Les chocs de Jean-Guy Bruneau

Séparer les souvenirs des émotions. C'est la dure réalité à laquelle est... (Photo 123RF)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

Séparer les souvenirs des émotions. C'est la dure réalité à laquelle est confronté Jean-Guy Bruneau, 81 ans, qui a frôlé la mort lors d'attaques de rebelles au Congo le 22 février 1964 alors qu'il était professeur dans une école de village dirigée par les frères du Sacré-Coeur.

Jean-Guy Bruneau raconte son expérience au Congo, alors... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 1.0

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Jean-Guy Bruneau raconte son expérience au Congo, alors qu'il avait été attaqué par des rebelles en 1964. Il a été par la suite confronté à son passé dans un centre d'accueil en 1987.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Il a écrit son histoire La vie après une attaque armée, où il témoigne du traumatisme qu'il a vécu et surtout, du choc post-traumatique qui l'a envahi 23 ans plus tard alors qu'il croyait que le drame qu'il avait vécu faisait partie du passé. Le Progrès-Dimanche l'a rencontré pour partager ses réflexions.

«Une longue flèche passe près de ma tête et me frôle les oreilles pour se planter dans l'épaule de Raymond Bussière qui court devant moi. Je me retourne pour jeter un coup d'oeil derrière moi et je vois un canon de fusil pointé sur moi. Je place ma main devant ma figure pour me protéger et le coup part. La balle arrache mon doigt et j'ai continué à courir», raconte l'homme de 81 avec une voix faible.

Il se rappelle avoir fait le mort pour ne pas mourir. «Nous avons continué à courir pour nous cacher dans le réfectoire. Raymond me demande de lui retirer la flèche enfoncée profondément dans son épaule. J'ai tiré d'un coup sec et il s'est mis à saigner abondamment. J'ai de la difficulté à lui faire un garrot, car la balle de l'arme m'a arraché l'index et a cassé mon avant-bras», détaille l'ancien frère du Sacré-Coeur qui se souvient de tous les détails de cette histoire d'horreur.

L'homme de 30 ans à cette époque s'est rappelé l'histoire d'une missionnaire protestante qui a survécu à des attaques rebelles quelques mois plutôt en feignant la mort. «Je nous ai imbibé le visage de sang, j'ai placé mon pouce sur la plaie de Raymond Buissière pour limiter la perte de son sang et nous sommes restés au sol le visage dans le sang pour faire le mort. Les rebelles sont entrées dans le réfectoire. Ils nous ont vus étendus sur le sol et ont regardé pendant plusieurs secondes. Ils ont crié Menga, menga, bau me fwa (du sang, du sang, ils sont morts). Ce fût les plus longues secondes de ma vie», raconte le vieil homme qui a réédité son livre aux Éditions JCL récemment et qui vit au Saguenay depuis quelques années.

Sur cette photo, nous retrouvons Jean-Guy Bruneau (à... (Photo courtoisie) - image 2.0

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Sur cette photo, nous retrouvons Jean-Guy Bruneau (à gauche) avec un index en moins en compagnie de Raymond Bussière montrant la flèche que ce dernier a reçu dans l'épaule le 22 février 1964.

Photo courtoisie

Choc post-traumatique

Jean-Guy Bruneau a survécu, est rentré au Québec, est retourné à l'enseignement, a poursuivi des études à New York pour ensuite s'inscrire en psychologie à l'Université de Sherbrooke. L'homme a décidé de quitter la communauté religieuse des frères du Sacré-Coeur et de prendre épouse à l'âge de 38 ans, en 1972. L'ancien frère menait ce qu'on pourrait appeler une vie normale à titre de psychologue auprès de jeunes délinquants québécois.

En 1987, le psychologue en entrevue avec une adolescente dans un centre d'accueil, entend des cris dans le corridor et intervient pour calmer un groupe de trois adolescents qui manifestaient violemment. Jean-Guy Bruneau s'est retrouvé au milieu de jeunes en crise qui l'ont menacé avec des baguettes de billard. Les policiers ont dû intervenir pour calmer les jeunes.

C'est en racontant les événements de la veille à une collègue de travail le lendemain que le psychologue a été frappé sournoisement par le syndrome du stress post-traumatique pour un drame vécu il 23 ans plus tôt. «J'ai senti l'angoisse monter en moi, je me suis mis à pleurer. Tous les souvenirs du 22 février 1964 ont ressurgi. C'est comme si c'était arriver la veille», témoigne l'auteur qui raconte dans son livre tous les détails de ses angoisses post-traumatiques.

Séparer les souvenirs des émotions. C'est la dure réalité à... (Photo courtoisie) - image 3.0

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Photo courtoisie

Jean-Guy Bruneau a passé les 30 dernières années de sa vie à se guérir du syndrome du stress post-traumatique. «J'ai écrit ce livre pour me libérer de cette histoire, mais surtout pour témoigner qu'il existe des thérapies valables pour vaincre le stress post-traumatique et qu'il est possible de reprendre sa vie en appliquant le traitement EMDR (Eye, Mouvement, Desensitization an Reprocessing qui se traduit par intégration neuroémotionnelle par les mouvements oculaires).

L'auteur explique dans son livre comment il a réussi à séparer les souvenirs des émotions. Il peut aujourd'hui parler des événements de 1964 et regarder des photos de sa mission au Congo en se rappelant les souvenirs sans se faire envahir par les émotions.

La vie après une attaque armée, un livre de 304 pages publié aux Éditions JCL sera disponible de nouveau en librairie à partir du jeudi 10 mars.

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