg. Rappelons, pour la petite histoire, qu'il avait chanté Au Vieux Théâtre de La Baie. La salle était pleine et le public enthousiaste, heureux d'accueillir l'auteur de Scatterlings Of Africa.

Aujourd'hui, une partie de ses spectacles relève de la gestion du patrimoine. Pas question d'ignorer les succès qui ont fait de lui l'une des vedettes du World Beat, cette étiquette fourre-tout qu'on accolait aux artistes dont la musique puisait à d'autres sources que les traditions européenne et américaine.

«Ces temps-ci, mes ''hits'' meublent de 30% à 40% du spectacle. J'aime aussi faire des choses nouvelles et pour la première fois, je serai accompagné par un percussionniste, ce qui me permettra de renouveler les arrangements. C'est comme ça que nous aborderons 30 ans de musique», décrit Johnny Clegg.

C'est son fils Jesse, chanteur de plein droit, qui ouvrira pour lui à Chicoutimi, dans le cadre de la soirée inaugurale du Festival jazz et blues de Saguenay. Ils en sont à leur deuxième tournée ensemble, mais le jeune a imposé des balises. Ils ne font jamais de duos et ne partagent l'affiche qu'à l'extérieur de l'Afrique.

«Une relation père-fils, c'est toujours intéressant, commente le paternel. Jesse possède une voix différente de la mienne. Il vient du monde de la pop et crée des compositions très fortes, caractérisées par son sens de la mélodie. C'est pour préserver son identité qu'il ne veut pas que nous chantions ensemble.»

Contre la tuberculose

Johnny Clegg ne serait pas Johnny Clegg s'il n'épousait une cause plus grande que lui-même. Après la lutte contre l'Apartheid et le sida, ce fléau qui a endeuillé tant de communautés en Afrique du Sud, la tuberculose mobilise le gros de ses énergies.

«Chaque année, dans mon pays, 80 000 personnes meurent de cette maladie et personne n'en parle. Le problème est caché, alors qu'on sait qu'il trouve son origine dans les mines, en particulier celles qui renferment de l'or et du platine. Leur taux de mortalité est dix fois plus élevé que dans les autres pays», rapporte le chanteur.

Les travailleurs, de même que leurs proches, se sentent abandonnés par la classe politique, une impression que partage Johnny Clegg. «Les dirigeants du pays sont proches de l'industrie minière. Il y a beaucoup de corruption au sein du parti au pouvoir», déplore-t-il.

Sa façon de militer consiste à réunir des fonds et augmenter la visibilité dont jouit cette cause. Ça passe par des activités-bénéfices, ainsi que des initiatives comme le port d'un t-shirt sur lequel étaient écrits les mots TB Suspect, comme ce fut le cas lors d'un spectacle donné au Cap.

Toutes les tribunes sont bonnes pour plaider, entre autres, en faveur de la recherche d'un traitement plus efficace pour les personnes atteintes de la tuberculose. Il y a quelques jours, par exemple, on l'a invité au Dartmouth College, la grande université nichée dans les montagnes du New Hamphsire. Il a chanté et participé à un colloque.

«Les sociétés pharmaceutiques ne veulent pas travailler sur cette maladie parce que ce n'est pas assez payant, disent-elles. Or, elle tue plus de gens que le sida et le traitement qu'on administre est barbare, en plus de s'étendre sur huit mois. Pour le remplacer, ça va prendre un effort collectif», plaide Johnny Clegg.

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Jesse Clegg chantera pour la première fois dans la région, lundi, alors qu'il assumera la première partie du spectacle de son père, le célèbre Johnny, à l'occasion du Festival jazz et blues de Saguenay.

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Le défi d'être soi-même

Jesse Clegg est confronté à un problème familier, lui dont le nom est plus connu que le prénom. Ceux qui l'entendront chanter lundi, alors qu'il ouvrira pour son père au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, remarqueront toutefois que cet artiste possède une identité propre, ce que reflètent ses compositions, autant que sa manière d'être.

Ses premiers albums, qui ont connu beaucoup de succès en Afrique du Sud, tout en lui ouvrant des portes en Amérique du Nord, l'ont vu flirter avec le rock, puis une pop aux accents électro. L'homme possède une voix douce qui se prête aux ballades. Quant aux textes, ils sont centrés sur les relations humaines, de préférence à la politique.

«Mon père m'a dit d'être moi-même, de me faire confiance, a raconté Jesse Clegg à l'occasion d'une entrevue téléphonique accordée au journal. Ma musique est différente de la sienne et c'est ce que les gens verront au cours du spectacle. J'interpréterai six chansons qui offriront un beau contraste par rapport au reste du programme.»

La vie de tous les jours l'inspire, surtout en cette époque où l'esprit est sollicité de toutes parts. «On dirait qu'aujourd'hui, il y a six facettes pour chaque question», note le chanteur. Se décrivant d'abord comme un auteur, il n'aime rien tant que de prendre une guitare acoustique pour donner naissance à ses compositions. En toute simplicité.

Un espoir

Après avoir grandi sur la route, aux côtés de son père, Jesse Clegg a absorbé toutes sortes de musiques avant d'arriver à l'adolescence. «Il y a eu la ''world music'', ainsi que des choses en français, puis je me suis intéressé au grunge, notamment à Nirvana. C'était une forme de rébellion», confie-t-il.

Sans être aussi militant que Johnny Clegg, le fils suit de près la vie politique en Afrique du Sud. Il parle de chaos, du problème énorme que posent les moeurs douteuses du gouvernement, un phénomène illustré par le scandale qui menace d'emporter le président Jacob Zuma.

«Il y a de la corruption et beaucoup d'inégalités, mais en même temps, on assiste à une renaissance de la vie culturelle. Dans des quartiers qui, auparavant, ressemblaient à des zones de guerre, on ouvre des galeries d'art. On sent une certaine exubérance au sein de la génération montante», se réjouit Jesse Clegg.

L'orchestre d'hommes-orchestres explorera le répertoire de Tom Waits... (Photo courtoisie, Marc Payot) - image 3.0

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L'orchestre d'hommes-orchestres explorera le répertoire de Tom Waits vendredi, à l'occasion d'un spectacle présenté à la Salle Murdock de Chicoutimi. 

Photo courtoisie, Marc Payot

Tom Watts, version LODHO

Membre du collectif L'orchestre d'hommes-orchestres (LODHO), Gabrielle Bouthillier insiste sur le fait que le spectacle présenté le 15 avril à 20h, à la Salle Murdock de Chicoutimi, ne constituera pas un hommage à Tom Waits. C'est même pour cette raison qu'il a pour titre L'orchestre d'hommes-orchestres joue à Tom Waits.

«Il s'agit d'une création à caractère personnel, ce qui est aussi le cas d'une autre production où nous abordons le répertoire de Kurt Weil. À travers la musique de Tom Waits, nous superposons des couches de sens. Nous livrons les pièces en faisant preuve d'une grande théâtralité», décrit la chanteuse et musicienne.

Elle et ses cinq camarades se définissent comme des «performeurs». Chaque chanson donne lieu à des chorégraphies soigneusement calibrées, en effet. Le groupe s'impose également des contraintes, histoire de faire naître des images poétiques, de petits moments de grâce où les compositions prennent une autre dimension.

«Quelqu'un va jouer d'un instrument, tout en étant entravé par un collègue», donne en exemple Gabrielle Bouthillier. Rappelant que c'est ce spectacle qui a donné naissance au collectif de Québec, il y a dix ans, elle s'émerveille de l'intérêt qu'il suscite aujourd'hui encore, notamment en Nouvelle-Zélande, où on vient de le présenter.

Une vingtaine de pièces sont livrées dans le cadre du Festival jazz et blues de Saguenay, parmi lesquelles on reconnaît des classiques comme Big Black Mariah, Making Rain et Cold Water. Après quelques années d'exploration, LODHO a trouvé son point d'équilibre, un amalgame de chansons devenu immuable.

«Il y a des histoires magnifiques. Elles font ressortir la culture nord-américaine en brossant le portrait de personnages marginaux. Tom Waits aime travailler sur les textures sonores et nous aussi», résume Gabrielle Bouthillier.

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